« The Lovers That Never Were » : Le joyau méconnu de McCartney et Costello

Publié le 16 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1993, Paul McCartney dévoile Off The Ground, un album marqué par The Lovers That Never Were, une rare collaboration avec Elvis Costello. Issue de leurs sessions communes à la fin des années 80, cette ballade intense et mélancolique a connu une gestation complexe, avec plusieurs versions avant d’être finalisée. Malgré son lyrisme poignant et une construction musicale unique, la chanson reste un trésor caché, révélant l’alchimie exceptionnelle entre les deux compositeurs.


Le début des années 90 marque une étape cruciale dans la carrière de Paul McCartney, qui, après le succès mitigé deFlowers In The Dirt(1989), cherche à renouveler son approche musicale tout en conservant une écriture classique et sophistiquée. C’est dans ce contexte que prend formeOff The Ground, son neuvième album solo sorti en 1993. Parmi les titres qui le composent,The Lovers That Never Wereoccupe une place particulière, non seulement pour son ambiance élégante et mélancolique, mais aussi parce qu’elle est l’une des rares collaborations entre McCartney et Elvis Costello à survivre aux séances d’enregistrement.

Sommaire

  • Une collaboration fructueuse mais complexe
  • Des démos prometteuses mais une production laborieuse
  • Une ballade poignante aux paroles ambigües
  • Un destin contrasté

Une collaboration fructueuse mais complexe

L’association entre Paul McCartney et Elvis Costello, entamée à la fin des années 80, repose sur un respect mutuel et une envie commune d’explorer de nouvelles facettes de la composition. Costello, admirateur de McCartney, apporte une touche mordante et des mélodies qui contrastent avec le style plus lyrique de l’ex-Beatle. De cette rencontre naissent plusieurs chansons, dont certaines trouvent leur place surFlowers In The Dirt(My Brave Face,You Want Her Too,That Day Is Done). D’autres, commeThe Lovers That Never Were, restent en suspens, attendant une seconde chance.

Dans une interview, McCartney raconte que l’idée de la chanson est venue alors qu’ils cherchaient un point de départ pour une nouvelle composition :

« Nous avions l’univers musical entier à notre disposition. Une chanson rock and roll, une ballade amoureuse, que choisir ? J’ai alors proposé de commencer en pensant à Smokey Robinson and the Miracles, etThe Lovers That Never Wereest née. C’est la toute première chanson que nous avons écrite ensemble. »

Cette inspiration motown se ressent dans la structure de la mélodie et l’interprétation passionnée de McCartney, qui oscille entre douceur et intensité dramatique.

Des démos prometteuses mais une production laborieuse

En 1988, durant les sessions deFlowers In The Dirt, McCartney et Costello enregistrent une démo deThe Lovers That Never Wereavec un arrangement orchestré, explorant une approche grandiose et épique. Costello se souvient de ce moment comme d’un des points culminants de leur collaboration :

« C’est l’une des meilleures chansons que nous ayons écrites ensemble. Paul s’est lancé dans un chant puissant et brut, presque semblable à celui qu’il utilise surI’m Down. Pendant que je jouais du piano, je me disais simplement :Ne te trompe pas !« 

Malgré l’enthousiasme de Costello, cette version ne convainc pas McCartney, qui décide de ne pas l’inclure dans l’album. La chanson reste donc inédite jusqu’aux sessions deOff The Ground.

En 1991, McCartney réintroduitThe Lovers That Never Wereen studio, mais cette fois avec une approche différente. Le producteur Julian Mendelsohn et son équipe s’efforcent de trouver le bon équilibre sonore. Le batteur Blair Cunningham raconte les difficultés rencontrées pour adapter le rythme de la chanson :

« C’était une valse et ça ne marchait pas. Alors Paul a eu l’idée de superposer une batterie en 4/4 par-dessus le 3/4. Ce genre d’astuce rythmique est complexe, mais une fois en place, ça a donné à la chanson un groove unique et fascinant. »

Cette astuce permet de conférer à la chanson une dynamique particulière, tout en préservant l’intensité dramatique de la mélodie.

Une ballade poignante aux paroles ambigües

Sur le plan lyrique,The Lovers That Never Wereexplore le thème de l’amour contrarié, où deux êtres destinés à s’aimer sont empêchés par des circonstances indéterminées. Les paroles, d’une rare beauté, capturent une mélancolie subtile qui s’accorde parfaitement avec la mélodie envoûtante de McCartney. On peut y voir l’influence de Costello, connu pour ses textes raffinés et emplis de nuances.

L’interprétation de McCartney sur l’albumOff The Groundest d’une intensité remarquable, alternant entre retenue et déchirement, donnant à la chanson une dimension tragique et universelle.

Un destin contrasté

Malgré la qualité indéniable de la composition,The Lovers That Never Werene devient jamais un single. McCartney ne l’interprète pas en concert, alors que Costello la joue occasionnellement en live.

En 2017, la réédition deFlowers In The Dirtpermet aux fans de découvrir enfin les démos originales de McCartney et Costello, offrant un nouvel éclairage sur la genèse du morceau et sur ce qu’il aurait pu devenir dans une autre configuration.

Aujourd’hui,The Lovers That Never Weredemeure un trésor caché dans l’immense discographie de Paul McCartney, une chanson qui illustre à merveille l’alchimie unique entre deux immenses compositeurs, et qui continue de captiver ceux qui prennent le temps de l’écouter attentivement.