La première présentait Les Beaux dans la mise en scène d’Anne Coutureau (ci-contre) qui répondait à une commande et qui n’aurait peut-être pas spontanément choisi ce texte de Léonore Confino parce que mon truc c’est de jouer.…
Initialement parue sous le titre de Enfantillages,
aux éditions Actes Sud-Papiers, mais précédemment mise en scène sous le même titre par Côme de Bellescize au Théâtre du petit-Saint-Martin, cette comédie dramatique, urbaine et familiale sur la faillite du rêve matérialiste prend une tournure différente en étant rebaptisant Les rebaptisée.Après s’être réjoui du bonheur exposé par le couple, le spectateur s’interroge sur la profondeur de leurs sentiments. Ou bien les comédiens jouent mal, ce qui est peu probable, ou bien les émotions exprimées sont surfaites, voire fausses, malgré la répétition comme un mantra de leur credo puéril : C’est nous les beaux. On est chanceux. Les masques tombent, ou plutôt les perruques et le naturel revient au galop, foudroyant. Nous venons d’assister à la mise en scène de Ken et de Barbie par une petite fille de 7 ans qui, avec son regard d’enfant, essaie de comprendre ce qui se joue dans ce foyer dysfonctionnel où elle a compris que la colère est une maladie qui pourrit la vie parfaite dont elle rêve.Lui (Cédric Welsch) et Elle (Yasmine Van Deventer) sont dans la réalité deux monstres qui rivalisent de mesquinerie pour se blesser. Léonore Confino est une orfèvre des mots. Elle en joue comme des épées qui font mouche à chaque fois. Elle les assaisonne subtilement de plaintes puériles à propos de 150 grammes de jambon italien à 230 balais qui se seraient évaporés du réfrigérateur, ou du désir d’aller chier dans des copeaux de bois que j’aurai coupés moi même.Elle les épice en les faisant rejouer plusieurs fois sur des tons différents. La violence semble sans borne et bientôt débordera de manière spectaculaire dans un crescendo où le vitriol serait plus suave. Impossible de prendre parti. Impossible de s’attendrir malgré sa plainte à Elle d’être séquestrée ici avec un problème que l’on devine lié à leur enfant.Ce qui est très fort dans le geste théâtral d’Anne Coutureau c’est précisément de ne pas attendrir le public qui aimerait que les violences conjugales cessent mais au contraire de le placer en étau au coeur d’un thriller dont il va chercher quel pourrait en être le dénouement sans imaginer que seul Monsieur Patate en sortira indemne.Avec Yasmine Van Deventer dans le rôle d'Elle et Cédric Welsch dans le rôle de LuiAu Théâtre La Flèche 77, rue de Charonne - 75011 ParisDu 8 janvier au 12 Mars 2026Les Jeudis à 19 heures