Jeux Olympiques: Cortina 70 ans après

Publié le 28 janvier 2026 par Suisseblog @suisseblog

JO Milano-Cortina 2026 : 70 ans après la magie de Cortina 1956, la « Perle des Dolomites » retrouve la flamme olympique

Du 6 au 22 février 2026, l’Italie s’apprête à vivre un moment historique unique. Les Jeux Olympiques d’hiver reviennent dans la péninsule transalpine pour la quatrième fois, avec la particularité exceptionnelle de célébrer le 70e anniversaire des mythiques JO de Cortina d’Ampezzo 1956. Cette double célébration transforme les prochains Jeux en une véritable machine à remonter le temps, où l’histoire olympique rencontre la modernité du sport contemporain.

ANNIVERSARY 1956-2026 ⚡️​
Cortina celebrates the 70th anniversary of the 1956 Olympic Games!​
​The Anniversary Poster created by Pierpaolo Rovero is structured as a visual journey through time, combining the past and future of Cortina’s Olympic history.​
​A celebration of a… pic.twitter.com/ZFi5JO1ONN

— Milano Cortina 2026 (@milanocortina26) January 26, 2026

Médailles Suisse lors de JO 1956 de Cortina

🥉 Bronze

Harry Warburton

Bobsleigh

(à deux)

Rang 3 • 1956

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🥇 Or

Franz Kapus

Bobsleigh

(à quatre)

Rang 1 • 1956

Voir détails → 🥈 Argent

Raymond Fellay

Ski alpin

Descente

Rang 2 • 1956

Voir détails → 🥈 Argent

Frieda Dänzer

Ski alpin

Descente

Rang 2 • 1956

Voir détails → 🥇 Or

Gottfried Diener

Bobsleigh

(à quatre)

Rang 1 • 1956

Voir détails → 🥇 Or

Renée Colliard

Ski alpin

Slalom

Rang 1 • 1956

Voir détails →

Milano-Cortina 2026 : Un rendez-vous avec l’histoire

Deux villes, une passion olympique

Pour la première fois dans l’histoire olympique moderne, deux villes co-organisent officiellement les Jeux d’hiver. Milan, métropole économique et capitale de la mode, accueillera principalement les épreuves de glace dans son nouveau Palazzetto dello Sport Santa Giulia de 16’000 places conçu par l’architecte David Chipperfield. La cérémonie d’ouverture se tiendra au mythique stade San Siro devant 80’000 spectateurs, tandis que les arènes historiques de Vérone accueilleront la clôture dans un cadre antique spectaculaire.

Cortina d’Ampezzo, surnommée la « Reine des Dolomites », retrouve quant à elle son statut de capitale du ski alpin en organisant les épreuves féminines sur les mêmes pistes légendaires qu’en 1956. La ville accueillera également les compétitions de bobsleigh, skeleton et luge sur la Piste Eugenio Monti, rénovée pour l’occasion.

Un hommage symbolique le 26 janvier 2026

L’organisation a prévu un moment hautement symbolique pour honorer l’héritage de 1956. Le relais de la flamme olympique, parti d’Olympie le 26 novembre 2025 pour un « Grande Viaggio » de 12’000 kilomètres à travers les 110 provinces italiennes, atteindra Cortina d’Ampezzo le 26 janvier 2026, exactement 70 ans jour pour jour après la cérémonie d’ouverture des Jeux de 1956. Cette étape symbolique, impliquant 10’001 porteurs de flamme, constitue un pont magique entre les générations olympiques.

À cette occasion, Milano Cortina 2026 a dévoilé un poster officiel « Anniversary 1956-2026 » célébrant cette connexion historique unique. Le parcours de la flamme traversera également tous les sites du patrimoine mondial de l’UNESCO en Italie, offrant une vitrine exceptionnelle au patrimoine culturel italien.

Des installations qui défient le temps

L’organisation des Jeux 2026 s’appuie sur 93% de sites existants ou temporaires, un record de durabilité olympique. Plusieurs infrastructures de 1956 seront de nouveau utilisées, créant un lien tangible entre les deux éditions. La piste olympique de Cortina, théâtre des exploits de 1956, accueillera les skieuses alpines sept décennies plus tard. Le tremplin de saut à ski construit en 1940 près de Zuel servira à nouveau, tout comme les installations de Bormio et d’Antholz-Anterselva.

