Ringo Starr fête ses 85 ans : l’ex-Beatle qui se croit toujours jeune

Publié le 21 juillet 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

À 85 ans, Ringo Starr défie le temps : entre tournées avec son All Starr Band, album « Look Up » et son mantra « Peace and Love », le batteur des Beatles reste fidèle à sa jeunesse intérieure. Pour lui, il a toujours 24 ans face au miroir.


« Je regarde mon reflet et je vois un garçon de 24 ans ». La phrase, lâchée aux journalistes du New York Times le 2 juillet 2025, pourrait être rangée dans la catégorie des plaisanteries de rocker. Pourtant, chez Ringo Starr, elle tient lieu de manifeste. Alors qu’il s’apprête à souffler ses 85 bougies le 7 juillet, le batteur légendaire des Beatles revendique plus que jamais sa jeunesse intérieure : une perception du temps qui semble s’être figée au cœur de l’explosion de la Beatlemania, lorsque les hurlements couvraient encore chaque roulement de caisse claire.

Sommaire

  • « Peace and Love » : un anniversaire devenu rituel planétaire
  • Le secret d’une vitalité inoxydable
  • L’All Starr Band : la tournée perpétuelle
  • Se réinventer en studio : l’album « Look Up »
  • « Jamais goûté de pizza » : l’anecdote qui a secoué la Toile
  • La philosophie du « Now »
  • De Liverpool à Hollywood : l’ombre portée d’un rôle
  • L’œil du miroir : pourquoi 24 ans ?
  • La relativité du temps chez les rockers seniors
  • Entre humilité et autodérision
  • Les coulisses d’un look iconique
  • L’héritage des Beatles : fardeau ou trampoline ?
  • Un discours de paix au-delà des slogans
  • Le studio comme terrain de jeu infini
  • La famille, pilier discret
  • Une mémoire sélective
  • Entre scène et écran : le futur selon Ringo
  • L’âge, un état d’esprit plus qu’un chiffre

« Peace and Love » : un anniversaire devenu rituel planétaire

Depuis 2008, chaque 7 juillet, Ringo Starr convie la planète entière à interrompre son tumulte pour prononcer ou poster le simple mantra « Peace and Love ». Le rendez-vous, désormais relayé par des musées comme The Beatles Story à Liverpool et par des rassemblements à Beverly Hills, transforme l’anniversaire de l’ex-Beatle en minute de fraternité mondiale. Pour cette édition 2025, fans, touristes et têtes d’affiche sont invités à s’aligner à midi pile, smartphone ou banderole à la main, afin d’envoyer une vague d’ondes pacifiques qui, espère-t-il, « repeindra la planète aux couleurs de la bienveillance ».

Le secret d’une vitalité inoxydable

Comment un octogénaire revendiquant « l’âge mental d’un jeune homme » parvient-il à tenir la cadence ? La recette, explique Ringo, tient en quatre piliers : de longues marches quotidiennes, une diète végétarienne riche en crudités, la méditation et, surtout, la joie presque enfantine de « taper sur ces fichues peaux ». Il confie rire encore de la recommandation maternelle entendue à ses débuts dans les clubs de Liverpool : « Richard, tu es le plus heureux quand tu joues de la batterie ». D’un claquement de baguettes, il chasse le doute ; et s’il reconnaît quelques douleurs articulaires, il assure qu’« une heure derrière le kit vaut mieux qu’une séance de kiné ».

L’All Starr Band : la tournée perpétuelle

La scène demeure le laboratoire de sa cure de jouvence. Au printemps dernier, Ringo Starr and His All Starr Band ont sillonné la côte Est américaine ; à l’automne, ils reprendront la route avec le même équipage – Steve Lukather, Colin Hay, Hamish Stuart, Gregg Bissonette, Warren Ham et Buck Johnson. De « Yellow Submarine » à « Photograph », la set-list combine tubes solo, classiques des Beatles et clins d’œil aux carrières de chacun des musiciens. « Le principe est simple : chaque All Starr joue ses hits, je joue les miens, et tout le monde repart avec le sourire », résume le maître de cérémonie.

Se réinventer en studio : l’album « Look Up »

Entre deux tournées, le batteur prolifique enchaîne les EP et les albums. Son cru 2025, « Look Up », flirte avec la country et s’entoure de chœurs gospel. Si la presse spécialisée concède une production « techniquement irréprochable » mais regrette un certain manque de profondeur, Ringo revendique l’exercice comme « un pas de côté rafraîchissant ». Loin de la nostalgie, il assume une écriture épurée, centrée sur des refrains optimistes et des guitares acoustiques claires : « Je veux que les gens lèvent les yeux, littéralement, qu’ils quittent leurs écrans et voient le ciel », explique-t-il.

