Quand les dieux du rock se retrouvent au Cavern Club : McCartney, Gilmour, Paice… l’alignement des étoiles

Publié le 25 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 14 décembre 1999, Paul McCartney donnait un concert exceptionnel au Cavern Club, lieu emblématique des débuts des Beatles. Accompagné de David Gilmour (Pink Floyd) et Ian Paice (Deep Purple), il célébrait le rock originel avec humilité et virtuosité. Redécouvert récemment via les réseaux sociaux, ce moment rare incarne la magie du supergroupe éphémère et la transmission vivante du patrimoine musical.


Le 14 décembre 1999, dans les profondeurs du Cavern Club, sanctuaire absolu de la légende beatlesienne, un miracle musical s’est discrètement produit. Ce soir-là, devant un public clairsemé mais privilégié, Paul McCartney retrouvait le feu de ses vingt ans en rejouant là où tout avait commencé, au cœur de Mathew Street à Liverpool. Ce qui n’était déjà pas anodin – la re-visite d’un lieu mythique par l’un de ses bâtisseurs – s’est transformé en événement majeur par la nature même de ceux qui l’ont rejoint sur scène.

La mémoire collective est parfois paresseuse. Ce n’est qu’avec la rediffusion récente d’un extrait vidéo sur la plateforme X (anciennement Twitter) que les internautes ont véritablement pris conscience de l’identité de ces musiciens de l’ombre ce soir-là. Derrière la basse mythique de McCartney, deux géants : Ian Paice, batteur historique de Deep Purple, et, plus inattendu encore, David Gilmour, l’âme planante de Pink Floyd, à la guitare.

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Retour à la source : le Cavern Club comme point d’ancrage

C’est dans cette cave sombre et moite, ouverte en 1957 et rapidement métamorphosée en épicentre du Mersey Beat, que les Beatles ont livré près de 300 concerts entre 1961 et 1963. Lorsque McCartney y revient plus de trente-cinq ans plus tard, ce n’est pas pour une opération de nostalgie poussiéreuse, mais bien pour honorer une tradition, une mémoire vivante, et y injecter une énergie contemporaine.

Nous sommes en 1999. L’album Run Devil Run, qui marque le retour au rock’n’roll primal, vient tout juste de sortir. McCartney veut le célébrer de la manière la plus authentique possible : en direct du Cavern Club, dans un show resté longtemps discret, mais qui aujourd’hui ressurgit comme un trésor enfoui.

Une réunion inattendue : entre virtuosité et complicité

Ce qui rend cet événement si exceptionnel n’est pas uniquement la présence de McCartney, mais la qualité — et la rareté — des musiciens qu’il a conviés. Sur scène, David Gilmour se tient à la droite de Paul, silhouette sobre et présence magnétique. L’homme de Comfortably Numb, guitariste lyrique et perfectionniste, n’est pas là pour jouer du Pink Floyd, mais pour faire vibrer le rock brut des débuts.

À la batterie, Ian Paice, pilier de Deep Purple, apporte une puissance millimétrée. On aurait pu s’attendre à ce qu’un tel alignement donne lieu à une débauche de virtuosité démonstrative. Mais non. Le miracle réside précisément dans leur humilité, dans leur capacité à se fondre dans le moule du rock’n’roll originel.

La reprise de I Saw Her Standing There atteint une intensité rare. Gilmour, dans un clin d’œil respectueux à John Lennon, prend les harmonies et les riffs avec une sobriété élégante. « J’ai fait partie des Who, des Beatles et de Pink Floyd », plaisantait-il peu après. « Essayez de faire mieux, maintenant. »

Une amitié discrète mais ancienne entre McCartney et Gilmour

Pour les amateurs éclairés, la collaboration entre McCartney et Gilmour n’est pas une révélation. Les deux hommes ont entretenu au fil des décennies une relation professionnelle discrète mais féconde. En 1979 déjà, Gilmour participe à l’album Back to the Egg de Wings, notamment sur le morceau Rockestra Theme, qui rassemblait déjà une pléiade de musiciens rock. On retrouve d’ailleurs ce goût commun pour les supergroupes, cette volonté de ne pas s’enfermer dans leur seule légende.

