The Luck of the Irish : Un regard musical sur l’engagement de John Lennon en faveur de la cause républicaine irlandaise

Publié le 24 décembre 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsqu’on évoque Some Time in New York City, l’album de John Lennon et Yoko Ono sorti en 1972, plusieurs éléments viennent immédiatement à l’esprit : l’atmosphère chaotique de l’époque, la fusion expérimentale du rock et de l’art avant-gardiste, et bien sûr, les prises de position politiques de Lennon. Parmi les titres les plus marquants de cet album se trouve « The Luck of the Irish », une chanson empreinte de l’engagement de Lennon en faveur de la cause républicaine en Irlande du Nord. Ce morceau, à la fois polémique et poignantly direct, est né dans un contexte de violence politique qui secouait le Royaume-Uni, notamment après le massacre du Bloody Sunday en janvier 1972.

Sommaire

Un lien intime avec l’Irlande

John Lennon n’a jamais caché sa sympathie pour la cause irlandaise, un lien qu’il nourrissait depuis plusieurs années avant même l’éclatement des violences dans le conflit nord-irlandais. « Je suis un quart irlandais, ou peut-être à moitié irlandais, ou quelque chose comme ça, et bien avant que les ennuis ne commencent, j’ai dit à Yoko que c’était là que nous allions prendre notre retraite », confiait Lennon en 1971. Son engagement envers l’Irlande et sa culture s’enracine dans des souvenirs personnels forts : un séjour romantique avec Yoko en Irlande, qui fut pour eux une sorte de seconde lune de miel. Cette immersion dans le pays, où il s’illustra par son intérêt sincère et personnel, marqua le début de son implication publique dans la lutte pour les droits des Irlandais du Nord.

L’Irlande, avec ses paysages, ses traditions et ses luttes politiques, devint un thème récurrent dans l’œuvre de Lennon à cette époque. « The Luck of the Irish » s’inscrit ainsi dans une démarche de soutien aux républicains irlandais, bien avant l’explosion des tensions liées au massacre de Bloody Sunday, qui se produira quelques mois après la composition du morceau. Ce dernier est un manifeste musical en faveur de la résistance irlandaise, un cri de ralliement contre l’occupation britannique.

La naissance d’un engagement musical : 1971-1972

L’idée de « The Luck of the Irish » germe dans l’esprit de Lennon après avoir assisté à une marche de protestation à Londres en août 1971. Ce n’était pas la première fois que Lennon se lançait dans un projet musical engagé, mais cette chanson reflète une approche différente : moins abstraite que ses précédents morceaux politiques, plus brute et directe dans son message. Après avoir assisté à cette manifestation, Lennon commence à écrire la chanson, qu’il termine plusieurs mois plus tard, en novembre 1971, peu avant de se rendre à Ann Arbor pour un concert caritatif.

La première version de la chanson est enregistrée en novembre 1971, alors que Lennon est en pleine période créative. Ce même mois, il enregistre également « Attica State », un autre morceau engagé qui figure sur le même album. En tout, il enregistre une démo de « The Luck of the Irish » sur une bande de 20 minutes, qui deviendra plus tard le cœur du film The Luck of the Irish, réalisé par John Reilly. Ce film, financé par Joko Productions, capturait des moments du processus de création, dont une performance en noir et blanc de Lennon et Ono interprétant « The Luck of the Irish ». Cette version de la chanson reste assez fidèle à celle que l’on retrouve sur l’album, bien que certains des accords et paroles ne soient pas encore finalisés.

« The Luck of the Irish » : Une chanson entre espoir et idéalisme

La chanson elle-même, même si elle dénonce la violence et l’oppression, est aussi imprégnée d’un certain idéalisme, à travers des paroles chargées de symbolisme. Lennon y dépeint l’Irlande comme un lieu légendaire où l’on pourrait réconcilier les peuples et faire tomber les murs de la division. Le refrain, avec son écho aux « shamrocks, rainbows et leprechauns », semble offrir une vision naïve, presque enfantine, de l’Irlande, tout en servant de métaphore pour la lutte républicaine en Irlande du Nord. Cependant, cette dimension surréaliste des paroles, largement influencée par Yoko Ono, a souvent été critiquée pour son côté trop facile et ses clichés, un reproche que de nombreux critiques ont adressé à la chanson.