« Jamais goûté de pizza » : l’anecdote qui a secoué la Toile

Autre preuve d’éternelle singularité : Ringo a récemment admis n’avoir jamais croqué une part de pizza ni même goûté au curry, deux emblèmes culinaires pourtant omniprésents dans la culture britannique. La révélation, glissée dans un late-show américain, a fait la ronde des réseaux après qu’on lui a rappelé sa participation, dans les années 1990, à une célèbre campagne de publicité pour… Pizza Hut ! Face aux rires du public, le musicien a souri : « Je n’aime pas le fromage fondu, voilà tout ». Détail savoureux, au sens littéral comme au figuré, qui alimente son image d’extraterrestre affable.

La philosophie du « Now »

« Je vis dans le présent », martèle-t-il. Ni plan de carrière millimétré, ni feuille de route quinquennale : sa trajectoire s’écrit à la minute. Cette spontanéité, revendique-t-il, constitue la vraie fontaine de jouvence : « Le passé, je l’honore ; l’avenir, je le souhaite meilleur ; mais la seule seconde que je maîtrise, c’est maintenant ». Une maxime qui rappelle le fatalisme lumineux de son ex-complice George Harrison : « Tout passe ». Chez Ringo, l’aphorisme se double d’un éclat de rire contagieux : « Je ne pensais pas dépasser 40 ans. Alors 85, vous imaginez ! ».

De Liverpool à Hollywood : l’ombre portée d’un rôle

La notoriété de Ringo ne se limite pas aux tournées et aux disques. Le projet le plus ambitieux de ces prochaines années est signé Sam Mendes : quatre biopics individuels consacrés à chacun des Beatles, qui sortiront simultanément en avril 2028. Pour incarner le batteur, c’est l’acteur irlandais Barry Keoghan qui a été choisi, aux côtés de Paul Mescal (McCartney), Joseph Quinn (Harrison) et Harris Dickinson (Lennon). Soumis à un intense « Beatles BootCamp », les comédiens doivent apprendre non seulement l’accent, mais aussi la posture du « Ringo shuffle », ce jeu souple de charley qui a changé la rythmique pop. Interrogé sur la distribution, le principal intéressé se contente d’un clin d’œil : « S’il joue mieux que moi, je lui laisse ma place ».

L’œil du miroir : pourquoi 24 ans ?

Pourquoi ce chiffre précis de 24 ans ? Pour Ringo, il incarne un âge charnière : 1964, l’Amérique conquise, l’album « A Hard Day’s Night » au sommet et, au creux des valises, les premières semences d’une musique pop planétaire. « J’étais invincible, raconte-t-il. Les foules hurlaient, la presse nous traquait, mais moi je dormais dans l’autocar entre deux concerts ; je me réveillais, je jouais ; je refermais les yeux et je repartais ». Ce flux constant d’adrénaline est resté imprimé dans sa rétine, si bien que chaque reflet lui renvoie ce jeune homme au costume étriqué et au sourire goguenard.

La relativité du temps chez les rockers seniors

Ringo n’est pas le seul à défier le calendrier : Paul McCartney continue d’aligner des marathons scéniques de trois heures, Mick Jagger court encore dix kilomètres avant chaque show, et Tina Turner, jusqu’à ses adieux en 2009, enchaînait les chorégraphies à 200 km/h. Mais chez Starr, la lutte contre l’horloge prend une tonalité particulière : il ne s’agit plus seulement de performance physique, mais d’une négation pure et simple du vieillissement. « Je suis une créature d’aujourd’hui », insiste-t-il, comme si la conscience même de mourir demain s’effaçait derrière la simple nécessité de battre la mesure.

Entre humilité et autodérision

Lorsqu’un journaliste lui rappelle le verdict mitigé de certains critiques envers « Look Up », il hausse les épaules : « Vous savez, à mes débuts, on me traitait déjà de batteur limité. J’ai fait le tour du monde plusieurs fois depuis. Que peut-on me reprocher de plus ? ». Cette désinvolture, mâtinée d’une sincère humilité, constitue l’un des charmes du personnage : l’assurance d’un vétéran qui a déjà tout vécu et l’espièglerie d’un adolescent encore prêt à tester la prochaine pédale d’effet.

Les coulisses d’un look iconique

Le jour de l’interview new-yorkaise, Ringo arbore un pantalon camouflage, un pendentif Peace oversized et un blazer noir parfaitement ajusté. Un patchwork vestimentaire qui, comme toujours, trahit un sens aigu de la mise en scène. « Je porte la paix sur mon torse, mais j’aime que mes jambes restent prêtes au combat », plaisante-t-il en désignant le motif militaire. Cette religion du détail trouve racine dans l’ère psychédélique de 1967, lorsque les Beatles exploraient les uniformes colorés ; elle survit aujourd’hui dans chaque bracelet, chaque paire de lunettes teintées rose éclatant.