Gilmour a souvent parlé de son admiration pour McCartney, le qualifiant de « musicien complet, capable de tout jouer – et bien ». Et McCartney, de son côté, n’a jamais tari d’éloges envers le jeu de guitare du Pink Floyd, soulignant sa capacité à mêler émotion, structure et inventivité.

Un moment suspendu dans le temps

La force du concert du Cavern Club ne réside pas uniquement dans le prestige de ses protagonistes, mais dans l’émotion brute qu’il dégage. Il y a, dans cette performance, quelque chose d’extrêmement rare : une réunion de titans autour d’un patrimoine commun, sans vanité, sans démonstration, mais avec une ferveur presque juvénile.

La version de I Saw Her Standing There exécutée ce soir-là n’est pas une simple relecture. Elle devient manifeste. Le tempo est plus nerveux, le chant plus rageur. La guitare de Gilmour, pourtant si souvent associée aux nappes psychédéliques et aux solos suspendus, se fait tranchante, incisive. Le tout propulsé par la frappe lourde et précise de Paice.

Un internaute a récemment commenté : « J’ai imaginé une version psychédélique à la Pink Floyd, de dix minutes. Mais non, c’était du rock’n’roll pur, brut, direct. Et c’est ça qui rend ce moment magique. »

L’art du supergroupe : entre utopie et réalité

Dans l’histoire du rock, les supergroupes sont légion. Cream, Blind Faith, Traveling Wilburys… mais bien souvent, ces unions brillent autant par leur potentiel que par leur éphémérité. Ce soir de décembre 1999, sans annonce tapageuse ni campagne de communication virale, c’est un véritable supergroupe qui se forme, l’espace d’un instant.

La réunion McCartney – Gilmour – Paice n’a jamais donné lieu à un projet commun à long terme. Et c’est sans doute mieux ainsi. Car ce qui a été vécu ce soir-là appartient à une temporalité différente. Une épiphanie rock’n’roll. Un instant de grâce.

L’écho d’une époque, la promesse d’une transmission

En revisitant ses racines, Paul McCartney ne cherche pas à se replonger dans le passé par pur fétichisme. Il opère un geste de transmission. En invitant des pairs de son calibre à revisiter le patrimoine beatlesien, il ancre celui-ci dans un continuum vivant, organique.

Ce concert ne figure dans aucun classement officiel des meilleures performances live de McCartney. Et pourtant, il mérite d’être exhumé, réécouté, analysé. Il dit quelque chose d’essentiel sur la manière dont les géants du rock se respectent, se reconnaissent, et s’offrent mutuellement des instants de liberté artistique.

Une redécouverte bienvenue à l’heure des réseaux sociaux

Vingt-cinq ans plus tard, les images de cette soirée ressurgissent, et l’enthousiasme qu’elles suscitent prouve à quel point le rock authentique n’a rien perdu de sa puissance d’évocation. Ce n’est pas un hasard si cette rediffusion provoque tant de réactions : dans un monde saturé de productions calibrées, ce genre de moment brut, sincère, improvisé, agit comme un antidote.

On redécouvre Gilmour sous un autre angle, loin des envolées planantes de Shine On You Crazy Diamond, se confrontant au swing brut d’un Saw Her Standing There. On entend McCartney rugir, presque comme à Hambourg, comme s’il avait encore tout à prouver. Et on mesure l’immense talent de Paice, souvent relégué au second plan dans la mémoire collective du rock britannique.

Une page de l’histoire du rock écrite dans l’ombre

Il faut parfois du temps pour mesurer la portée réelle d’un événement. Ce concert, que beaucoup découvrent aujourd’hui, fait partie de ces moments où les étoiles s’alignent. Ce n’est pas simplement une anecdote pour amateurs de trivia rock. C’est une pierre supplémentaire dans l’édifice déjà colossal de l’histoire des Beatles, de celle de McCartney, et du rock britannique dans son ensemble.

Et puis, il y a cette phrase, prononcée avec malice par David Gilmour : « J’ai été dans les Who, dans les Beatles, dans Pink Floyd… » Elle résume tout. Ce soir-là, pour quelques chansons, les frontières ont été abolies. Les groupes, les styles, les décennies ont fusionné.

Ce n’était pas seulement un concert. C’était une célébration de l’amitié, du respect mutuel, et du pouvoir inaltérable de la musique.