Bowie & Lennon : la blague des millions qui scella une amitié rock

Publié le 23 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

La rencontre entre David Bowie et John Lennon, orchestrée par Elizabeth Taylor à Los Angeles en 1974, débouche sur une amitié pleine d’esprit. Au cœur du « Lost Weekend » de Lennon et de la phase décadente de Bowie, les deux icônes partagent un goût féroce pour l’autodérision. Bowie, intimidé, balbutie, mais Lennon le rassure puis lui confie sa parade face aux fans : « No, but I wish I had his money ». Bowie l’emploie jusqu’à recroiser Lennon, qui lance en riant : « You wish you had my money ! ». De cette connivence naît « Fame » (1975), funk acerbe contre l’industrie. Leur camaraderie, tissée d’humour britannique, de respect mutuel et d’un refus de l’idolâtrie, influencera l’écriture du Thin White Duke et prouve qu’un bon trait d’esprit vaut blindage contre la célébrité.


La rencontre entre deux icônes peut donner lieu à des collaborations musicales mythiques, mais parfois aussi à des anecdotes savoureuses qui en disent long sur l’admiration mutuelle et les liens tissés loin des micros. C’est exactement ce qu’illustre la petite histoire que David Bowie aimait raconter au sujet de John Lennon, avec qui il partagea une amitié sincère, faite de respect artistique et d’un humour bien britannique.

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Une amitié née à Los Angeles… et orchestrée par Elizabeth Taylor

Nous sommes en 1974. David Bowie, alors en pleine ascension internationale, mène une vie intense, marquée par une consommation débridée de drogues, des projets musicaux expérimentaux et des apparitions publiques théâtrales. De son côté, John Lennon vit une période trouble, éloigné de Yoko Ono, engagé dans ce que l’on appelle désormais son « Lost Weekend », une parenthèse d’environ dix-huit mois faite de fêtes, d’excès et d’errances.

C’est l’actrice Elizabeth Taylor qui, lors d’une soirée à Los Angeles, présente Bowie à Lennon. La légende raconte que Bowie, d’ordinaire si sûr de lui, est paralysé à l’idée de parler au Beatle. Il confie avoir pensé : « Ne parle pas des Beatles, tu vas avoir l’air idiot ». Lennon, avec son flegme inimitable, le devance : « Hello, Dave ». Ce à quoi Bowie répond : « J’ai tout ce que tu as fait… sauf les Beatles ». Une réponse bancale, mais sincère.

Lennon, humour surréaliste et inspiration durable

Pour David Bowie, Lennon incarne bien plus qu’un modèle musical. En 1995, il le décrit comme « l’un des hommes les plus brillants, vifs d’esprit et profondément humanistes » qu’il ait jamais rencontrés. Ce qui le séduit par-dessus tout chez l’ex-Beatle, c’est son humour mordant, son goût de la blague absurde mais efficace. Une facette que Bowie, Anglais jusqu’au bout des boots, adore.

Et c’est justement lors d’un voyage à Hong Kong, en fin de décennie 1970, que Bowie découvre l’un des trucs préférés de Lennon pour désamorcer les sollicitations des fans. En balade dans les rues, un enfant interpelle Lennon : « Are you John Lennon ? ». Et celui-ci, imperturbable, répond : « No, but I wish I had his money. » Une réponse à la fois piquante, drôle et élégante.

Bowie, séduit, s’approprie immédiatement la formule. Il s’en sert dès son retour à New York, croyant avoir trouvé là le moyen parfait de préserver son anonymat sans se montrer désagréable. Mais le gag tourne court lorsqu’il le récite… à John Lennon lui-même. Dans un coin de Soho, Bowie répond machinalement à une voix qui l’interpelle : « Are you David Bowie ? » – « No, but I wish I had his money. » La réplique fuse : « You lying bastard. You wish you had my money. » Signé Lennon, hilare.

De la blague à l’héritage : un compagnonnage artistique

Derrière l’anecdote se cache une complicité profonde. Car Bowie et Lennon n’ont pas seulement échangé des blagues : ils ont travaillé ensemble, notamment sur le titre « Fame », coécrit et enregistré en 1975. Ce morceau funky, critique acide de l’industrie musicale et des illusions du succès, est le reflet de leur connivence artistique. Lennon y joue de la guitare et pose des chœurs moqueurs. C’est à la fois une catharsis et un clin d’œil.

Bowie confiera plus tard que Lennon l’avait libéré de certaines poses. Il dira : « John n’avait peur de rien ni de personne. Il pouvait rire de tout, même de lui-même. Ça m’a appris à relativiser ».

Lennon, mentor discret de l’ère glam

Bien que John Lennon ait un jour qualifié le glam rock de « rock’n’roll en rouge à lèvres », cette pique n’a jamais entravé leur amitié. Car Lennon savait reconnaître le talent au-delà du maquillage. Bowie, lui, ne cachait pas que son écriture mélodique et narrative lui devait beaucoup aux Beatles, et à Lennon en particulier.

Même s’il n’était pas « cool » à l’époque d’admirer les Fab Four dans certains cercles underground, Bowie n’a jamais cessé de placer Lennon au sommet de ses influences. Il dira : « Je savais quel Beatle j’aimais, et c’était lui ».

Deux icônes, une même manière de déjouer la célébrité

La petite blague du « I wish I had his money » résume à elle seule une certaine vision de la célébrité : distanciée, ironique, joueuse. Ni Lennon ni Bowie ne supportaient les postures figées ; tous deux cherchaient à désamorcer leur propre statut, à rester humains dans un monde de mythes.

C’est sans doute cela qui a rendu leur amitié aussi solide : une volonté partagée de refuser l’idolâtrie, de continuer à rire, même sous les projecteurs.

Lennon et Bowie, frères d’esprit dans le rire et la création

L’anecdote de la blague « volée » par Bowie à Lennon est plus qu’une simple histoire drôle : c’est un portrait en creux de deux génies du XXᵉ siècle musical, unis par une même vision de l’art, du monde, et de l’humour. Là où d’autres auraient bâti leur relation sur la rivalité, Lennon et Bowie ont choisi la camaraderie et la complicité, à coups de mots bien choisis et de réparties acérées.

Et si l’on comprend aujourd’hui à quel point John Lennon a marqué David Bowie, ce dernier, à sa façon, a su lui rendre hommage tout au long de sa carrière. Non pas par des grands discours, mais par un sourire en coin, une pirouette, un trait d’esprit. Comme si, à chaque fan qui lui demandait : « Are you David Bowie ? », il rendait un discret salut à John, là-haut, toujours prêt à répondre : « No, but I wish I had his money. »