Cette approche symbolise parfaitement l’évolution de la philosophie olympique : alors qu’en 1956, l’Italie avait investi 2,7 milliards de lires (dont 1,9 milliard pour construire de nouvelles installations) pour se faire connaître mondialement, les Jeux 2026 privilégient la durabilité et le respect de l’environnement en réutilisant l’existant.

Cortina 1956 : Quand la « Perle des Dolomites » éblouissait le monde

Les Jeux de tous les records

Cortina d’Ampezzo avait d’abord été désignée pour accueillir les Jeux d’hiver de 1944, annulés en raison de la Seconde Guerre mondiale. Il faudra attendre le 9 juin 1949 pour que la station italienne soit finalement choisie lors de la 43e session du CIO à Rome, battant au premier tour Montréal (7 voix), Colorado Springs (2 voix) et Lake Placid (1 voix) avec 31 voix.

Les septièmes Jeux Olympiques d’hiver se sont déroulés du 26 janvier au 5 février 1956 dans cette cité de 7’000 habitants nichée au cœur des Dolomites. Le journal spécialisé suisse « Sport » titrait le 8 février 1956, trois jours après la clôture, que ces Jeux resteraient « à jamais dans les mémoires comme les Jeux d’hiver des records ». Et pour cause : 32 pays participants (contre 30 en 1952), 821 athlètes engagés (dont 134 femmes), et 24 épreuves au programme constituaient alors des chiffres jamais atteints.

Avec le recul, ces nombres peuvent sembler modestes comparés aux 2’900 athlètes attendus en 2026 dans 116 épreuves. Mais en 1956, ces chiffres représentaient une véritable explosion de la participation olympique hivernale.

La révolution télévisuelle

Cortina 1956 marqua une rupture technologique majeure : pour la première fois dans l’histoire olympique hivernale, les épreuves furent retransmises en direct à la télévision. La RAI, télévision nationale italienne, permit à des millions d’Européens de vivre les exploits en temps réel. Paradoxalement, certains pays d’Europe de l’Ouest comme l’Allemagne de l’Ouest et la Finlande ne reçurent les images qu’avec retard, car les pays communistes disposaient alors de technologies plus avancées.

Cette révolution médiatique transforma des athlètes en véritables stars mondiales. Le jeune Toni Sailer, 20 ans, devint instantanément une icône planétaire, son exploit diffusé aux quatre coins du globe. C’est l’aube de l’ère moderne du sport-spectacle.

L’arrivée fracassante de l’URSS

La grande nouveauté politique et sportive de Cortina 1956 fut la première participation de l’Union soviétique aux Jeux d’hiver. L’objectif de Nikita Khrouchtchev était clair : utiliser le sport pour prouver la supériorité du communisme et renforcer les liens avec les autres nations communistes.

Le pari fut largement remporté. L’URSS domina le tableau des médailles avec 7 médailles d’or, 3 d’argent et 6 de bronze (16 au total), devançant nettement l’Autriche (11 médailles) et la Finlande (7 médailles). Les Soviétiques écrasèrent la compétition en patinage de vitesse avec 7 médailles sur 12 possibles, dont 4 en or, et mirent fin à la domination canadienne en hockey sur glace en remportant l’or de manière invaincue.

Cette domination soviétique marqua le début d’une nouvelle ère dans le sport d’hiver, transformant les Jeux en terrain d’affrontement symbolique de la Guerre froide. Heureusement, contrairement aux Jeux d’été de Melbourne la même année (boycottés par plusieurs nations à cause de la répression soviétique en Hongrie et de la crise de Suez), les Jeux d’hiver de Cortina se déroulèrent avant ces événements et furent épargnés par les tensions politiques majeures.

