Bless You : la ballade intime de John Lennon sur Walls And Bridges

Publié le 22 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsqu’il publie Walls And Bridges en 1974, John Lennon est un homme tiraillé entre sa liberté retrouvée et une nostalgie omniprésente pour Yoko Ono. Parmi les compositions les plus personnelles de cet album figure Bless You, une ballade introspective où le musicien exprime avec délicatesse son amour pour son épouse alors éloignée.

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Une chanson née de la séparation

Lennon a passé une grande partie de 1973 et 1974 en compagnie de May Pang, sa secrétaire devenue sa compagne durant ce que l’on appelle son « Lost Weekend ». Pourtant, Yoko Ono ne quitte jamais son esprit. Plusieurs morceaux de Walls And Bridges, notamment Going Down On Love et What You Got, lui sont directement destinés.

Bless You est peut-être le plus touchant de ces hommages. Dans une interview de 1974, Lennon déclare : « En un sens, c’est une chanson sur Yoko et moi, mais aussi sur tous les couples qui vivent des hauts et des bas. L’amour change, ce qui est une des surprises de la vie. Bless You exprime une de ces facettes. »

Des paroles chargées de bienveillance

Au moment où Lennon compose Bless You, il ignore que Yoko Ono a entamé une relation avec le guitariste David Spinozza, qui avait collaboré avec lui sur Mind Games en 1973. Mais sans le savoir, il adresse une bénédiction à ce nouvel homme dans sa vie : « Bless you whoever you are / Holding her now / Be warm and kind hearted » (Béni sois-tu, qui que tu sois / Qui la tiens dans tes bras / Sois chaleureux et bienveillant).

Ces paroles révèlent un Lennon empreint d’une sagesse nouvelle, loin des colères qui ont parfois animé ses morceaux sur l’amour et la rupture. Ici, il ne blâme personne et accepte la situation avec une forme de gratitude et de détachement.

Une approche musicale raffinée

Musicalement, Bless You se distingue par son ambiance feutrée, entre jazz et soul. Jesse Ed Davis assure la guitare électrique, tandis que Klaus Voormann, complice de Lennon depuis les années Hambourg, apporte une ligne de basse subtile. Ken Ascher, au piano et au Mellotron, enrichit l’atmosphère vaporeuse du morceau.

Lors des sessions d’enregistrement, Lennon et son groupe passent dix jours à répéter avant de graver les versions finales. Une prise alternative, plus épurée, sera publiée en 1986 sur Menlove Ave.. Plus brute et mélancolique, elle laisse entendre un Lennon encore en recherche du ton juste.

La réception et l’héritage de Bless You

Lennon considérait Bless You comme la meilleure chanson de Walls And Bridges. Dans une interview postérieure à la sortie de l’album, il déclare : « En tant que composition, je pense que c’est le meilleur morceau du disque, même si j’ai travaillé plus dur sur d’autres titres. »

Un détail intrigant : en 1980, Lennon suggéra que les Rolling Stones s’étaient inspirés de Bless You pour leur tube Miss You sorti en 1978. « L’ingénieur du son voulait que j’accélère le tempo, il disait que ce serait un hit si je le faisais. Il avait raison, Miss You l’a été. Mais j’aime leur version, je n’ai aucun ressentiment », expliquait-il alors.

Que Mick Jagger ait consciemment ou non repris l’essence de Bless You, cette chanson demeure un témoignage poignant de la profondeur des sentiments de Lennon pour Yoko Ono. Elle illustre la mue artistique de l’ex-Beatle, s’aventurant vers des sonorités plus douces et introspectives, annonçant en filigrane les ballades épurées de Double Fantasy.

Un bijou caché dans la discographie de Lennon

Moins célèbre que Imagine ou Jealous Guy, Bless You n’en demeure pas moins une des plus belles ballades de Lennon en solo. Sincère et mûre, elle illustre une facette plus résignée et bienveillante de l’auteur de How Do You Sleep?. Dans son parcours personnel et artistique, elle marque un tournant, celui d’un homme qui, malgré les épreuves, reste fidèle à l’idée que l’amour, sous toutes ses formes, doit prévaloir.