Beautiful Boy (Darling Boy) : la lettre d’amour de John Lennon à son fils Sean

Publié le 29 décembre 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsque John Lennon sort Double Fantasy le 17 novembre 1980, l’album est une déclaration de son amour pour Yoko Ono et son fils Sean, né en 1975. Parmi les morceaux les plus marquants figure Beautiful Boy (Darling Boy), une chanson d’une tendresse infinie, témoignage d’un père qui, après avoir été absent pour son premier fils Julian, s’investit pleinement dans l’éducation et le bonheur de son cadet.

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La genèse d’une berceuse intime

John Lennon commence l’écriture de Beautiful Boy en 1979. À cette époque, il oscille entre les titres Beautiful Boy et Darling Boy. Une première démo, enregistrée à la maison avec une guitare acoustique, contient des paroles légèrement différentes : “Hold my hand before you cross the street/The traffic’s slow but you never know who you’re gonna meet.”

Lennon poursuit ses expérimentations musicales en début d’année 1980, utilisant cette fois une guitare électrique et une boîte à rythmes. Certains essais durent jusqu’à dix minutes, et d’autres incluent des fragments de chansons inachevées comme Memories et Across The River. Ce travail en amont montre à quel point il tenait à peaufiner chaque détail avant de l’enregistrer en studio.

Une chanson née de l’amour paternel

Depuis la naissance de Sean en 1975, Lennon s’est entièrement consacré à son rôle de père, mettant en pause sa carrière musicale. Cet engagement marque un contraste frappant avec son rôle de père distant envers son premier fils, Julian, qu’il a eu avec Cynthia Powell en 1963. Loin de la vie tumultueuse des Beatles, il se retire du monde du show-business et devient un véritable “homme au foyer”. Dans une interview donnée en 1980, il confie : “Il n’est pas sorti de mon ventre, mais j’ai fait ses os.”

Le texte de Beautiful Boy traduit cette attention de chaque instant. Lennon y exprime sa fierté et son amour inconditionnel, rassurant son fils sur son avenir : “Close your eyes/Have no fear/The monster’s gone, he’s on the run and your daddy’s here.” Loin des revendications politiques ou des brûlots contestataires qu’il a souvent écrits, la chanson est une véritable berceuse, à la douceur accentuée par l’usage de percussions et de steel drums.

L’enregistrement en studio

Le 12 août 1980, Lennon enregistre la première version de Beautiful Boy au studio Hit Factory de New York. Ce jour-là, la session réunit des musiciens talentueux : Earl Slick et Lennon lui-même à la guitare acoustique, Hugh McCracken à la guitare électrique, Tony Levin à la basse, George Small aux claviers, Andy Newmark à la batterie, Robert Greenridge au steel drum et Arthur Jenkins aux percussions.

Lennon apporte une touche finale à la chanson le 17 septembre en réenregistrant sa voix. Le son des vagues et du steel drum est ajouté pour rappeler son séjour à Bermuda quelques mois auparavant. L’introduction de la chanson, elle, débute par un son de cloche tibétaine, le même utilisé pour (Just Like) Starting Over, renforçant l’atmosphère paisible et méditative du morceau. En fin de morceau, Lennon murmure : “Good night, Sean. See you in the morning. Right again.” Ce message intime, presque chuchoté, achève la chanson comme une promesse réconfortante.

Une résonance posthume poignante

L’une des phrases les plus marquantes de la chanson est sans conteste : “Life is what happens to you while you’re busy making other plans.” Cette maxime, devenue célèbre après l’assassinat de Lennon le 8 décembre 1980, prend une dimension tragique, comme une prophétie involontaire du destin brutal qui l’attendait.

Paul McCartney, qui a longtemps eu une relation complexe avec Lennon, choisit Beautiful Boy lors de son passage dans l’émission Desert Island Discs en 1982, déclarant : “C’est une très belle chanson. Elle me touche profondément.” En 2007, Yoko Ono fait de même, réaffirmant la valeur émotionnelle de ce morceau dans l’héritage de son mari.

Un héritage musical et émotionnel

Au-delà de l’hommage à son fils, Beautiful Boy est un témoignage du Lennon des dernières années : un homme apaisé, loin des conflits et des provocations, entièrement tourné vers sa famille. Cette chanson, comme l’ensemble de Double Fantasy, est une célébration de la vie qu’il avait réussi à reconstruire après les turbulences de la célébrité.

Si Beautiful Boy a été éclipsée par des titres plus connus comme (Just Like) Starting Over ou Woman, elle n’en demeure pas moins l’un des morceaux les plus personnels et touchants de Lennon. Un instant figé dans le temps, où un père berce son fils avec tout l’amour du monde.