Les héros de Cortina 1956 : Exploits et anecdotes inoubliables

Toni Sailer : L’« Éclair noir de Kitz » entre dans la légende

Anton Engelbert « Toni » Sailer, originaire de Kitzbühel en Autriche, réalisa à Cortina l’un des exploits les plus extraordinaires de l’histoire olympique. En six jours seulement, du 29 janvier au 3 février 1956, ce jeune homme de 20 ans remporta les trois médailles d’or du ski alpin avec des marges d’avance absolument stupéfiantes.

Slalom géant (29 janvier) : Sur la piste piégeuse d’Ilio-Colli, longue de 2’660 mètres avec 71 portes et un dénivelé de 623 mètres, Sailer pulvérisa la concurrence. Son compatriote Andreas Molterer avait fixé un temps référence de 3’06 »3. Parti 18e, Sailer déferla sur la piste dans un style novateur qui n’appartenait qu’à lui, franchissant la ligne en 3’00 »1, soit 6,2 secondes de moins que Molterer. Cette marge reste à ce jour le plus gros écart jamais créé dans un slalom géant olympique, et constitue un record qui semble imbattable.

Slalom spécial (31 janvier) : Sur la piste du Col Drusciè au mont Tofane, 176 concurrents s’élancèrent dans une épreuve marathon qui dura près de 5 heures. Après la première manche, Sailer menait devant le Français Adrien Duvillard. Suivit alors une attente de 3 heures sous un ciel assombri et quelques flocons, mettant les nerfs des concurrents à rude épreuve. Lors de la seconde manche, Duvillard connut plusieurs chutes qui le privèrent de tout espoir. Sailer réalisa le meilleur temps dans les deux manches et l’emporta finalement avec 4 secondes d’avance sur le Japonais Chiharu Igaya.

Descente (3 février) : L’épreuve reine fut peut-être la plus dramatique. Sur la redoutable piste de la Tofana, mal préparée, le thermomètre affichait -23°C au départ. Dans ces conditions extrêmes, les chutes se multiplièrent et dix concurrents durent être évacués à l’hôpital. Un quart d’heure avant de s’élancer, Sailer découvrit qu’une lanière fixant sa chaussure au ski s’était rompue. L’entraîneur de l’équipe italienne, Hansl Senger, lui en prêta une pour une réparation de fortune.

Malgré ce handicap, Sailer prit tous les risques. Il manqua de tomber mais rétablit la situation in extremis et s’imposa avec 3,5 secondes d’avance sur le Suisse Raymond Fellay. Il devenait ainsi le premier skieur à réaliser le triplé olympique, et le cinquième sportif à remporter trois médailles d’or lors des mêmes Jeux d’hiver.

Comme les Jeux olympiques se confondaient alors avec les Championnats du monde FIS, Sailer remporta également l’or du combiné (épreuve non olympique à l’époque). En cinq jours, il était devenu quadruple champion du monde et triple champion olympique, transformant instantanément l’Autriche, tout juste libérée des forces d’occupation alliées en juillet 1955, en une nation fière de son nouveau héros.

Surnommé « Blitz from Kitz » (l’Éclair de Kitz) ou « Der schwarze Blitz » (l’Éclair noir) en raison de son style fulgurant et de sa combinaison noire, Sailer devint une icône mondiale. Deux ans plus tard, aux Championnats du monde de Bad Gastein en Autriche, il ajouta trois nouvelles médailles d’or (descente, géant, combiné) et une d’argent (slalom), portant son total à 7 médailles d’or mondiales en seulement deux ans.

Sa carrière sportive s’acheva prématurément à 23 ans. Après avoir chanté et joué dans des films de montagne, il fut disqualifié pour avoir monnayé ses prestations d’acteur, l’amateurisme étant alors sacro-saint. Il ne put donc défendre ses chances aux Jeux de Squaw Valley en 1960. Il se lança alors dans le show business, apparaissant dans une vingtaine de films et enregistrant plusieurs chansons qui devinrent des tubes en Autriche. Son rôle le plus célèbre fut comme doublure de l’acteur George Lazenby dans le film James Bond « Au service secret de Sa Majesté », où il dévala la piste de Piz Gloria.

