McCartney au sommet, Beatles au coin du feu : Noël 2025 en deux images

Publié le 25 décembre 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

La veille de Noël, l’actualité Beatles ressemble à un montage impossible : d’un côté Paul McCartney, 80 ans passés, qui rafle la mise au Billboard Boxscore comme s’il découvrait encore le plaisir de faire bouger une foule ; de l’autre, un feu de cheminée virtuel estampillé Beatles, “Merry Crimble”, posé sur YouTube comme un décor cosy pour emballer les cadeaux. Entre les deux, un même fil : la preuve que ce répertoire n’a jamais quitté la pièce. En novembre, 11 dates et 150 000 billets suffisent à propulser la Got Back Tour en tête des recettes, rappel sec que le rock, quand il est porté par des chansons indestructibles, reste un sport de contact. Et au même moment, le groupe le plus mythifié de l’histoire accepte de devenir ambiance, chaleur domestique, bruit de fond qui crépite — sans perdre sa charge émotionnelle. Ce papier raconte ce double mouvement : la route et le foyer, la sueur des arènes et la nostalgie qui s’invite au salon, la billetterie comme preuve de vie et le “yule log” comme folklore moderne. Deux gestes de fin d’année, une seule vérité : McCartney et les Beatles ne sont pas un musée, mais un présent qui insiste.


Il y a quelque chose de presque irréel à lire, en plein mois de décembre, au moment où les villes se mettent à sentir le vin chaud, le carton humide et la fatigue de fin d’année, que Paul McCartney vient de s’installer tout en haut d’un classement de tournées comme un homme qui débarque dans un pub et pose, sans un mot, la pinte la plus lourde sur le comptoir. Pas un “record de plus” pour l’égo, pas une médaille pour le musée, plutôt un rappel sec : à plus de quatre-vingts ans, ce type continue de faire ce que le rock promettait au monde sans jamais pouvoir le garantir, à savoir transformer une chanson en événement physique, une mélodie en foule, une histoire en présent.

Le chiffre, lui, est brutal, presque indécent de simplicité : 51,7 millions de dollars de recettes sur le mois de novembre, 150 000 billets écoulés, 11 concerts qui suffisent à hisser la tournée Got Back Tour en tête du Billboard Boxscore. Le rock, cette vieille religion qui se prétend anti-business, adore les classements dès qu’ils racontent une histoire. Et celle-ci est parfaite, parce qu’elle oppose deux images que l’on croyait incompatibles : l’icône des années 60, et la machine de guerre de l’industrie live des années 2020.

Ce n’est pas seulement la victoire d’un artiste, c’est une victoire d’un mythe. McCartney n’est plus censé gagner. Pas à cet âge. Pas face à un monde saturé de pop neuve, de stars jeunes, de tournées monstrueuses conçues comme des empires logistiques. Et pourtant, le voilà, au sommet, comme si le temps n’avait pas d’emprise sur lui, ou comme si, plus exactement, il avait compris avant tout le monde que le temps, dans la musique populaire, n’est pas un ennemi : c’est un instrument.

Sommaire

  • Le triomphe en chiffres : ce que raconte vraiment le Billboard Boxscore
  • Got Back : un titre qui sonne comme une provocation
  • De Palm Desert à Chicago : une route américaine comme un vieux film
  • Le plus grand paradoxe McCartney : faire du passé quelque chose de vivant
  • Un feu de cheminée Beatles : quand Merry Crimble devient un objet contemporain
  • Les Beatles en arrière-plan : la victoire douce de la musique éternelle
  • Deux nouvelles de Noël, une même vérité : McCartney et les Beatles n’ont jamais quitté la pièce
  • Le rock, l’âge, la transmission : pourquoi ce succès compte
  • La cheminée Beatles : un geste anodin, une puissance symbolique énorme
  • McCartney en 2025 : l’homme qui ne veut pas être un musée
  • Un Noël Beatles : le feu, la foule, et ce qui restera

