Les 6 et 7 juin 2025, Bruce Springsteen a célébré l’héritage des Beatles à Liverpool, avec la participation surprise de Paul McCartney. Deux concerts mémorables à Anfield, entre émotion, hommage et communion rock.
Il y a des lieux qui marquent les artistes au fer rouge. Liverpool, pour Bruce Springsteen, n’est pas un simple point sur une carte. C’est un sanctuaire. C’est ici qu’est née la musique qui l’a façonné. C’est ici que les Beatles ont réécrit les lois de la pop et du rock. C’est ici, enfin, que le Boss a décidé, à 75 ans, de faire vibrer les murs d’Anfield avec deux concerts d’une intensité rare, dans le cadre de sa tournée Land of Hope and Dreams.
Et ce retour aux origines musicales, Springsteen l’a vécu comme une véritable consécration. « Sans cette ville, il n’y aurait pas de E Street Band », a-t-il confié à la foule lors de sa prestation. Ce n’était pas un compliment de circonstance, mais un aveu profondément sincère. Car la filiation est claire : sans la vague britannique, il n’y aurait pas eu la révolution Springsteen.
Sommaire
- Paul McCartney : le roi dans son royaume
- Deux titres, une épopée
- Une soirée riche en symboles
- Une déclaration d’amour à la ville et à son héritage
- Une communion rare entre public, artistes et mémoire
- Un dernier salut avant l’Europe
- Plus qu’un concert, une transmission
Paul McCartney : le roi dans son royaume
Le point culminant de cette célébration fut bien entendu l’apparition de Sir Paul McCartney lors du concert de samedi soir. Ce fut une surprise méticuleusement gardée, un cadeau offert à une ville déjà en liesse. Et quelle surprise : le Beatle le plus universel, le plus productif, montait sur scène chez lui, pour la première fois depuis sept ans, au bras du Boss.
L’introduction est déjà passée à la postérité : « Ce soir, nous avons un jeune homme avec nous, un garçon du coin… Je pense qu’il a du talent. Je crois qu’il ira loin », plaisante Springsteen, avant de lâcher le nom qui fait chavirer Anfield : « Sir Paul McCartney ! » Le public explose, hurle, pleure, exulte. Certains crient comme au premier jour de la Beatlemania. La boucle est bouclée.
Deux titres, une épopée
Les deux hommes se lancent dans Can’t Buy Me Love, tube planétaire des Beatles sorti en 1964, suivi d’une version électrique de Kansas City/Hey Hey Hey Hey. Le E Street Band, parfaitement rôdé, devient pour un instant la cavalerie d’un Beatle en pleine forme. Paul chante, Paul rit, Paul s’épanouit dans l’instant, comme si le Cavern Club n’était pas si loin.
Le moment est éblouissant. Le mythe est vivant. Et lorsque McCartney salue la foule d’un simple « Thank you, Scousers », la clameur qui s’élève semble vouloir défier le ciel. Liverpool vient de revivre sa propre légende, sans nostalgie, mais avec une émotion brute et immédiate.
Une soirée riche en symboles
L’hommage ne s’est pas arrêté là. En quittant la scène, McCartney laisse place à un autre clin d’œil. Springsteen et le E Street Band entament alors une version endiablée de Twist and Shout, reprise popularisée par les Beatles en 1963. L’énergie déployée rappelle les heures les plus sauvages des concerts des Fab Four. Un feu d’artifice sonore pour dire adieu avec panache.
Et les détails symboliques se multiplient. Garry Tallent, le bassiste du groupe et seul autre membre fondateur encore présent avec Springsteen, arbore un chapeau et une écharpe de Liverpool FC. Le groupe ne se contente pas de jouer à Liverpool : il l’habite, il l’honore, il s’y fond.
Une déclaration d’amour à la ville et à son héritage
Max Weinberg, batteur historique du E Street Band, a lui aussi rendu hommage à la ville. Lors d’un concert annexe au Cavern Club — dans sa version moderne, reconstruite à quelques mètres de l’original — il s’est exprimé avec émotion : « C’était un rêve de 55 ans que de jouer ici. Même le nouveau Cavern, c’est quelque chose d’incroyable. » Il poursuit : « En allant à Anfield, on est passés devant un panneau ‘Aintree’. Et je me suis souvenu que les Beatles avaient joué à l’Aintree Institute. Pour nous, tout cela est magique. »
Les membres du E Street Band, pourtant habitués aux plus grandes scènes du monde, ont vécu cette halte à Liverpool comme une parenthèse hors du temps. Et les fans présents, venus du monde entier, le savaient bien : ils participaient à un moment d’histoire.
Une communion rare entre public, artistes et mémoire
Dans les jours qui ont suivi les concerts, les réseaux sociaux se sont enflammés. Des messages de gratitude, de choc, d’émerveillement. « Le concert de ma vie », écrivent certains. « Voir Bruce ET Paul McCartney ? C’était irréel », confient d’autres. Une spectatrice évoque sa fille de onze ans : « Son premier concert. Elle a chanté, dansé, et vécu quelque chose qu’elle n’oubliera jamais. »
Le sentiment général est celui du privilège. Avoir été là, avoir vu ces deux figures tutélaires se donner la main dans l’antre d’Anfield, c’est un souvenir qui s’inscrit dans les chairs, pas seulement dans les photos.
Un dernier salut avant l’Europe
Ce concert à Liverpool n’était pas seulement un sommet émotionnel : il marquait aussi la fin de la partie britannique de la tournée de Springsteen. La caravane rock continue sa route : Berlin, Prague, Francfort, San Sebastian, Gelsenkirchen… jusqu’à Milan, où la tournée s’achèvera le 3 juillet.
Mais Liverpool restera à part. Comme le cœur battant de cette Land of Hope and Dreams Tour, où le rêve s’est matérialisé. Car jouer avec Paul McCartney, à Liverpool, ce n’est pas une simple date de tournée. C’est un pèlerinage. Une reconnaissance. Une bénédiction.
Plus qu’un concert, une transmission
Ce que Bruce Springsteen et Paul McCartney ont offert à Liverpool ce 7 juin 2025 dépasse le cadre du divertissement. C’est un acte de transmission. Une façon de dire : nous sommes encore là. La musique a encore quelque chose à dire. L’héritage des Beatles, comme celui de l’Amérique ouvrière de Springsteen, vit encore dans chaque note, chaque souffle, chaque cri.
Et tandis que le public repartait sous les étoiles, une seule certitude résonnait : ces deux nuits à Anfield resteront à jamais dans la légende.
Le rock n’est pas une relique. À Liverpool, il respire encore.