De 1972 à 1976, il devint directeur technique de l’équipe d’Autriche, restaurant la domination alpine autrichienne grâce notamment aux succès de Franz Klammer et Annemarie Moser-Pröll. En 1999, il fut élu « sportif autrichien du XXe siècle ». Il décéda le 24 août 2009 à Innsbruck à l’âge de 73 ans. Son exploit n’a été égalé qu’une seule fois, par Jean-Claude Killy à Grenoble en 1968.

Madeleine Berthod : Un anniversaire olympique en or

Le 1er février 1956 restera à jamais gravé dans l’histoire du sport suisse. Ce jour-là, Madeleine Berthod, originaire de Château-d’Œx dans le Pays-d’Enhaut vaudois, fêtait ses 25 ans. Et quel cadeau d’anniversaire elle s’offrit !

La piste de descente, longue de 1’552 mètres pour une dénivellation de 400 mètres, présentait un départ très raide et un difficile passage en forêt. Après une porte manquée en slalom géant (où elle termina 4e après être revenue en arrière pour franchir la porte) et une chute en slalom spécial, c’était sa dernière chance de briller.

Ce matin-là, à son réveil, Madeleine trouva dans sa chambre d’énormes paquets et de nombreuses lettres marquant son anniversaire. Favorite de l’épreuve, elle était en excellentes conditions physiques et morales. Partie en sixième position, elle prit immédiatement conscience de ses possibilités et attaqua avec une détermination absolue.

Dès le départ, elle prit tous les risques, gardant ses skis légèrement écartés, adoptant le plus souvent une position accroupie, filant sur la piste à près de 80 km/h. Les spectateurs massés le long du parcours n’eurent guère le temps d’admirer son uniforme – pullover blanc avec écusson rouge à croix blanche sur la manche gauche, pantalons fuseaux, chaussures de ski à lacets. Elle passa « comme une fusée », rapporta la Feuille d’Avis de Lausanne.

Le résultat fut époustouflant. Madeleine Berthod franchit la ligne avec 4,7 secondes d’avance sur sa compatriote Frieda Dänzer, d’Adelboden. La Canadienne Lucille Wheeler complétait le podium à 5,3 secondes. Cette marge de 4,7 secondes constitue encore aujourd’hui le plus grand écart entre une lauréate et sa dauphine dans toute l’histoire de la descente olympique féminine, un record qui tient depuis 70 ans.

Comme les Jeux se confondaient avec les Championnats du monde, Madeleine devint également championne du monde de descente et de combiné. À Château-d’Œx, dès l’annonce de sa victoire, la joie éclata. Le téléski des Monts-Chevreuils, le plus long de Suisse inauguré en 1945 où la jeune Madeleine battait tous les garçons de sa classe, offrit le transport gratuit aux enfants pour toute la journée. Les écoliers du Pays-d’Enhaut obtinrent un congé l’après-midi.

À 12h15, Radio Lausanne diffusa un communiqué spécial avant le signal horaire de l’Observatoire chronométrique de Neuchâtel. À Genève, la gare et la place Cornavin furent noires de monde pour accueillir sa compatriote Renée Colliard, championne olympique du slalom spécial.

Après son triomphe, la championne retourna simplement vivre dans la ferme familiale, s’occupant des vaches comme si de rien n’était. Elle mit dans un premier temps un terme à sa carrière, avant de reprendre brièvement la compétition. Elle reste la première femme vaudoise à obtenir une médaille d’or olympique en ski alpin. En janvier 2011, le Conseil d’État vaudois lui octroya le Mérite cantonal vaudois pour ses hautes performances sportives.

Renée Colliard : La sensation genevoise

Deux jours avant le triomphe de Madeleine Berthod, le 30 janvier 1956, une autre Romande créa la sensation. Renée Colliard, étudiante genevoise en pharmacie née le 24 décembre 1933, remporta le slalom spécial féminin sous les yeux de Sophia Loren présente dans les tribunes.

Partie avec le dossard n°1, position généralement défavorable, elle surprit toutes les favorites en s’imposant. Son style élégant et sa technique irréprochable lui permirent de devenir championne olympique et championne du monde de slalom. Lors de son retour à Genève, la gare et la place Cornavin furent bondées d’admirateurs venus célébrer leur nouvelle héroïne.