Le triomphe en chiffres : ce que raconte vraiment le Billboard Boxscore

Les chiffres ont un avantage rare : ils n’ont pas besoin de poésie pour impressionner. Ils sont déjà une forme de récit. 51,7 millions sur 11 dates, cela fait environ 4,7 millions par soir, une moyenne qui situe instantanément McCartney dans le très haut de gamme du concert contemporain. Et quand on divise ces recettes par les 150 000 billets vendus, on obtient un ordre de grandeur d’environ 345 dollars de recette brute par ticket sur ce segment du mois de novembre. Ce chiffre n’est pas une “valeur de billet” au sens intime et sentimental, c’est une indication du poids économique de la marque McCartney : une demande massive, des salles énormes, des productions coûteuses, et un public prêt à payer pour un rite.

Le plus vertigineux, c’est que cette performance s’inscrit dans une trajectoire plus large. Got Back n’est pas une tournée de circonstance. C’est une tournée qui s’étire, qui s’étend, qui s’installe dans la durée comme une entreprise. Lancée au printemps 2022, poursuivie en 2023, 2024 et 2025, elle cumule désormais environ 410,7 millions de dollars de recettes et 2,4 millions de billets vendus. Traduit autrement, cela signifie qu’en moyenne, sur l’ensemble de l’aventure, la tournée tourne autour de 170 dollars de recette brute par spectateur. À ce niveau, on ne parle plus seulement d’un rockeur sur scène : on parle d’un phénomène culturel capable de remplir des stades et des arènes sur plusieurs années, dans plusieurs pays, en portant sur ses épaules une setlist qui traverse six décennies.

Le Billboard Boxscore, souvent perçu comme une curiosité de nerds de l’industrie, devient ici une photographie de quelque chose de plus profond : la persistance du live comme ultime preuve de vie. À l’heure où la musique enregistrée se consomme parfois comme de l’eau en bouteille, où un album peut disparaître dans un flux, le concert reste un objet lourd. Il faut s’y rendre. Il faut se déplacer, sortir sa carte, affronter la foule, accepter la sueur, accepter les écrans des autres, accepter le fait qu’on ne “possède” rien à la fin, sinon un souvenir. Or, quand McCartney gagne sur ce terrain-là, il rappelle une vérité simple : son œuvre n’est pas seulement archivée, elle est incarnée.

Got Back : un titre qui sonne comme une provocation

Le nom Got Back a l’air d’une plaisanterie. Deux mots, une petite tape sur l’épaule. “Je suis revenu.” Sauf que chez McCartney, le retour n’a jamais été un mouvement nostalgique. C’est une posture de combat. Depuis 1970, il n’a jamais réellement cessé. Il a sorti des disques, monté des groupes, fait des tournées, écrit de la musique classique, expérimenté, trébuché parfois, rebondi souvent. L’idée qu’il “revient” est presque absurde : il était déjà là.

Mais Got Back joue sur plusieurs niveaux. C’est d’abord un clin d’œil aux Beatles, à ce moment de Get Back où tout devait s’achever dans un chaos magnifique et où, malgré les tensions, la musique continuait d’exister comme une bouée. Ensuite, c’est un pied de nez à l’idée même de retraite. McCartney, à cet âge, pourrait vivre dans un confort absolu, apparaître une fois par an, faire un discours, toucher un chèque. Au lieu de cela, il choisit la route, les hôtels, les soundchecks, la fatigue, les fuseaux horaires, les répétitions. Il choisit la vie de musicien.

Et puis il y a un troisième niveau : Got Back est un slogan qui parle à une génération entière. Les gens qui ont grandi avec les Beatles vieillissent. Les gens qui ont grandi avec Wings vieillissent. Les gens qui ont découvert McCartney solo à l’époque de MTV vieillissent. Et pourtant, dans une arène, au moment où commence un enchaînement de classiques, tout ce vieillissement se met à trembler. On a beau être un adulte, on redevient, l’espace d’un refrain, un adolescent qui apprend que la musique peut être un abri.

Ce que vend McCartney, ce n’est pas seulement un concert. C’est un pont entre des âges de la vie. Et le public le sait.

