Harry ne décore pas, il "habille les intérieurs" et clame qu'art, mode, design ou architecture sont unis par les liens sacrés de la création. En poussant le design dans cette direction on peut se permettre de se meubler comme on se vêt. Il avait mis le principe en action au Mobilier national il y a deux ans avec deux installations parallèlement à celle des Aliénés où j'avais vu son travail pour la première fois.
Le geste créatif qu'il a déployé à Maison & Objet n'est pas très différent. On reconnait sa manière de "recouvrir" un espace entier. Et il le fait de deux manières.
D'abord, à l'entrée du Hall 1, en installant une sorte de sas de décontamination culturelle du visiteur, invité à traverser trois ou quatre salles où il perdra totalement toute notion de distance. Personnellement j'ai adoré cette expérience que j'ai faite deux fois. Curieusement un soir, juste avant la fermeture, bénéficiant d'une solitude absolue. Et une autre fois en présence d'autres personnes qui s'extasiaient de se découvrir modifiées dans les murs-miroirs. Je les ai immortalisées par deux clichés faits quasiment sous le même angle :
La meilleure preuve est qu'il est probable que vous n'aurez pas vu les trois silhouettes centrales de la seconde photo. Je vous invite donc à lire la déclaration d'Harry Nuriev dans son exhaustivité et je la reprends à cet effet en fin d'article.
À la croisée de la matière brute et de la forme contemporaine, une force tranquille s'exprime. L'ameublement n'est plus une simple succession de pièces : il devient prolongement d'un savoir, d'un geste, d'une mémoire.
Ce qui en émane dépasse l'esthétique : c'est une aura, un souffle, une trace du passé transmise au futur.
Chaque création s'inscrit dans une continuité organique, une transformation lente et incarnée.
Maison&Objet valorise un design habité : où chaque mobilier porte l'empreinte d'une histoire en devenir.
Nous vivons dans un monde saturé d'objets, de données et d'idées. L'exploration des médias a déjà été faite — la couleur au XVIll° siècle, la forme au XIX°, et la philosophie au XX°. Aujourd'hui, le véritable défi n'est pas l'invention, mais la perception. Ce n'est pas une époque pour l'innovation — c'est une époque pour la sensibilité, l'empathie et une réponse honnête, pour repenser et refaçonner ce que nous avons déjà surfait.Mon processus créatif ne commence pas avec une toile blanche, mais avec le monde tel qu'il est. J'entre dans un espace, un contexte, une réalité — et je choisis. Je choisis avec soin ce qui résonne en moi, ce qui m'émeut intuitivement, ce qui porte déjà une voix — et j'essaie de le rendre plus fort. Je lui donne un nouveau poids, de la clarté, de la présence et de la puissance.J'offre à l'objet ou à l'espace quelque chose qu'il avait perdu, ou qu'il n'avait jamais su qu'il nécessitait — quelque chose autrefois écarté, maintenant retrouvé.Le transformisme est l'acte de transformer quelque chose en autre chose — non pas en effaçant son origine, mais en amplifiant son essence. Il s'agit de donner une seconde vie aux objets qui ont perdu leur place. Il s'agit de créer du sens à partir de ce que les autres ne voient pas. Il s'agit de remettre en question ce que signifie la beauté aujourd'hui — et de la découvrir dans ce qui a été ignoré, rejeté ou oublié.Dans un monde qui n'a plus besoin de plus de choses, le transformisme offre un geste de soin, un outil de réflexion, et un acte créatif honnête. Radical, mais ludique.