Bande dessinée - 300 pages
Éditions Delcourt - 2024
La jeune Nova et son père Reiz cheminent sur une planète à l’allure apocalyptique. Ils portent sacs à dos et tirent une remorque. Tels des nomades ils cherchent un abri chaque soir, mais surtout, l'un des modules du vaisseau... 20 000 ans plus tôt, l’astronaute Reiz et trois coéquipiers quittaient la Terre pour une mission de repeuplement de Geminae, une planète bien lointaine mais aux propriétés compatibles avec la vie humaine. Avec eux des embryons congelés en nombre normalement suffisant. Pendant les 20 000 ans de traversée, ils ont vécu éveillés par périodes de cinq jours, tous les 25 ans ! Des sommeils de 25 années pendant lesquelles leurs corps sont en biostase, sorte d'hibernation forcée du métabolisme. Mais la traversée a été émaillée par l'apparition, sur les mains des navigants, de dégénérescences de la peau qui se fossilisait... C'est le récit que tente de connaître Nova : que s'est-il passé ? Pourquoi Reiz est-il le seul survivant ? Comment est-elle née ?
Une dystopie qui va presque devenir un classique : un milliardaire qui veut échapper aux menaces pesant sur la vie terrestre pour former une expédition de fuyards privilégiés. Avec ici en prime le projet de repeuplement grâce au sacrifice des quatre participants.
Le récit est immédiatement captivant, l'ambiance angoissante alors que le père et la fille errent. Elle tente de tenir un journal et d'y consigner cette histoire, à partir des bribes que lui raconte son père.
Dans la navette spatiale, lorsque l'auteur nous livre le récit des épisodes de réveil, il est question de temps, d'expérience, de maintenance, de stratégie de survie, de sacrifices.
C'est aussi une progression survivaliste de deux survivants qui nous rappelle "La Route" de Cormac McCarthy et son adaptation BD par Manu Larcenet. Et on peut également le lire comme un thriller, une histoire à suspense, un huis clos où chaque conflit peut tout faire basculer, ou chaque dysfonctionnement peut faire dérailler une mission de manière irréversible. La fin relativise les ambitions démesurées que les hommes aiment parfois à suivre. La vanité, les erreurs répétées conduiraient inévitablement à la fossilisation, au retour à la poussière ?
Les illustrations sont à couper le souffle, notamment certaines double pages, et le fond noir nous plonge réellement dans l'immensité spatiale, enlève nos repères. Autres notions d'espace, autres notions de temps de vie. C'est vertigineux à tous niveaux.
L'avis de Benoît Cassel - Planète BD
L'avis de Victor Benelbaz - ComicStrip