De Palm Desert à Chicago : une route américaine comme un vieux film

La dernière portion nord-américaine de 2025 a des airs de récit à l’ancienne, une route de la fin septembre à la fin novembre, un itinéraire qui ressemble à une tournée de rock classique, mais transposée dans la puissance logistique contemporaine. Départ à Palm Desert fin septembre, arrivée à Chicago fin novembre, des arènes, des stades, des villes qui sentent la route, l’autoroute, les parkings, les nuits froides et l’électricité des grands rendez-vous.

Ce genre de détail compte parce qu’il dit ce que McCartney est devenu : un artiste capable de mettre en mouvement une gigantesque machine, tout en donnant l’impression, sur scène, que ce qu’il fait est simple. Une guitare, un piano, une basse, un sourire. Bien sûr, tout est millimétré. Bien sûr, le show est réglé, pensé, conçu pour embrasser un répertoire immense. Mais la réussite tient à cette illusion d’évidence : comme si, après soixante ans de carrière, jouer ces chansons relevait encore du plaisir immédiat, presque enfantin.

Ce qui frappe aussi, dans les récits récents de cette tournée, c’est la manière dont McCartney continue de bâtir ses concerts comme des panoramas. Il ne se contente pas de “faire les Beatles”, il traverse son histoire entière. Il passe de l’intimité d’un morceau acoustique à la déflagration d’un final de stade. Il rappelle que sa vie ne se résume pas à 1963-1969, même si ces années-là sont un trou noir qui attire tout.

Et parfois, au milieu de ce panorama, il lâche un geste symbolique, presque politique. Interpréter une chanson des Beatles jouée rarement, rendre hommage à Lennon, convoquer une présence absente. Ce n’est jamais gratuit. C’est une manière de dire : l’histoire n’est pas un musée, elle respire encore.

Le plus grand paradoxe McCartney : faire du passé quelque chose de vivant

Le rock s’est construit sur une obsession de la jeunesse. Il a vendu l’idée que l’énergie appartient aux corps jeunes, que la révolte est une affaire de vingtenaires. Et puis, au fil des décennies, il s’est contredit en beauté. Il a vu ses héros survivre, vieillir, se transformer en sages, en artisans, parfois en caricatures. McCartney, lui, a choisi une autre voie : il n’a pas essayé d’être jeune, il a essayé d’être présent.

Ce que le succès du Billboard Boxscore raconte, ce n’est pas seulement la puissance d’un catalogue. C’est la capacité d’un homme à rester crédible sur scène malgré l’accumulation des décennies. Et cette crédibilité, il ne la doit pas uniquement à ses chansons. Il la doit à une forme de discipline de musicien. McCartney est un travailleur. Un animal de scène. Quelqu’un qui connaît la valeur du tempo, de l’endurance, du contact avec le public. Il peut sourire, jouer, raconter, donner l’impression d’une décontraction, mais derrière cela il y a une rigueur quasi sportive.

Le paradoxe, c’est que cette rigueur sert à produire quelque chose de profondément émotionnel : l’impression, pour le public, de vivre une communion. McCartney, quand il aligne des classiques des Beatles, de Wings et de sa carrière solo, ne raconte pas “regardez ce que j’ai fait”. Il raconte “regardez ce que nous avons traversé ensemble”. C’est ce “nous” qui lui permet d’être au sommet de la billetterie.

Et c’est précisément ce “nous” qui fait le lien avec l’autre information de cette fin d’année : un feu de cheminée sur YouTube.

Un feu de cheminée Beatles : quand Merry Crimble devient un objet contemporain

La nouvelle a quelque chose de délicieusement absurde : The Beatles viennent de publier sur YouTube une vidéo intitulée The Beatles Holiday Yule Log (Merry Crimble), conçue pour être laissée allumée pendant des heures, en arrière-plan, comme ces vidéos de cheminée crépitante qui tournent en boucle dans les salons modernes. Un feu, des chaussettes de Noël accrochées au manteau, une décoration pensée pour caresser la nostalgie dans le sens du poil. Les chaussettes portent les noms : John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr. Sur une table, un tourne-disque, des photos, des cadeaux emballés dans un papier “Beatles”. Et en bande sonore, des titres classiques du groupe.