Certains y ont vu une forme de simplification excessive du conflit irlandais, réduisant une lutte complexe à des images de contes de fées et de folklore. Pourtant, la sincérité de Lennon, son désarroi face aux injustices sociales et politiques, est indéniable. Comme souvent avec lui, la musique sert de plateforme pour ses opinions sans compromis, mais elle n’est jamais dénuée d’émotion. Dans « The Luck of the Irish », Lennon réussit à transmettre un message de solidarité et d’espoir, tout en restant fidèle à son engagement politique et à ses convictions personnelles.

Performances et réception

La chanson fait sa première apparition en public lors d’un concert à Ann Arbor, Michigan, le 10 décembre 1971, à l’occasion d’un événement caritatif pour soutenir le militant politique John Sinclair. Bien que ce concert ait été filmé, il ne sera jamais diffusé. Cependant, les enregistrements de cette performance, y compris ceux de « The Luck of the Irish » et de « John Sinclair », ont été intégrés à la boîte John Lennon Anthology en 1998, ainsi qu’à l’album Acoustic sorti en 2004. Ces versions live témoignent de la sincérité et de l’énergie que Lennon mettait dans ses chansons militantes, et de son engagement constant dans la lutte pour la justice sociale.

Mais c’est également à la télévision que « The Luck of the Irish » rencontre son public. Lors d’une apparition à The David Frost Show le 16 décembre 1971, Lennon interprète une version plus courte de la chanson. À ce stade, il semble encore en train de peaufiner les paroles, comme en témoigne l’introduction de la phrase « les enfants, l’église et l’IRA », dans une tentative de relier les acteurs du conflit. Cependant, dans un souci de ne pas heurter son audience, Lennon choisit de remplacer un terme vulgaire par un autre plus acceptable, ce qui témoigne à la fois de sa prise de conscience de la portée médiatique de son engagement et de sa volonté de modérer certaines de ses expressions.

La réception mitigée d’un engagement musical

Si l’engagement politique de Lennon dans « The Luck of the Irish » est indiscutable, la réception du morceau ne fut pas univoque. L’album Some Time in New York City, dont fait partie « The Luck of the Irish », a été accueilli de manière controversée par la critique. Alors que certains louaient la prise de position audacieuse de Lennon, d’autres le critiquaient pour sa naïveté et l’aspect caricatural des représentations de l’Irlande dans sa chanson. Le contraste entre la profondeur des préoccupations politiques de Lennon et les éléments folkloriques d’Ono dans la chanson faisait débat, renforçant la tension entre le sérieux du message et la forme parfois trop simplifiée de son expression artistique.

À l’origine, « The Luck of the Irish », accompagnée de « Attica State », avait été envisagée comme le single principal de l’album. Toutefois, ce fut finalement « Woman Is the N—-r of the World » qui fut choisi comme premier extrait, et « The Luck of the Irish » fut reléguée à un rôle secondaire dans l’histoire de l’album.

Un héritage musical et politique

« The Luck of the Irish », au-delà de ses qualités musicales, demeure un témoignage poignant de l’engagement politique de Lennon dans les années 1970. Il n’est pas simplement question ici d’une chanson de protestation, mais d’un véritable appel à la solidarité, à la compréhension et à l’espoir. Dans le contexte tumultueux de l’Irlande du Nord et des tensions politiques mondiales, cette chanson incarne la volonté de Lennon de changer les choses, de faire entendre sa voix et de mobiliser ses fans autour de causes qui lui étaient chères.

L’héritage de cette chanson, ainsi que de son engagement envers l’Irlande, reste ancré dans l’histoire de la musique rock. Elle fait partie des moments où l’artiste s’engageait sans compromis, là où son art servait à alimenter le discours social et politique de son époque. Lennon, à travers « The Luck of the Irish », prouve une fois de plus que la musique peut être un puissant véhicule de changement, un moyen de sensibiliser le public à des injustices, mais aussi d’apporter un peu d’espoir dans un monde en guerre.