Le succès suisse : Trois médailles d’or

Cortina 1956 fut un triomphe pour la délégation helvétique. Outre les victoires de Madeleine Berthod et Renée Colliard, le Zurichois Franz Kapus décrocha l’or en bob à quatre avec son équipage. Raymond Fellay, Valaisan de Verbier, obtint la médaille d’argent en descente masculine derrière le phénomène Toni Sailer.

Au total, la Suisse repartit avec 3 médailles d’or, 2 d’argent et 1 de bronze (6 médailles), se classant au 4e rang du tableau des médailles. Ces Jeux marquèrent l’apogée du ski alpin suisse féminin, confirmant la supériorité des skieuses helvétiques et le résultat d’un entraînement rationnel et habilement conduit.

Les autres héros de Cortina

Sixten Jernberg (Suède) : Le fondeur suédois fut l’athlète le plus médaillé de ces Jeux avec 4 médailles (1 or, 2 argent, 1 bronze) en ski de fond, s’imposant comme la nouvelle star nordique.

Evgueni Grichine (URSS) : Le patineur de vitesse soviétique remporta deux médailles d’or (500m et 1’500m) et battit deux records du monde, devenant le meilleur athlète individuel soviétique. Lors du 1’500m, lui et son compatriote Yuri Mikhaylov terminèrent à égalité, recevant chacun une médaille d’or sans qu’aucune médaille d’argent ne soit remise.

Tenley Albright (États-Unis) : La patineuse artistique américaine s’imposa chez les femmes, tandis que Hayes Alan Jenkins remporta la compétition masculine, concluant une razzia américaine en patinage artistique avec trois médailles d’or sur trois épreuves.

Antti Hyvärinen (Finlande) : Le sauteur finlandais brisa l’hégémonie norvégienne en remportant l’or. Son équipe introduisit un nouveau style aérodynamique révolutionnaire : maintenir les bras à plat le long du corps plutôt qu’au-dessus de la tête en position de plongeon.

Pavel Kolchin (URSS) : Le fondeur soviétique devint le premier non-Scandinave à gagner une médaille en ski de fond, marquant un tournant historique dans cette discipline traditionnellement dominée par les pays nordiques.

Les défis et particularités de Cortina 1956

Le défi de la neige manquante

L’un des plus grands défis de l’organisation fut le manque crucial de neige, élément pourtant essentiel pour des Jeux d’hiver ! L’hiver 1955-1956 fut particulièrement doux dans les Dolomites, créant une situation paradoxale pour une station de sports d’hiver accueillant l’élite mondiale.

Pour remédier à ce problème majeur, l’armée italienne dut intervenir massivement. Camion après camion, des tonnes de neige furent acheminées depuis d’autres régions vers Cortina pour enneiger les pistes olympiques. Cette opération logistique massive permit finalement aux compétitions de se dérouler dans des conditions acceptables, bien que la qualité de la neige ait parfois fait défaut.

Cette anecdote résonne étrangement avec les préoccupations actuelles sur le réchauffement climatique et l’avenir des sports d’hiver. Déjà en 1956, la nature rappelait aux organisateurs que rien n’est jamais acquis. Pour 2026, les organisateurs s’appuient sur des systèmes modernes d’enneigement artificiel, mais la question climatique reste plus prégnante que jamais.

Dernières fois historiques

Cortina 1956 marqua plusieurs « dernières fois » dans l’histoire olympique :

  • Dernières épreuves de patinage en extérieur : Les compétitions de patinage artistique et de patinage de vitesse se déroulèrent pour la dernière fois à l’air libre. Le magnifique Stadio del Ghiaccio, construit pour 1,3 milliard de lires et pouvant accueillir 7’000 spectateurs, fut le théâtre de ces dernières compétitions en plein air. Le lac gelé de Misurina, surnommé la « perle des Dolomites » situé à 1’750 mètres d’altitude, accueillit le patinage de vitesse dans un cadre naturel spectaculaire.
  • Première femme à prêter le serment olympique : Pour la toute première fois, le serment olympique fut prononcé par une athlète féminine. Cet honneur fut accordé à la skieuse alpine italienne Giuliana Chenal-Minuzzo, médaillée de bronze en descente lors des Jeux d’Oslo 1952. Un moment symbolique fort pour l’égalité dans le sport.