On pourrait se moquer. Dire que le rock, jadis révolte, finit en fond sonore pour dîners de famille. Dire que les Beatles, jadis déflagration culturelle, deviennent un décor cosy. Mais ce serait trop simple, et surtout ce serait ignorer un fait essentiel : les Beatles ont toujours été capables d’occuper plusieurs fonctions à la fois. Ils ont été une révolution, et ils ont été une musique populaire au sens le plus large. Ils ont été expérimentaux, et ils ont été rassurants. Ils ont été des perturbateurs, et ils ont été des fournisseurs de mélodies.

Le terme Merry Crimble, lui, n’est pas choisi au hasard. Il renvoie à cette tradition très Beatles des messages de Noël, des vœux enregistrés, des blagues internes. Crimble, c’est le Noël vu par un groupe qui a toujours préféré l’humour absurde à la solennité. L’idée d’un “yule log” Beatles prolonge cette logique : faire quelque chose de festif, de léger, sans prétendre à la grandeur.

Sauf que la grandeur, avec les Beatles, finit toujours par s’inviter quand on ne la veut pas. Parce qu’un feu de cheminée, au fond, c’est une métaphore parfaite de leur présence dans la culture : une chaleur constante, un bruit de fond familier, quelque chose qui continue de crépiter même quand la pièce change, même quand les gens vieillissent, même quand le monde se transforme.

Les Beatles en arrière-plan : la victoire douce de la musique éternelle

Il y a une ironie splendide à imaginer Revolver, Sgt. Pepper, The White Album ou Abbey Road réduits à un “fond sonore” de fêtes. Les Beatles ont été l’avant-garde de la pop, ils ont été l’obsession d’une jeunesse, ils ont été la bande sonore d’une révolution culturelle. Et aujourd’hui, ils deviennent aussi une musique qu’on peut laisser tourner pendant qu’on emballe des cadeaux, qu’on cuisine, qu’on discute, qu’on vit.

Mais cette transformation n’est pas forcément une défaite. Elle est peut-être la preuve ultime de leur victoire. Parce qu’une musique qui peut devenir un décor sans perdre sa puissance, une musique qui peut accompagner la banalité sans s’éteindre, est une musique qui a dépassé le statut de simple “œuvre”. Elle est devenue un élément du monde.

Le Holiday Yule Log Beatles, avec son feu et ses chaussettes, est une version contemporaine du même phénomène qui faisait déjà exister le groupe dans les années 60 : la capacité à s’infiltrer partout. À être à la fois événement et quotidien. À être à la fois sur scène et dans la cuisine.

Et surtout, cette vidéo dit quelque chose de très actuel sur la façon dont on consomme la musique : par durée, par ambiance, par boucle. L’ère du streaming a inventé le “mood” comme langage. Le rock, autrefois frontal, devient parfois “ambiance”. Les Beatles s’adaptent à cette époque sans même avoir besoin de changer leur musique. Il suffit de changer le cadre.

Dans ce cadre, une chanson comme Here Comes the Sun ou In My Life peut devenir le parfum sonore d’un salon. Et ce parfum est si puissant qu’il ne s’épuise pas. Il se recharge à chaque écoute.

Deux nouvelles de Noël, une même vérité : McCartney et les Beatles n’ont jamais quitté la pièce

Ce qui rend cette coïncidence de fin décembre fascinante, c’est le contraste entre les deux informations. D’un côté, Paul McCartney au sommet du Billboard Boxscore, triomphant sur le terrain le plus brutalement contemporain : la billetterie, la tournée, l’industrie live, les chiffres. De l’autre, les Beatles qui déposent sur YouTube un objet de confort, une cheminée virtuelle destinée à tenir compagnie pendant les fêtes.

