Le voleur qui comptait les cuillères

Publié le 30 décembre 2025 par Adtraviata

Quatrième de couverture :

À l’heure du numérique, difficile de gagner sa vie avec une modeste boutique de livres anciens et d’occasion sur la 11ᵉ Rue Est de New York… Heureusement, Bernie Rhodenbarr a d’autres atouts dans sa manche. Cambrioleur chevronné, on fait souvent plus volontiers appel à lui pour ses talents de crocheteur de serrures que pour ceux de bouquiniste. Mais lorsque «M. Smith», un mystérieux collectionneur, lui propose une petite fortune pour plusieurs vols (incluant aussi bien le manuscrit de L’Étrange Histoire de Benjamin Button de F. Scott Fitzgerald que d’inestimables cuillères en argent), Bernie ignore dans quelle histoire improbable il met les pieds.
Car, pendant ce temps, une riche vieille dame a été retrouvée morte à son domicile, apparemment terrassée par une attaque lors d’un cambriolage qui aurait mal tourné. Toutefois les raisons de son décès ne sont pas si évidentes, et l’expertise de Bernie est également requise par son meilleur ennemi, le policier Ray Kirschmann, afin de l’aider dans son enquête…
Voleur rémunéré et détective amateur, notre (anti-)héros trouve en outre des messages rageurs sur la porte de la librairie qu’il est bien obligé de délaisser… Y aurait-il encore des gens qui lisent?

J’avais noté que cette année, la Série noire de Gallimard fête ses 80 ans et ce roman traînait dans ma PAL depuis plusieurs années (j’ai oublié sur quel blog je l’ai repéré) et voilà, un jour avant la fin de l’année je l’ai enfin lu et je vous propose un petit avis.

Il paraît que Bernie Rhodenbarr a déjà vécu plusieurs aventures avant celle-ci mais cela ne compromet pas la compréhension du personnage. On comprend qu’il a déjà eu maille à partir avec le NYPD en la personne de Ray Kirschmann à qui il prétend qu’il n’est plus cambrioleur mais Ray ne veut pas le croire… Car oui, Bernie est libraire le jour et cambrioleur la nuit (le jour aussi, quand il fait ses repérages). Sa librairie de livres d’occasion le fait vivoter (surtout quand des jeunes filles insolentes viennent photographier ses bouquins et les commandent sur Am**on à son nez et à sa barbe, avec un rabais important, Ray n’est pas le premier libraire à subir ce genre d’outrage – quoique, en l’occurrence, cette fois cela aura des conséquences intéressantes sur l’affaire qui va l’occuper).

Deux affaires vont se mêler : d’abord les cambriolages commandés par un collectionneur mystérieux qui se fait appeler Mr Smith et pour qui Bernie va voler un manuscrit de la nouvelle Benjamin Button et une cuillère particulière représentant un des signataires de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis, ensuite la mort d’une vieille dame décédée d’une crise cardiaque en rentrant d’une soirée au Metropolitan Opera : mort suspecte ou non ? avant ou après l’intrusion d’un cambrioleur dans sa maison ? C’est ce que l’on comprendra définitivement dans une explication finale où tous les protagonistes seront rassemblés chez cette dame, un peu à la manière d’Hercule Poirot. Entretemps nous aurons passé du temps en compagnie de Bernie, homme très cultivé et sympathique, et de sa meilleure amie Carolyn et nous en apprendrons pas mal sur la peinture, sur l’histoire de l’Indépendance américaine, sur le métier de libraire et celui de cambrioleur. Car oui, ce n’est pas divulgâcher, Bernie est cambrioleur dans l’âme, un cambrioleur éclectique et prudent mais un cambrioleur quand même. Cependant les incohérences liées à la mort de madame Ostermaier vont l’amener à collaborer avec le policier et à relier tous les fils des deux affaires. Et l’explication finale rend Bernie encore plus attachant !

J’ai bien aimé cette balade dans New York en compagnie de personnages sympathiques, pleine de références littéraires et culturelles et non dénuée d’humour. Si j’ai l’occasion de retrouver Bernie Rhodenbarr dans une autre affaire, ce sera avec plaisir !

« Le grand roman américain ? Loin de là. Le mystère de Gatsby, c’est le nombre de gens par ailleurs dotés de discernement qui y trouvent tant à admirer. Vous savez pourquoi Jay Gatsby est une telle énigme ? C’est parce que Fitzgerald lui-même ne savait absolument pas qui était ce type. Un arriviste, un parvenu, un nouveau riche, si vous voulez, un homme qui s’était dépêché de gagner beaucoup d’argent et qui s’était quelque peu sali les mains ce faisant. Ce qui n’avait rien de rare à l’époque, d’ailleurs il y avait un type à Boston qui avait le même parcours et qui a fait élire son fils à la Maison-Blanche. Fitzgerald n’arrivait pas à comprendre Gatsby, et l’establishment littéraire a réagi en sacralisant sa confusion. Donc non, je ne tiens pas Gatsby en grande estime, pas plus que votre M. Fitzgerald. »

Lawrence BLOCK, Le voleur qui comptait les cuillères, traduit de l’américain par Mona De Pracontal, Série noire, Gallimard, 2016

Avec ce roman, je participe au challenge Un hiver Polar d’Alexandra Je lis je blogue et je coche la case Métropole américaine puisque le roman se passe à New York.

J’ai découvert aussi le Challenge « American Year 3 » chez The Cannibal Lecteur ce qui me motivera, je l’espère, à sortir plus de romans américains de ma PAL.