Des infrastructures remarquables

Pour accueillir le monde, Cortina se dota d’installations exceptionnelles, dont certaines existent encore aujourd’hui :

  • Le Stadio del Ghiaccio, magnifique écrin de glace pour les cérémonies et le patinage artistique
  • La piste de bobsleigh de Ronco, construite en 1923 et rénovée pour l’occasion (aujourd’hui Piste Eugenio Monti)
  • L’anneau de patinage de vitesse aménagé sur le lac gelé de Misurina
  • Les parcours de ski de fond autour du hameau de Campo di Sotto
  • Les pistes de ski alpin dans le massif de la Tofana
  • Le Trampolino Italia pour le saut à ski près de Zuel

Un effort particulier fut également consenti pour la presse, avec des installations modernes pour l’époque, facilitant la couverture médiatique mondiale de l’événement.

Budget et retombées

Le budget total des Jeux s’éleva à près de 2,7 milliards de lires, dont 1,9 milliard consacrés à l’édification des diverses installations sportives. Cortina, cité de 7’000 habitants, saisit l’opportunité olympique non seulement pour se faire connaître mondialement, mais aussi pour se transformer en destination touristique de premier plan.

Le pari fut largement gagné. Après 1956, Cortina devint l’une des stations de ski les plus prestigieuses au monde, attirant une clientèle internationale aisée. La « Reine des Dolomites » était devenue une destination incontournable du tourisme alpin mondial, statut qu’elle conserve encore aujourd’hui.

Les chiffres de Cortina 1956

Participation :

  • 32 nations (record à l’époque)
  • 821 athlètes dont 134 femmes et 687 hommes
  • 24 épreuves dans 4 sports

Tableau des médailles :

  1. URSS : 7 or, 3 argent, 6 bronze (16 total)
  2. Autriche : 4 or, 3 argent, 4 bronze (11 total)
  3. Finlande : 3 or, 3 argent, 1 bronze (7 total)
  4. Suisse : 3 or, 2 argent, 1 bronze (6 total)
  5. Suède : 2 or, 4 argent, 4 bronze (10 total)

Records et premières :

  • Première participation de l’URSS aux Jeux d’hiver
  • Première retransmission télévisée des Jeux d’hiver
  • Première femme à prêter le serment olympique (Giuliana Chenal-Minuzzo)
  • Premier skieur à remporter le triplé alpin olympique (Toni Sailer)
  • Plus grande marge en descente féminine : 4,7 secondes (Madeleine Berthod)
  • Plus grande marge en slalom géant : 6,2 secondes (Toni Sailer)
  • Dernières épreuves de patinage en extérieur

Anecdote française : Pour la seule fois de leur histoire olympique hivernale, les Français repartirent sans la moindre médaille, une déception historique pour le ski français.

Milano-Cortina 2026 : Entre tradition et modernité

Un programme élargi et diversifié

Les Jeux 2026 marqueront plusieurs évolutions majeures par rapport à 1956 :

  • 116 épreuves contre 24 en 1956
  • Environ 2’900 athlètes contre 821 en 1956
  • Première olympique du ski-alpinisme, discipline spectaculaire combinant montée en peaux de phoque et descente
  • Premiers Jeux sous la présidence du CIO de Kirsty Coventry, ancienne nageuse zimbabwéenne
  • Tableau des médailles 2026

Des sites chargés d’histoire

L’utilisation de 93% d’installations existantes crée un fil rouge entre passé et présent :

  • Cortina d’Ampezzo : ski alpin féminin, bobsleigh, skeleton, luge
  • Bormio : ski alpin masculin (descente et super-G)
  • Antholz-Anterselva : biathlon
  • Valtellina : snowboard et ski freestyle
  • Val di Fiemme : ski de fond et combiné nordique
  • Milan : hockey sur glace, patinage artistique, short-track, patinage de vitesse
  • Livigno : ski freestyle et snowboard

Défis contemporains

Les Jeux 2026 ne sont pas exempts de controverses. En novembre 2025, le décret gouvernemental italien classant la fondation organisatrice comme entité privée a été renvoyé à la Cour constitutionnelle par le parquet de Milan, soulevant des questions sur sa légitimité constitutionnelle. Des enquêtes pour trucage d’appels d’offres et irrégularités dans la sélection de sponsors ont également éclaté en mai 2024.