Deux gestes. Deux manières d’exister. Et pourtant, une même vérité : ils sont encore là. Pas seulement comme des noms, pas seulement comme un patrimoine, mais comme des présences actives. McCartney, en chair et en os, sur scène. Les Beatles, en images et en sons, dans les maisons.

On pourrait presque y voir une forme de dialogue entre les époques. McCartney continue d’incarner le rock comme action, comme effort, comme sueur, comme performance. Les Beatles, eux, deviennent un espace mental, un refuge, une nostalgie vivante. Ce n’est pas contradictoire. C’est complémentaire.

Et si l’on veut pousser l’analyse, on peut même dire que ces deux pôles représentent les deux faces de la même mythologie. La face “route”, celle du musicien qui tourne et qui prouve son endurance. La face “foyer”, celle de la musique qui devient une chaleur domestique. McCartney, la route. Les Beatles, le feu. L’homme et le mythe.

Le plus beau, c’est que l’un nourrit l’autre. La tournée Got Back continue d’alimenter l’idée que le répertoire Beatles est vivant. Le yule log continue d’alimenter l’idée que les Beatles appartiennent à la vie quotidienne. Ensemble, ils empêchent le groupe d’être rangé au rayon “histoire”.

Le rock, l’âge, la transmission : pourquoi ce succès compte

Certains diront : tout cela n’est que nostalgie. Ils se trompent, ou plutôt ils réduisent. La nostalgie existe, bien sûr. Mais le succès économique d’une tournée comme Got Back Tour implique plus que la nostalgie. Il implique la transmission. Il implique des gens qui n’étaient pas nés quand Lennon est mort, qui n’étaient pas nés quand les Beatles se sont séparés, qui viennent pourtant chanter ces refrains comme s’ils leur appartenaient.

Il y a, dans les arènes, une sociologie fascinante. Des couples âgés qui ont vécu l’époque en direct, des quinquagénaires qui ont grandi avec les rééditions, des trentenaires qui ont découvert les Beatles par leurs parents, des adolescents qui connaissent déjà les paroles parce qu’Internet a rendu l’histoire disponible. McCartney, en 2025, est une passerelle. Il peut faire se tenir dans la même salle quatre générations, et les faire chanter ensemble. C’est rare. Et c’est, en un sens, la définition d’un artiste majeur.

Le rock, quand il se cherche une justification tardive, dit souvent qu’il est “intemporel”. C’est parfois un slogan vide. Chez McCartney, cela devient un fait observable : il vend des billets, il remplit, il crée de la demande. Pas parce qu’il est un monument, mais parce que les chansons fonctionnent encore comme des outils émotionnels. Elles consolent, elles excitent, elles rassemblent.

Le Billboard Boxscore ne mesure pas l’amour. Il mesure la capacité à générer un déplacement de foule. Et une foule qui se déplace en 2025 pour voir McCartney, ce n’est pas seulement un acte de nostalgie : c’est un acte de confiance dans la puissance du collectif.

La cheminée Beatles : un geste anodin, une puissance symbolique énorme

Revenons à la vidéo The Beatles Holiday Yule Log (Merry Crimble). On pourrait la classer dans la catégorie des petites opérations saisonnières. Et pourtant, symboliquement, c’est énorme. Car ce feu de cheminée dit : les Beatles appartiennent à la fête, à la famille, au rituel de fin d’année. Ils s’installent dans un moment qui, culturellement, est celui de la mémoire. Noël est une période où l’on se souvient. Où l’on rejoue des traditions. Où l’on remet les mêmes films. Où l’on écoute les mêmes chansons. Les Beatles, en publiant ce yule log, se posent comme une tradition de plus.

C’est, d’une certaine façon, la consécration ultime : être suffisamment universel pour devenir une habitude. Être assez familier pour être laissé “en arrière-plan”. Être assez aimé pour qu’on accepte de ne pas écouter attentivement, juste pour sentir la présence.

