Assignée malade mentale

Publié le 31 décembre 2025 par Lana

Je vais encore revenir sur la question de l’autodétermination, mais c’est parce que c’est une question qui est centrale quand on est face à la psychiatrie.

Tout comme on a tous entendu plusieurs fois la comparaison avec les patients diabétiques dépendants de leur insuline pour nous inciter à bien prendre nos médicaments, on a entendu également la phrase « Votre maladie / trouble ne vous définit pas » un nombre incalculable de fois.

Derrière ces bonnes intentions apparentes, il y a surtout beaucoup d’hypocrisie. Je rappelle que se définir par quelque chose ne veut pas dire s’y réduire, et que chacun est libre de se définir comme il le souhaite. Les psychiatres vont pourtant nous reprocher régulièrement de nous définir par nos troubles, quand on en fait une partie de notre identité. Ces mêmes médecins qui, eux, vont nous réduire à notre pathologie, nous assigner à une place de malade mentaux dont tous les actes et paroles sont à surveiller comme le lait sur le feu, dont chaque émotion sera pathologisée (un des endroits au monde où on a le moins le droit de les exprimer et d’être soi-même est certainement l’hôpital psychiatrique), qui ne feront que des liens superficiels entre nos histoires et nos symptômes, qui nous expliqueront que c’est notre cerveau qui est défaillant et a besoin de médicaments pour fonctionner correctement.

Mais si nous nous réapproprions nos diagnostics, ou pire le terme fols, ce sera critiqué. Personne ne me dit que je ne dois pas me définir comme femme quand je dis que j’en suis une, personne ne hurle au scandale en disant que je suis bien d’autres choses. Et d’ailleurs, si demain je ne souhaite plus me définir comme femme, ça posera problème à la majorité des gens et ça attirera la suspicion des psychiatres, voire la pathologisation de mon désir de me déterminer comme je l’entends.

Dans cette histoire d’étiquettes auxquelles on ne devrait pas se réduire, il y a donc comme toujours un enjeu de pouvoir. On nous prive du droit à l’autodétermination. Ce n’est pas qu’on se définisse par un trouble qui est craint, c’est qu’on se définisse comme on le souhaite, éventuellement hors des normes sociales. C’est aussi un discours qui nous persuade que la psychiatrie respecte notre intégrité, nos particularités, notre humanité. Puisqu’elle nous répète sans arrêt qu’elle ne nous réduit pas à une maladie (préférant des termes comme « fragilité »), au fond, ça doit être vrai. Même si les faits prouvent sans arrêt le contraire. Des injonctions paradoxales, encore une fois.

Et pour terminer, j’aimerais redire que nos identités sont plurielles, mouvantes, fluctuantes. On n’est jamais un seul de nos qualificatifs, jamais. Laissez-nous donc nous définir comme on l’entend en respectant notre complexité. C’est à nous de choisir ce qui est assez important dans nos vies et notre personnalité pour devenir un qualificatif parmi d’autres, que l’on utilisera comme on le souhaitera et le temps que l’on voudra.