Je cherche l'enfance (piste 3) témoigne de ses années d'insouciance perdues, sans doute en raison de l'exil. C'est un texte très intime qui s’adresse à tous les enfants de l’exil. Emilie ma poupée (piste 4) enfonce le clou. Elle traduit combien il est difficile de transmettre à ses propres enfants des objets auxquels on a été fidèles mais qui pour eux ne représentent pas la même valeur.
Solitude chérie (piste 5) est un modèle de résilience et une déclaration d'amour à Paris, avec la révélation de son adresse, 10 boulevard Auguste Blanqui.La chanteuse ne laisse personne de côté, n'oubliant pas ceux qui ont choisi un autre destin que celui que ses parents ont de suivre. A ceux qui restent (piste 6) est une superbe célébration du courage (qui me fait penser à L'homme qui lisait des livres).
Rêver (piste 7) est certes une utopie mais ça fait du bien d'en formuler. On retrouve le même esprit dans Du bonheur dans un carton(piste 10) en l'inscrivant dans le quotidien.Si l'on ne prête pas attention aux paroles d'Avancer (piste 8) on croirait entendre une jolie balade alors que les paroles, terribles, racontent le périple si difficile des migrants "sans se retourner" en espérant que leurs enfants vivront mieux qu'eux. Il y apparait comme un battant, et pas uniquement comme une figure tragique.Avec Vol de plaisir (piste 9) répond à Rêver sans aucun tabou.
Vivre mieux que mourir (piste 11) est une charmante mélodie qui invite à danser sur une sorte de charleston un peu plus lent que celui qui était en vogue au début du siècle dernier.L'album s'achève sur Tu ne me changeras pas (piste 12) qu'on peut interpréter comme un conte ou comme une déclaration de résistance, une de plus, mais formulée en douceur, comme tout ce que fait Abyr.Elle nous touche par la maturité de ses textes où elle se livre avec une grande honnêteté et une belle poésie. Elle confie en interview avoir pris depuis 2018 le chemin d'écrire ses propres chansons avec l'aide de son compositeur Sebka. Dans ce premier album, elle a décidé de raconter l'histoire des enfants de réfugiés et d'exilés puisque sa vie entière s'est déroulée sous le prisme originel de l'exil.
Elle nous transmet sa vision des migrants, des réfugiés, de ceux qui restent, des exilés, des femmes et de la vie avec son lot de combats et de rêves. C'est courageusement qu'elle a décidé d'auto-produire intégralement cet album. La collecte et les pré-ventes permettent de financer une partie des frais nécessaires à la finalisation de la production et à la promotion de l'album en lançant une collecte sur Ulule.Elle tourne depuis 2019 dans toute la France pour présenter son univers accompagnée de Sebka à la guitare et parfois d'Emek Evci à la contrebasse. Ce premier album sera présenté en tournée qui s’étendra jusqu’en mars 2026 en co-plateau avec Sebka à L’Almarita à Carolles (50) le 7 mars, au Point Commun de Tournon-sur-Rhone (07) le 13, à L’Epicentre de Tullins (38) le 21 et à La Caval’Arte de Tain l'Hermitage (26) le 22.Ce premier album impose Abyr parmi les plus belles découvertes musicales de cette fin d'année. On ne peut que supposer qu'elle va poursuivre, avec sans doute une thématique plus large mais toujours en abordant des aspects qui la touchent.