Paul McCartney, un milliardaire d’un autre genre : entre fortune, mémoire et engagement artistique

Publié le 25 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 2025, Paul McCartney devient le premier musicien britannique milliardaire, grâce à une carrière exceptionnelle mêlant concerts triomphaux, engagement artistique et influence intergénérationnelle. De la reprise de Blackbird par Beyoncé à ses combats pour les droits d’auteur face à l’IA, McCartney prouve qu’on peut conjuguer succès, mémoire et éthique sans compromis.


Il a composé certaines des chansons les plus emblématiques du XXe siècle, écrit des vers chantés aux quatre coins du globe et influencé des générations entières de musiciens. À 82 ans, Sir Paul McCartney ajoute une nouvelle distinction à son palmarès : celle d’être officiellement devenu, selon le Sunday Times Rich List, le premier musicien britannique milliardaire. Un cap symbolique franchi en 2024, consolidé en 2025 avec une fortune désormais estimée à 1,025 milliard de livres sterling. Mais derrière les chiffres, une question plus vaste s’impose : comment cet artiste, longtemps moqué dans les années 1970 pour des compositions jugées légères post-Beatles, a-t-il su traverser les décennies en préservant à la fois sa créativité et sa pertinence culturelle ?

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Une fortune qui n’est pas que financière

L’annonce pourrait prêter à sourire dans un monde saturé de classements, mais ce statut de « premier musicien britannique milliardaire » dépasse la simple accumulation d’actifs. Elle raconte l’histoire d’un homme dont la musique a généré, au fil des décennies, une richesse transgénérationnelle. Car si l’on peut débattre des goûts, il est indiscutable que la valeur commerciale du catalogue de McCartney – tant celui des Beatles que son œuvre solo – n’a cessé de croître, portée par les nouveaux modes de consommation musicale.

En 2024, deux événements sont venus renforcer encore cette richesse : la tournée Got Back, qui s’est achevée triomphalement à Londres après avoir sillonné Paris, Madrid, São Paulo ou Manchester, et une reprise inattendue mais puissante du morceau Blackbird par Beyoncé. Renommée Blackbiird, la chanson figure sur l’album Cowboy Carter et a connu un succès immédiat, cumulant 14 millions d’écoutes en une semaine rien qu’aux États-Unis.

L’écho d’un engagement ancien : Blackbird, d’hier à aujourd’hui

McCartney a souvent été perçu comme le plus romantique, le plus mélodique du tandem Lennon-McCartney. Mais derrière cette étiquette, c’est un homme engagé qui se dessine, capable de transformer l’indignation en art. Ainsi, Blackbird, écrite en 1968, n’était pas, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, une simple métaphore poétique. Dans un entretien de 2002, Paul confiait que le texte faisait écho à l’histoire des Little Rock Nine, ces neuf étudiants afro-américains devenus symboles du combat pour les droits civiques aux États-Unis après avoir bravé les interdits racistes d’un établissement blanc en Arkansas.

Plutôt que de désigner directement une femme noire ou de mentionner la ségrégation, McCartney opta pour une symbolique sobre, mais puissante : « Blackbird singing in the dead of night / Take these broken wings and learn to fly ». Un message d’encouragement voilé, universel, mais profondément ancré dans l’actualité sociale de son époque.

Que cette chanson réapparaisse sous la voix de Beyoncé, en 2024, dans un album politiquement engagé, témoigne de la longévité émotionnelle et morale de l’œuvre. McCartney s’est dit honoré de cette reprise, qu’il a qualifiée de « magnifique » et « poignante », et qui a certainement contribué à son enrichissement de manière aussi artistique que financière.

Des tournées à guichets fermés, une scène qu’il n’abandonne jamais

Alors que nombre de ses contemporains ont raccroché leurs guitares ou se sont retirés dans une discrétion dorée, Paul McCartney a poursuivi, infatigable, ses concerts aux quatre coins du monde. La tournée Got Back, entamée en 2022 et prolongée jusqu’à décembre 2024, a été un succès critique et commercial, culminant avec un moment d’émotion rare à l’O2 de Londres : la présence sur scène de son vieux camarade Ringo Starr, pour un duo aussi touchant que symbolique.

Paul et Ringo n’en sont pas à leur premier retour ensemble. On se souvient de leur performance en 2019 à Los Angeles ou encore de l’hommage appuyé rendu par Paul lors de l’intronisation de Ringo au Rock and Roll Hall of Fame en 2015. Il ne s’agit pas de simples coups médiatiques : leur complicité, intacte malgré les décennies, incarne une fraternité artistique née à Liverpool, forgée sur les scènes de Hambourg et magnifiée à Abbey Road.

Un artiste toujours vigilant : McCartney et l’intelligence artificielle

Dernière illustration de son engagement dans les débats contemporains : Paul McCartney a récemment signé, aux côtés de plus de 400 figures majeures de la culture britannique, une lettre ouverte adressée au Premier ministre Keir Starmer. L’objectif ? Appeler à un encadrement strict de l’utilisation des œuvres artistiques dans l’entraînement des intelligences artificielles.

Pour McCartney, dont les mélodies sont désormais analysées par des algorithmes capables de « recréer » son style, il s’agit de défendre un principe simple mais fondamental : celui de la propriété intellectuelle. « La créativité est le sang qui coule dans nos veines », dit la lettre. « Si nous ne la protégeons pas, elle sera drainée à blanc. » Là encore, le Beatle mélodiste rappelle qu’il est aussi un défenseur des droits d’auteur, fidèle à une éthique forgée dans les années 1960 et toujours vivace.

Une richesse qui ne s’achète pas

On pourrait croire que cette fortune d’un milliard de livres sterling est le fruit d’un empire financier savamment orchestré. Elle l’est sans doute. Mais elle est aussi le reflet d’une popularité jamais démentie, d’une œuvre revisitée sans cesse, d’un héritage qui touche à la fois le patrimoine culturel, l’émotion collective et la mémoire intime.

Chaque génération redécouvre McCartney : les boomers ont grandi avec Yesterday, les enfants du punk l’ont raillé avant de saluer Band on the Run, les années 2000 ont dansé sur Dance Tonight, et aujourd’hui, Beyoncé redonne vie à Blackbird. Peu d’artistes peuvent se targuer d’une telle transversalité.

Dans un monde qui célèbre souvent la nouveauté comme unique critère de valeur, Paul McCartney rappelle, par sa constance, son exigence et sa capacité d’adaptation, qu’il est possible d’être éternel sans se répéter.