Malgré ces difficultés, l’organisation avance. Les installations sont pratiquement toutes prêtes, le relais de la flamme a débuté, et l’excitation monte à mesure que les Jeux approchent.

Une double célébration unique

Milano-Cortina 2026 représente bien plus qu’une simple édition olympique. C’est une célébration unique de l’histoire olympique, un pont entre les générations, une rencontre entre la tradition et la modernité.

Le passage de la flamme à Cortina le 26 janvier 2026, exactement 70 ans après l’ouverture de 1956, symbolise parfaitement cette continuité. Les mêmes montagnes majestueuses des Dolomites, les mêmes pistes légendaires, mais avec des technologies, des athlètes et des défis radicalement différents.

En 1956, Toni Sailer dévalait les pentes avec des skis en bois et une combinaison noire, devant quelques milliers de spectateurs et les premières caméras de télévision. En 2026, les athlètes utiliseront du matériel ultra-technologique devant des milliards de téléspectateurs connectés mondialement, sur des pistes enneigées artificiellement dans un climat changeant.

En 1956, Madeleine Berthod fêtait ses 25 ans en remportant l’or avec 4,7 secondes d’avance, un écart inimaginable aujourd’hui tant le niveau s’est homogénéisé. En 2026, les courses se joueront probablement à quelques centièmes de seconde grâce aux progrès techniques et à la professionnalisation du sport.

En 1956, l’URSS faisait ses débuts olympiques hivernaux et dominait d’emblée. En 2026, c’est la Russie qui sera absente, suspendue pour dopage d’État, témoignant des bouleversements géopolitiques des sept décennies écoulées.

Pourtant, au-delà de ces différences, l’esprit olympique demeure. La quête de l’excellence, le dépassement de soi, la fraternité entre les peuples, l’émotion des victoires et la beauté du geste sportif traversent les époques.

Lorsque la flamme olympique brillera de nouveau dans le ciel de Cortina le 26 janvier 2026, elle ne se contentera pas d’éclairer les pistes enneigées des Dolomites. Elle illuminera 70 ans d’histoire olympique, honorera la mémoire de Toni Sailer, Madeleine Berthod, Renée Colliard et tous les pionniers de 1956, et rappellera au monde entier que le sport possède cette capacité magique de relier les générations et de créer des légendes immortelles.

Cortina, la « Perle des Dolomites », s’apprête ainsi à vivre un moment exceptionnel : être à la fois gardienne du passé et hôtesse du futur, célébrer ses glorieux souvenirs tout en écrivant de nouvelles pages d’histoire olympique. Un privilège rare qui fait de Milano-Cortina 2026 des Jeux absolument uniques dans les annales olympiques.

Pour aller plus loin

Dates clés à retenir :

  • 26 janvier 2026 : Passage de la flamme à Cortina (70 ans jour pour jour après l’ouverture de 1956)
  • 6 février 2026 : Cérémonie d’ouverture à Milan
  • 6-22 février 2026 : Compétitions olympiques
  • 22 février 2026 : Cérémonie de clôture à Vérone

Billetterie : Les billets pour les Jeux sont disponibles sur le site officiel Milano Cortina 2026, avec des prix démarrant à 30€ pour les séances préliminaires et pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros pour les finales et cérémonies.

Héritage : Au-delà de la compétition, ces Jeux marquent un tournant dans la durabilité olympique avec 93% de sites existants, un modèle pour les futures éditions face aux défis climatiques et économiques.

Rendez-vous donc dans les Alpes italiennes en février 2026 pour vivre cette double célébration historique, où le passé rencontre le présent dans un spectacle sportif et émotionnel qui promet d’être inoubliable !