Le reste est silence (El resto es silencio)
Auteur : Carla Guelfenbein
Traduit de l’espagnol (Chili) Par Claude Bleton
Éditions : Actes Sud (6 janvier 2010)
ISBN : 978-2742788071
320 pages
Quatrième de couverture
Tommy a douze ans, et une maladie cardiaque qui lui interdit les jeux
turbulents des garçons de son âge. Caché sous une table, il s'amuse à
enregistrer sur son Mp3 le joyeux verbiage d'un banquet nuptial. Et voilà que
l'on parle de sa mère, brutalement disparue dix ans plus tôt. Une brèche
s'ouvre dans les secrets si bien gardés d'une famille recomposée, comme il en
existe tant. La vie que tous croyaient ordonnée et paisible dérape, et les
liens se distendent à mesure que l'histoire se tisse. Dans les non-dits de
l'autre, chacun cherche sa propre vérité. L'enfant découvre à travers la mort
violente de sa mère l'improbable "faute" de la judéité. Le père voit
se raviver l'abyssale impuissance à protéger ceux qu'il aime. Et la belle-mère
d'affronter une fragilité qui lui vient de l'enfance, une incapacité d'aimer et
d'être aimée. Le reste est silence explore avec grâce la part d'ombre
de chacun - cet infime espace intime auquel même l'amour ne peut donner accès -
pour rappeler que c'est l'addition de toutes ces blessures qui constitue la
pierre angulaire de l'édifice familial.
Quelques mots sur l'auteur
Carla Guelfenbein est née en 1959 à Santiago du Chili. Exilée en Angleterre
après le coup d'Etat de Pinochet, elle y étudie la biologie, puis le dessin. De
retour au Chili, elle travaille dans des agences de publicité. Le reste
est silence est son troisième roman, en cours de traduction
dans une dizaine de langues. Actes Sud a publié en 2007 : « Ma femme de ta vie
».
Mon avis
Une couverture superbe et un titre qui, a lui seul, invite à
la poésie, et me voici partie avec un auteur inconnu entre les mains …. Qui
plus est une femme, chilienne …L’occasion m’était ainsi offerte d’une nouvelle
approche de la littérature de ce pays.
Une narration à trois voix :
Le fils de douze ans : Tommy.
Le père : Juan, veuf.
La seconde femme du père : Alma.
Après le numéro de chaque chapitre un symbole pour annoncer qui sera le
narrateur.
J’ai accordé de l’importance à ses symboles.
Une flèche montante pour le fils qui veut toujours aller plus loin dans sa
quête de la vérité, qui souhaite découvrir et comprendre tous les non-dits de
la famille. (« Parfois, les mots sont comme des flèches. Ils vont et
viennent, blessent et tuent, comme à la guerre. »)
Un sablier pour le père, qui ne peut pas arrêter le temps. Il doit accepter que
la vie avance, l’entraîne, le bouge, l’oblige à agir et que les gens, les
situations évoluent. Pourtant son fils voudrait quelquefois que l’aiguille de
la montre ne tourne plus et que son papa reste avec lui.
Deux vagues parallèles pour la seconde femme, indécise comme ce qui la
représente, un peu comme-ci, un peu comme ça. Ne sachant pas s’il vaut mieux
agir d’une façon ou d’une autre…
Trois personnages englués dans leur vie, leur silence, leurs
questions, leur réserve qui les empêchent de se confier, de se parler, de
s’écouter aussi.
De silences en non-dits, ils ont bâti, cahin-caha, une unité, (une famille ?)
pas très stable, où chacun s’empêtre dans ses interrogations, dans ses refus de
voir ce qu’il en est réellement. N’est-ce pas plus facile parfois de faire
comme si plutôt que de se laisser bouleverser par le changement au risque de
perdre cette belle « façade » qui, si elle n’est qu’apparence, rend service
parce qu’elle évite de
« creuser », d’entendre les réponses aux questions qui font mal, qui dérangent
? ….
L’écriture est belle, bien qu’assortie malgré tout de temps à autre de quelques
longueurs. Fouiller les âmes est un exercice difficile, les décrire avec des
mots encore plus.
« Nous restons silencieux. Nous savons tous les deux que parfois les mots
éteignent cette chaleur fragile et profonde qui enflamme les personnes. »
Carla Guelfenbein est un écrivain qui écrit avec émotion, les sensations au
bout du stylo. Peut-être parfois, retient-elle trop les mots, n’osant pas se
laisser aller mais je la relirai car je pense qu’elle n’ a pas donné sa pleine
mesure dans ce roman …