L’héritage des Beatles : fardeau ou trampoline ?

Pour beaucoup, vieillir sous l’ombre du groupe le plus célèbre du monde relève de la malédiction. Ringo, lui, y voit un tremplin. « Si les Beatles n’avaient pas existé, je serais sans doute encore batteur dans un club de Hambourg. » Sans tabou, il reconnaît que la légende offre une plate-forme inégalée pour écouler ses disques. Mais il sait aussi que l’héritage impose un niveau d’exigence permanent : « Chaque soir, quand j’attaque le break de “Come Together”, le public entend son adolescence. Je n’ai pas le droit à l’approximation ».

Un discours de paix au-delà des slogans

Derrière la formule « Peace and Love » se cache un militantisme discret mais tenace. Ringo soutient depuis plus de trente ans l’association WaterAid, milite pour la réduction des armes légères et participe régulièrement à des concerts-bénéfice pour la recherche contre le cancer infantil. « La batterie suffit parfois à guérir les têtes, mais pas toujours les corps », rappelle-t-il, convoquant le souvenir de George Harrison et John Lennon, tous deux emportés par la maladie ou la violence.

Le studio comme terrain de jeu infini

En marge de « Look Up », d’autres collaborations pointent déjà pour 2026 : un duo avec Billie Eilish autour d’une ballade minimaliste, un morceau reggae avec l’ex-Police Stewart Copeland et la rumeur d’une session improvisée chez Dave Grohl. « Je dis oui, puis je vois après », confie-t-il, fidèle à sa logique de l’instant. Son home-studio de Los Angeles, équipé d’une console numérique flambant neuve et d’un kit Ludwig vintage de 1962, reste allumé jusqu’aux petites heures, éclairé par une lampe à lave rose – clin d’œil au Swinging London.

La famille, pilier discret

Marié depuis 1981 à l’actrice Barbara Bach, Ringo évoque peu sa sphère privée. Il admet toutefois qu’elle veille sur son hygiène de vie : rien ne remplacera jamais une assiette de légumes grillés préparée « par celle qui partage mon cœur ». Ses enfants – Zak, Jason et Lee – mènent tous des carrières musicales ou artistiques; l’aîné, Zak Starkey, batteur d’Oasis puis des Who, perpétue l’héritage rythmique avec la bénédiction paternelle. « Voir son fils derrière les fûts de Keith Moon, c’est un truc qui vous ramène, là encore, à vos 24 ans », glisse-t-il.

Une mémoire sélective

Questionné sur l’éclipse de 1980 à 1988, période assombrie par l’alcool et un grave accident de voiture, Ringo reconnaît une zone grise. « J’ai frôlé la sortie de route », admet-il. La cure de désintoxication, suivie d’un engagement ferme dans l’abstinence, a scellé son retour. Il juge cette renaissance fondamentale : « Sans sobriété, pas de longues tournées, pas d’anniversaires. » Et surtout, pas de ce regard resté figé sur le jeune homme qu’il contemple chaque matin.

Entre scène et écran : le futur selon Ringo

À court terme, l’agenda affiche déjà complet : répétitions en août, dates nord-américaines jusqu’en novembre, enregistrement d’un nouvel EP en décembre. À plus long terme, Starr s’est promis d’assister à l’avant-première du biopic de Sam Mendes « pour vérifier que Barry imite bien mon jeu de boucles ». Quant à un hypothétique album avec Paul McCartney, il élude d’un sourire: « Qui sait ? On se voit de temps en temps, on boeuf, on rigole. Les surprises font partie du voyage. »

L’âge, un état d’esprit plus qu’un chiffre

Alors, Ringo Starr est-il vraiment un éternel « jeune homme de 24 ans » ? Biologiquement, bien sûr que non ; les rayons X en témoignent autant que la sagesse affichée. Mais dans la musique, dans le tic-tac de la charleston et dans chaque « Peace and Love » scandé par des millions de fans, son horloge intérieure s’est arrêtée à l’instant précis où la vie lui a promis plus de lumières qu’il n’en avait rêvé. Et si défier la gravité temporelle consiste seulement à aimer follement ce que l’on fait, alors Ringo est la preuve éclatante qu’une passion authentique peut se faire rempart contre les rides et que, parfois, un miroir reflète l’âme bien plus que la peau.

En 2025 comme en 1964, l’ex-Richard Starkey continue de battre la mesure du temps présent, invitant chacun à célébrer la musique, la bienveillance et l’instant. Parce qu’au fond, 24 ans n’est peut-être pas un âge, mais un état de grâce.