Le 19 février 1971, Paul McCartney sort Another Day, son premier single en solo, coécrit avec Linda. Inspirée de la solitude urbaine, cette chanson s’inscrit dans la lignée de Eleanor Rigby. Enregistrée à New York, elle connaît un grand succès malgré des tensions juridiques et une pique de John Lennon. Ce titre marque le début de l’émancipation artistique de McCartney, posant les bases d’une carrière solo florissante.
Le 19 février 1971, quelques mois après la dissolution des Beatles, Paul McCartney dévoile « Another Day », son tout premier single en solo. Ce morceau, composé aux côtés de son épouse Linda McCartney, marque un tournant décisif dans la carrière de l’ex-Beatle, alors en pleine quête d’identité artistique. Inspiré de la solitude urbaine et d’une poésie du quotidien qui rappelle « Eleanor Rigby », « Another Day » s’impose comme une peinture sociale poignante.
Sommaire
- La genèse d’un classique solitaire
- L’enregistrement : de la solitude à la magie du studio
- Une sortie sous tension juridique
- Un succès commercial et critique
- Une pierre angulaire de la renaissance de McCartney
La genèse d’un classique solitaire
Bien que publiée en 1971, « Another Day » trouve ses racines dans les années Beatles. McCartney en esquisse les premières lignes dès 1969, lors des sessions « Get Back/Let It Be ». On l’entend jouer une version inachevée à Twickenham Studios en janvier de cette année-là, puis une autre tentative chez Apple Studios. Dès ces démos, la mélodie et le texte esquissent le portrait d’une femme anonyme, prise dans la routine alourdissante d’une grande ville.
Avec « Another Day », McCartney renoue avec une technique d’écriture qui lui est chère : décrire la vie de personnages fictifs au travers de textes narratifs. Après « Eleanor Rigby » et « For No One », cette ballade dépeint une femme esseulée, enfermée dans un quotidien mécanique, fantasmant un amour salvateur qui ne semble jamais venir. Comme l’a dit Denny Seiwell, batteur sur l’enregistrement, « Another Day » est « Eleanor Rigby à New York ».
L’enregistrement : de la solitude à la magie du studio
C’est aux Columbia Studios de New York que McCartney donne vie à « Another Day », le 12 octobre 1970. Les sessions de janvier 1971, déplacées aux A&R Studios, viennent parfaire l’enregistrement. Accompagné du guitariste David Spinozza et du batteur Denny Seiwell, McCartney prend en main l’ensemble des instruments, assurant à la fois le chant, la guitare acoustique et électrique, la basse et les percussions. Linda, quant à elle, enrichit le titre de ses harmonies vocales.
« Another Day » se distingue aussi par une production minutieuse, qui renforce la dimension cinématographique du morceau. McCartney, influencé par l’œuvre d’Alfred Hitchcock, avouera lui-même un certain voyeurisme dans l’écriture : « Comme beaucoup d’écrivains, je suis un peu voyeur. Si je vois une fenêtre éclairée, j’y jette un coup d’œil. » Cette approche transparaît dans la manière dont il décrit la solitude de son personnage.
Une sortie sous tension juridique
Créditée à « Mr. & Mrs. McCartney », la chanson entraînera une controverse légale. L’entreprise d’édition musicale Maclen Music Ltd, détenue par Lew Grade, y voit une tentative de McCartney de récupérer des droits sur ses propres compositions. En juillet 1971, Maclen Music attaque Paul et Linda McCartney en justice pour violation de contrat, réclamant 1 050 000 dollars. L’affaire se règle finalement en 1972 par un compromis : McCartney signe un nouvel accord de coédition de sept ans avec ATV et accepte de participer à l’émission « James Paul McCartney », diffusée en 1973.
John Lennon, avec qui les relations se tendent, ne manque pas d’épingler « Another Day » dans sa chanson « How Do You Sleep? » : « The only thing you done was ‘Yesterday’, and since you’re gone you’re just another day. » Une pique acide, symptomatique des tensions entre les deux anciens partenaires.
Un succès commercial et critique
Dès sa sortie, « Another Day » s’impose comme un succès. Numéro 2 au Royaume-Uni et numéro 5 aux États-Unis, la chanson assoit la carrière solo de McCartney. Si certains critiques y voient une mélodie trop « proprette », d’autres louent sa finesse d’observation et sa production ciselée.
Malgré les critiques, McCartney continue de jouer « Another Day » en concert tout au long de sa carrière, preuve de son attachement à cette composition. La chanson refait surface sur plusieurs compilations, et est rééditée sur les versions augmentées de l’album « Ram ».
Une pierre angulaire de la renaissance de McCartney
« Another Day » n’est pas qu’un simple single, c’est une déclaration d’indépendance. Elle symbolise la volonté de McCartney de s’affranchir du poids des Beatles et de prouver qu’il peut exister en tant qu’artiste solo. Si l’ombre du groupe plane encore sur cette période, « Another Day » marque le début d’un nouveau chapitre, celui d’un McCartney libre, prêt à explorer de nouvelles directions musicales. Une première pierre d’une carrière solo qui, cinq décennies plus tard, continue d’influencer des générations entrières.