En 1976, Paul McCartney publie Wings at the Speed of Sound, un album souvent jugé mineur, mais qu’il considère comme le plus authentique effort collectif de Wings. En déléguant le chant à Joe English, Denny Laine, Jimmy McCulloch ou Linda McCartney, Paul cherche à créer un vrai groupe, loin de l’image du leader tout-puissant. L’album, inégal mais attachant, gagne en puissance sur scène, notamment lors de la tournée Wings Over America. Un disque à réévaluer pour son ambition collaborative.
Souvent éclipsé par les chefs-d’œuvre que sont Band on the Run ou Venus and Mars, l’album Wings at the Speed of Sound (1976) reste pourtant le disque que Paul McCartney considère comme le plus représentatif de l’esprit du groupe Wings. Une déclaration surprenante, tant le public et la critique ont parfois considéré cet album comme un opus mineur dans la carrière de Macca. Et pourtant, derrière ses imperfections se cache une tentative sincère de faire de Wings un véritable groupe, et non une simple extension post-Beatles de Paul McCartney.
Sommaire
- Une période de transition et d’affirmation
- Une volonté de partage sincère
- Un album inégal, mais attachant
- Un disque taillé pour la scène
- Une réévaluation nécessaire
Une période de transition et d’affirmation
Au mitan des années 1970, Paul McCartney cherche encore la bonne formule. Après le lancement quelque peu chaotique de Wings en 1971 avec Wild Life, et les tensions internes qui mèneront à des départs fracassants, l’ex-Beatle décide de reprendre la main avec Band on the Run (1973), enregistré à Lagos à la suite du départ de deux membres. Le résultat est un succès critique et commercial, mais il s’agit surtout d’un disque quasi-solo, réalisé essentiellement par Paul, Linda McCartney et Denny Laine.
Or, McCartney rêve d’un véritable travail d’équipe, comme au temps des débuts des Beatles. Avec Wings at the Speed of Sound, il tente donc une nouvelle approche : ouvrir le micro aux autres membres du groupe, leur confier des morceaux, valoriser leurs voix et leurs talents, quitte à prendre du recul.
Une volonté de partage sincère
« Cet album était moins une production de McCartney, et plus un effort collectif de Wings », explique Paul. « Ce n’était pas prémédité. J’avais écrit une chanson que je devais chanter, mais j’ai simplement laissé Joe [English] la chanter. Il a une très jolie voix, et il l’a fait à merveille. Denny est un chanteur-né pour certains titres. »
En effet, l’album voit Joe English chanter “Must Do Something About It”, Denny Laine interpréter “Time to Hide”, et Jimmy McCulloch, le guitariste écossais, reprendre le flambeau de “Medicine Jar” avec “Wino Junko”. Même Linda McCartney obtient un moment de lumière avec “Cook of the House”, pastiche de rock’n’roll domestique qui divise encore aujourd’hui.
Un album inégal, mais attachant
Certes, tout ne fonctionne pas sur Wings at the Speed of Sound. Les critiques ont souvent pointé du doigt le manque d’unité sonore, la faiblesse de certaines performances vocales, et la tendance de McCartney à rester malgré tout le pilier central du groupe. Il suffit d’écouter les deux grands tubes de l’album pour s’en convaincre : “Silly Love Songs”, réponse brillante et ironique aux critiques sur la mièvrerie supposée de ses textes, et “Beware My Love”, morceau rock explosif taillé pour la scène.
Mais au-delà de ses défauts, l’album respire une certaine fraîcheur. McCartney expérimente, délègue, cherche l’équilibre, et même si le résultat est parfois bancal, il démontre une volonté sincère de créer un groupe démocratique, loin de l’image du dictateur artistique qu’on lui a souvent prêtée.
Un disque taillé pour la scène
L’une des réussites les plus nettes de cet album, c’est son adaptation au live. En 1976, Wings entame une tournée monumentale à travers les États-Unis, et Wings at the Speed of Sound devient un réservoir de titres parfaits pour le stadium rock : puissants, entraînants, accessibles. Certains critiques n’hésitent pas à dire que la tournée Wings Over America a été, à bien des égards, plus impressionnante que les concerts des Beatles eux-mêmes, rendus inaudibles par les cris du public.
Dans ce contexte, des morceaux comme “Let ’Em In”, “Silly Love Songs” ou “Beware My Love” prennent une dimension nouvelle, galvanisante, confirmant que Wings est plus qu’un projet secondaire : c’est le groupe de scène de Paul McCartney, avec une vraie dynamique interne.
Une réévaluation nécessaire
Des décennies plus tard, à l’heure où l’œuvre solo de McCartney est revisitée avec bienveillance, Wings at the Speed of Sound mérite d’être réévalué. Non pas comme un sommet artistique, mais comme une tentative courageuse de collectif dans une carrière souvent perçue comme ultra-contrôlée. C’est peut-être pour cela que McCartney le considère comme l’album le plus authentique de Wings : il incarne un moment de lâcher-prise, d’expérimentation, de confiance donnée aux autres.