Barry Keoghan devient Ringo Starr : dans les coulisses du film Beatles de Sam Mendes

Publié le 06 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Barry Keoghan incarne Ringo Starr dans l’ambitieux projet de Sam Mendes : quatre films interconnectés sur les Beatles. En immersion totale, il travaille son rôle avec intensité, rencontrant même Ringo en personne pour capter l’essence du personnage.


L’information s’est répandue comme une traînée de poudre sur les rivages du Fastnet Film Festival : Barry Keoghan, jeune acteur irlandais au regard perçant et à la trajectoire fulgurante, incarnera Ringo Starr dans l’ambitieux cycle de films consacrés aux Beatles que prépare le réalisateur britannique Sam Mendes. Non pas un biopic, mais quatre. Un film pour chacun des Fab Four, imbriqués les uns dans les autres, et annoncés pour une sortie échelonnée à partir de 2028.

Ce projet titanesque, inédit dans l’histoire du cinéma musical, nécessitait une préparation à la hauteur du mythe. Keoghan, révélé dans The Killing of a Sacred Deer, acclamé pour sa performance dans The Banshees of Inisherin, et devenu phénomène international avec Saltburn, semble avoir pris la mesure du défi. Il le confesse lui-même : cela fait maintenant “six ou sept mois” qu’il bat le tempo avec ferveur, et “seize ou dix-sept semaines” qu’il vit littéralement dans un “camp d’entraînement Beatles”.

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Le “camp Lennon-McCartney” : rigueur et immersion

Le terme peut prêter à sourire, mais il n’est nullement anodin. Car ce camp, orchestré à huis clos, n’est pas un simple atelier de répétition. C’est un véritable incubateur d’identité artistique, un lieu de transmission autant que d’assimilation. Là, entouré de ses partenaires à l’écran — Paul Mescal (Paul McCartney), Joseph Quinn (George Harrison) et Harris Dickinson (John Lennon) — Keoghan apprend à marcher, parler, jouer, penser et presque respirer comme Ringo Starr.

Ce processus d’apprentissage n’a rien de folklorique. Il s’inscrit dans une tradition d’incarnation totale, à la croisée de la méthode Actors Studio et d’un travail ethnographique rigoureux. Keoghan le dit sans détour : « C’est un terrain de jeu pour moi », mais un terrain de jeu qui s’autorise l’échec, la répétition, la fragilité. Il ne s’agit pas de singer Ringo, mais de le comprendre de l’intérieur.

Et dans cette démarche, un moment a tout changé : la rencontre avec le vrai Ringo Starr.

Face à la légende : une conversation à travers les âges

À 84 ans, Richard Starkey — alias Ringo Starr — demeure l’un des derniers témoins vivants d’une époque révolue. Keoghan, encore ému, raconte cet instant suspendu où il s’est retrouvé face à lui, incapable de soutenir son regard, voyant son propre reflet dans les fameuses lunettes du batteur. Un moment d’une densité émotionnelle rare, qui a agi comme un catalyseur.

Keoghan n’était pas venu “interroger”, mais “comprendre ce qui l’a façonné”. Il voulait saisir “le contraste” entre le Liverpool originel et l’après-Beatlemania, ce moment charnière où la célébrité cosmique s’oppose au passé ouvrier. Il parle de “munitions” reçues ce jour-là : non pas des anecdotes, mais des éléments d’âme, des éclats de mémoire, des mouvements d’humanité.

Dans un milieu où l’imitation suffit souvent à convaincre, Keoghan opte pour la vérité du ressenti. Il veut savoir “d’où vient tout cela”, quitte à mettre de côté les tics attendus. Ce n’est pas Ringo qu’il veut rejouer, mais le poids d’être Ringo.

Sam Mendes et l’ambition d’un récit choral

C’est Sam Mendes, maître d’œuvre de cette fresque monumentale, qui a personnellement choisi Keoghan pour incarner le discret mais incontournable batteur des Beatles. Le réalisateur d’American Beauty, de Skyfall et du sublime 1917 n’a jamais caché son goût pour les récits fragmentés, construits comme des symphonies. Qu’il aborde ici l’histoire des Beatles à travers quatre prismes individuels révèle son intention : non pas sacraliser un groupe, mais comprendre quatre destins interconnectés, unis et solitaires à la fois.

Ce sera donc quatre longs-métrages, centrés chacun sur l’un des membres : Paul McCartney par Paul Mescal, George Harrison par Joseph Quinn, John Lennon par Harris Dickinson, et Ringo Starr par Barry Keoghan. Un geste artistique audacieux, presque orchestral, où chaque film serait une “voix” dans une polyphonie cinématographique.

Un acteur en quête de justesse

Barry Keoghan n’est pas du genre à se contenter de l’à-peu-près. Depuis ses débuts dans les drames urbains irlandais jusqu’à ses performances plus flamboyantes, il a toujours mis un point d’honneur à habiter ses rôles avec une intensité presque animale. Dans Saltburn, il électrisait l’écran par sa dangerosité contenue. Dans The Batman, il offrait un Joker glaçant et énigmatique. Avec Ringo, il opte pour une approche plus intériorisée, moins flamboyante mais tout aussi exigeante.

Sobre depuis plusieurs années, il confie que cette sobriété nouvelle lui permet une forme d’ancrage artistique inédit : “Cela m’a permis artistiquement de suivre une voie constructive et de ramener des émotions et du contrôle. Plutôt que d’être erratique.” Une confession qui en dit long sur la métamorphose d’un acteur désormais maître de ses moyens.

Et il y a ce détail physique, presque anodin, mais révélateur : “J’ai des ampoules sur les mains maintenant”, dit-il. Il ne s’agit pas là d’une métaphore. Il apprend réellement à jouer de la batterie, chaque jour, pendant des heures. Ringo Starr n’a jamais été un simple figurant dans le groupe ; il était, comme l’a rappelé George Harrison, “le cœur battant des Beatles”. Keoghan l’a compris, et veut lui redonner la place qu’il mérite.

Au-delà du mimétisme : la quête d’un souffle

Ce que la démarche de Barry Keoghan illustre, c’est une volonté d’échapper au biopic classique. À rebours des caricatures, des “imitations de prestige” qui pullulent à Hollywood, il choisit l’incarnation par l’empathie. Il ne veut pas seulement jouer Ringo Starr, il veut savoir ce que cela signifiait d’être Ringo : grandir dans un quartier pauvre de Liverpool, survivre à de graves problèmes de santé dans l’enfance, devenir un Beatle presque par hasard, incarner l’humilité dans un groupe de génies.

En allant chercher la vérité là où elle se niche – dans les gestes, les silences, les regards – Barry Keoghan ne s’offre pas une performance, il offre un hommage. Et peut-être plus encore : un regard contemporain sur une époque que l’on croit connaître.

2028 : une année Beatles comme jamais auparavant

Avec la sortie prévue des quatre films Beatles en 2028, une nouvelle génération s’apprête à découvrir — ou redécouvrir — le parcours de Lennon, McCartney, Harrison et Starr sous un angle neuf. On parle ici d’un projet d’envergure, à mi-chemin entre le cinéma d’auteur et le blockbuster culturel. Les attentes sont immenses. Le défi l’est tout autant.

Mais s’il est un acteur capable d’embrasser à la fois la fragilité, l’humour discret, la loyauté tranquille et la complexité cachée de Ringo Starr, c’est bien Barry Keoghan. Sa démarche, faite d’humilité et d’acharnement, donne le ton : ce ne sera pas une reconstitution, ce sera une interprétation. Et dans ce choix réside toute la différence entre une copie conforme et un véritable geste artistique.