The Ballad of the Skeletons : McCartney & Ginsberg réinventent le rock

Publié le 03 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Né en 1995, le projet The Ballad of the Skeletons voit la rencontre improbable entre Allen Ginsberg, figure de la Beat Generation, et Paul McCartney, ex-Beatle légendaire. Lors d’une lecture surprise au Royal Albert Hall, Ginsberg déclame ses vers contestataires, pendant que McCartney improvise un riff percutant. En studio, avec la touche hypnotique de Philip Glass et d’autres musiciens de renom, l’œuvre se décline en versions multiples, marquant une fusion audacieuse entre poésie, rock et minimalisme musical.


Lorsqu’en 1995, Allen Ginsberg pose les bases deThe Ballad of the Skeletons, il ne se doute peut-être pas encore de l’ampleur que prendra son poème une fois transformé en œuvre musicale. Porté par la voix du poète, le talent instrumental de Paul McCartney et la touche minimaliste du compositeur Philip Glass, ce projet se révèle être une expérience artistique unique en son genre. Retour sur une collaboration exceptionnelle entre poésie, rock et musique contemporaine.

Sommaire

Une genèse littéraire et contestataire

Allen Ginsberg, figure emblématique de la Beat Generation, n’a jamais cessé de marquer son époque par ses prises de position engagées et son écriture percutante.The Ballad of the Skeletons, publié pour la première fois en 1995 dansThe Nation, s’inscrit dans cette lignée contestataire. Le poème se compose d’une succession de vers dénonçant l’hypocrisie et les dérives politiques de la société américaine, chaque strophe reprenant une figure de pouvoir symbolisée par un « skeleton » (squelette) et sa maxime.

Dès sa publication, le texte suscite l’intérêt de divers artistes et intellectuels. Parmi eux, Paul McCartney, qui voit immédiatement le potentiel de cette œuvre lorsqu’il en entend une lecture chez lui, dans sa propriété du Sussex.

Une rencontre au sommet : Ginsberg et McCartney

En octobre 1995, Allen Ginsberg se rend chez McCartney pour discuter de son projet. Le poète cherche un guitariste pour l’accompagner lors d’une lecture prévue au Royal Albert Hall de Londres. McCartney, d’abord hésitant, propose d’autres musiciens comme David Gilmour ou Dave Stewart. Ce n’est qu’après coup qu’il réalise que Ginsberg attendait une proposition de sa part.

Le 16 octobre, sur la scène du Royal Albert Hall, Allen Ginsberg présente donc un accompagnateur surprise : Paul McCartney. L’ex-Beatle improvise un riff inspiré du style de Bo Diddley pendant que Ginsberg déclame son texte. L’effet est immédiat : l’auditoire, d’abord pris de court, acclame la performance. Ce moment marque le début d’une collaboration inattendue mais féconde.

De la scène au studio : l’enregistrement d’un manifeste sonore

Fidèle à son enthousiasme, McCartney propose rapidement à Ginsberg d’enregistrer une version studio du poème. Le projet prend forme avec l’implication du producteur Lenny Kaye, qui réunit un casting prestigieux. Aux côtés de McCartney, qui assure non seulement la guitare mais aussi la batterie, les maracas et l’orgue Hammond, on retrouve Philip Glass au piano, ainsi que les guitaristes Marc Ribot et David Mansfield.

L’enregistrement se déroule dans une dynamique quasi expérimentale. McCartney enregistre ses parties séparément, ajoutant tour à tour ses instruments pour structurer la pièce. L’inspiration de Bob Dylan se fait sentir, notamment avec l’orgue Hammond qui évoque le jeu d’Al Kooper surLike a Rolling Stone.

Enfin, Philip Glass vient poser sa marque avec ses célèbres arpèges hypnotiques, conférant à l’ensemble une atmosphère envoûtante.

Une sortie sous le signe de l’audace

The Ballad of the Skeletonssort en single aux États-Unis en juillet 1996, puis au Royaume-Uni en janvier 1997. L’enregistrement est accompagné d’un clip vidéo réalisé par Gus Van Sant, renforçant le caractère percutant du projet. Le CD comprend plusieurs versions du titre : une version complète de 7 minutes 46, une édition raccourcie de 4 minutes 07, une version « clean », ainsi qu’une interprétation inédite d’Amazing Grace.

Cette œuvre marque un moment rare dans la carrière de McCartney, qui sort ici de sa zone de confort pour plonger dans une expérimentation musicale et poétique. Ginsberg, quant à lui, trouve en cette collaboration une manière de prolonger l’esprit de la Beat Generation, en fusionnant sa parole avec des sonorités contemporaines.

Un héritage singulier

Plus de deux décennies après sa sortie,The Ballad of the Skeletonsdemeure un témoignage marquant de la rencontre entre rock, poésie et musique minimaliste. Il symbolise la capacité de McCartney à se réinventer et à explorer des territoires inattendus, tout en rendant hommage à l’un des plus grands poètes américains du XXe siècle.

Loin d’être une simple curiosité, cette œuvre incarne une forme de résistance artistique, un cri contre les injustices et un pont entre deux générations d’artistes engagés. Une preuve supplémentaire que la musique et la poésie, lorsqu’elles se rencontrent, peuvent engendrer des créations d’une intensité rare.