Et puis il y a ce détail : les chaussettes de Noël portent quatre noms. Pas trois. Quatre. Lennon est là, comme toujours, au centre du manque. À l’échelle d’un objet aussi simple, cela devient presque touchant : on n’oublie pas le quatrième, même dans un décor. La vidéo, à sa manière, refait ce que les chansons “réunion” des années 90 avaient tenté : restaurer le quatuor dans l’imaginaire collectif. Non pas pour nier la mort, mais pour affirmer que l’histoire est plus forte que l’absence.

Le feu crépite, le tourne-disque tourne, et l’on comprend soudain que les Beatles sont devenus une forme de folklore moderne. Un folklore global, exportable, constant. On a inventé des dieux antiques, puis des saints, puis des stars. Les Beatles, eux, sont passés du statut de stars à celui de folklore. C’est vertigineux.

McCartney en 2025 : l’homme qui ne veut pas être un musée

Il faut aussi souligner une chose : McCartney n’a jamais vraiment accepté de devenir un musée. Il a toujours voulu rester un artiste actif, même quand ses disques étaient inégaux, même quand la critique était dure, même quand on le comparait sans cesse à Lennon, même quand on réduisait son œuvre à une suite de “chansons mignonnes”. Il a toujours travaillé. Toujours composé. Toujours joué.

La tournée Got Back n’est pas seulement un défilé de classiques. C’est une affirmation de présence. Un moyen de dire : je suis encore ici, et je joue encore parce que j’aime jouer. Les chiffres, cette fois, ne sont pas le sujet principal. Ils sont la conséquence d’un comportement : celui d’un musicien qui continue de faire ce que font les musiciens.

Et peut-être que c’est cela, la clé de sa longévité. McCartney n’a jamais été un artiste qui se contente de l’aura. Il est un artisan. Il est le type qui, même au sommet, a toujours eu l’air de penser à la prochaine chanson, au prochain arrangement, au prochain concert. Cette mentalité de travailleur est visible dans la manière dont il conçoit ses shows : longs, généreux, remplis de moments où il parle au public comme à des proches, comme s’il savait que la meilleure façon de déjouer le poids du mythe est de rester humain.

C’est aussi ce qui explique, peut-être, la force émotionnelle de ses hommages à Lennon sur scène. Quand il convoque une archive, une image, une voix, il ne cherche pas à faire du spectacle morbide. Il cherche à recréer un dialogue. Et le public, qui connaît déjà l’histoire, accepte cette mise en scène parce qu’elle est portée par une intention sincère : rappeler que derrière les Beatles, il y avait des amis.

Un Noël Beatles : le feu, la foule, et ce qui restera

La veille de Noël 2025, donc, on a d’un côté Paul McCartney qui domine les classements de la tournée, et de l’autre The Beatles qui installent une cheminée virtuelle sur YouTube pour accompagner les fêtes. Deux images. Deux états de la musique. L’un est bruyant, massif, collectif. L’autre est doux, domestique, répétitif. Ensemble, ils racontent ce que les Beatles ont toujours été, même quand ils ne le savaient pas : une force capable de se métamorphoser sans disparaître.

Le rock, quand il est jeune, croit qu’il va tout brûler. Quand il vieillit, il devient parfois lui-même un feu de cheminée : quelque chose qui réchauffe, qui rassure, qui crépite doucement dans la nuit. Ce n’est pas forcément une trahison. C’est une autre forme de puissance. Et McCartney, en continuant de remplir des salles, prouve qu’il y a encore une part de flamme vive, une part d’incendie contrôlé, une part de bruit et de lumière.

Le plus frappant, au fond, c’est que l’on ne parle pas ici d’une “fin de carrière”. On parle d’une continuité. On parle d’une histoire qui refuse de se laisser conclure. Les Beatles ont été un groupe fini, mais ils sont devenus un langage. McCartney est un homme vieillissant, mais il est encore un événement. Et quand, dans un salon, une cheminée Beatles tourne en boucle pendant qu’on sert le repas, il y a quelque chose de presque rassurant : le monde change, mais certaines harmonies restent.

C’est peut-être cela, la définition la plus simple de leur immortalité : ils ne sont pas seulement écoutés, ils sont habités.