La narratrice fait trois fois le même voyage vers le nord de l'Europe: en célibataire en 2005, en couple en 2014, en famille recomposée en 2024, emportant toujours davantage de bagages avec le temps, en fonction de l'évolution de la technologie.
Le nord à contre-jour est le récit du voyage de 2024, qui se déroule pendant une dizaine de jours, à Pâques, c'est-à-dire pendant des vacances scolaires. Ce qui permettra à parents et enfants de vivre ensemble sous d'autres cieux que ceux du pays.
La famille recomposée en comprend deux, décomposées: séparée de Tom, la narratrice a emmené avec elle sa fille, Sophie, 5 ans; son nouveau compagnon, Luca, veuf de Fabienne, a emmené avec lui sa fille, Athena, 14 ans, et son fils, Nevil, 7 ans.
Après s'être connus deux années, Luca a enfin présenté ses enfants à la narratrice. C'était six mois plus tôt. Maintenant il va bien falloir que tout ce petit monde cohabite, en voyage de surcroît, chacun des cinq participants avec sa forte personnalité.
Il n'est pas indifférent de savoir que Luca et elle sont du même âge, à 7 jours près, qu'ils se sont croisés plusieurs fois sans se connaître et que lui et elle ont trouvé l'âme soeur au même moment, elle en la personne de Tom, lui en celle de Fabienne:
Une gémellité d'âmes.
C'est en train qu'ils gagnent le Danemark. Ce qui signifie plusieurs changements avant de parvenir à Copenhague où une chambre pour cinq a été réservée, dans une auberge de jeunesse, ce qui, certes, ne favorise pas l'intimité du couple d'adultes.
Il n'est pas non plus indifférent de savoir que les parents de la narratrice ont divorcé et qu'elle a rencontré Luca sur une application. Ce sont choses banales à notre époque, où les liens se dénouent et se tissent bien plus facilement qu'auparavant.
Le lecteur apprendra toutefois plus loin que la narratrice a elle-même fait partie de familles décomposées et qu'elle avait surtout été reconnaissante à ses différents beaux-parents de lui avoir dit pour la rassurer qu'ils seraient là pour elle si besoin était.
Ce qui est difficile, cependant, c'est de faire abstraction du passé, qui laisse inévitablement des traces. Aussi ce voyage présente-t-il des risques de mésentente entre les participants qui devront se rassembler, c'est le but, pour composer une famille.
Ce qui est difficile également pour ce faire, c'est de concilier personnalités et âges de chacun, sans parler des préoccupations liées au sexe, même si, aujourd'hui, il est devenu courant de considérer, à tort, que ce n'est qu'une question de culture...
Aussi est-ce avec beaucoup de précaution que la narratrice essaie de bien faire, pour que tout se passe bien pendant ce séjour, au printemps, dans le froid scandinave, où il ne s'agit pas seulement de connaître des lieux mais ceux qui y habitent.
Les cinq quittent Copenhague en voiture, visitent un village viking, gagnent le bord de mer où se trouve leur maison de vacances, située dans une péninsule, où, pour le bonheur des photographes Luca et Athena, la lumière est communicative...
Six mois après leur retour, qu'est-il advenu? La narratrice réalise que les mots de composée, décomposée, recomposée à propos de la famille qu'ils forment n'ont de sens que pour Luca et elle. Leurs enfants ne leur appartiennent pas en réalité:
Nous mettons les enfants au monde pour les lancer dans la vie, mais [...] ils ont d'emblée leur propre trajectoire sur laquelle notre influence est très modeste.
Francis Richard
Le nord à contre-jour, Aude Seigne, 176 pages, Zoé
Livres précédents:
Chroniques de l'Occident nomade, 136 pages (2011)
Les neiges de Damas, 192 pages (2015)
Une toile large comme le monde, 240 pages (2017)
L'Amérique entre nous, 240 pages (2022)