J’arrivais, épuisée, je peux l’avouer, après plusieurs semaines au festival d’Avignon et la perspective de n’assister qu’à un seul spectacle était déjà une promesse de repos. Je me suis néanmoins empressée de découvrir (un peu) la ville où les traces du passage de l’écrivaine est partout.
Sa statue de bronze se trouve depuis 1857 sur l’ancienne place de l’horloge et donne de ce fait son nom à la place. La marquise y est représentée sur un fauteuil et tient dans ses mains une plume et du papier… car c'est en tant qu'épistolière qu'elle est devenue célèbre.Une immense plume rouge est accrochée au Beffroi, en clin d'œil au Festival de la correspondance dont Eric-Emmanuel Schmitt assure la direction artistique, qui se déroule chaque année depuis déjà 30 ans et dont j’aimerais tant suivre une édition. La prochaine aura lieu du 6 au 11 juillet 2026.
J’assistais le soir à une superbe représentation de
Ruy Blas, donnée devant la splendide façade renaissance du château, suivie d’un temps dans les jardins suspendus. Les Fêtes nocturnes, à l’instar de ce qu'était Opéra en plein air (entreprise ruinée par le Covid et donc hélas aujourd’hui disparue), est une manifestation qui permet à tous les publics de vivre des moments de grâce dans des décors d’exception qui prennent vie comme par magie.Le bâtiment fut jusqu’au XV° siècle une forteresse médiévale. En effet Grignan est une bourgade dont les rues sinueuses assuraient une relative tranquillité : l’artillerie ne risquait pas de monter très vite, ce qui laissait à l'époque aux militaires installés dans la forteresse médiévale du temps pour réagir en cas d'attaque.
Les XVII° et XVIII° siècles correspondirent une période faste et la mieux observable dans la configuration actuelle du château. Si on veut raconter mille ans d’histoire en 10 minutes on dira que l’endroit était convoité depuis le VII° siècle avant Jésus-Christ qui marque le début d’une occupation continue de la colline.
En 1035, elle est déjà surmontée d’un castellum sur le point le plus élevé. À cette époque il existe beaucoup de "seigneurs brigands" qui accumulent leur fortune en détroussant les voyageurs. L’endroit est conquis par la famille Adhémar au XIII° siècle et sera régi par ce binôme attaque/défense jusqu’à la fin du XV° siècle.
Il fut amusant d’apprendre que la ville de Montélimar doit son nom à la déformation du patronyme de cette famille.
En 1490, Gaucher Adhémar décide de copier l’Italie en transformant le château en palais, ce qui impose un changement d’architecture puisqu'un palais est un château ouvert où la vie civile prime sur la vie militaire.
Jusque-là le château était fermé avec peu de fenêtres en raison de sa fonction défensive. Au XVII° siècle il devient donc un vrai palais-cour. Un nom revient, celui de François… François Adhémar de Monteil de Grignan qui fut le gouverneur de facto de Provence pendant 45 ans et qui a épousé Françoise Marguerite la fille de … Madame de Sévigné.
La correspondance de cette femme n’est pas à considérer dans la quantité mais dans la qualité comme en témoignent ses lettres qui prennent une allure de chronique pour décrire le mariage de la Grande Mademoiselle ou la mort de Vatel. La vivacité de sa plume a fait d'elle une des premières chroniqueuses mondaines.En 1794 le château est démantelé consécutivement à la Révolution. La toiture est vendue, comme les pierres et les charpentes. Personne ne peut plus y habiter. Il faut attendre 1912 pour le voir renaitre, grâce à la détermination d'une héritière richissime, Marie Fontaine. Elle achète le château qu'elle fait reconstruire et restaurée en puisant dans la fortune, héritée de son mari Jules Fontaine. Pendant vingt ans elle crée de nouveaux décors et aménagements intérieurs, en s’appuyant sur les traces historiques de l’illustre demeure des Adhémar mais en veillant à ce que l'édifice ne soit pas classé afin de rester libre d'y apporter les modifications dont elle a envie. Comme les sept gargouilles évoquées plus haut.Elle lègue le château en 1937 à son neveu et en 1979, les héritiers de Marie Fontaine le vendent ainsi qu'une partie de son mobilier au Département de la Drôme. Le premier parcours muséographique basé sur les inventaires est ouvert au public dans les années 1980. Le château bénéficie de l’inscription puis du classement aux Monuments historique en 1987 et 1993. Il est labellisé Musée de France en 2002.
On n'y pense pas mais ils étaient servis froids. C'est Auguste Escoffier qui inventa la méthode pour tenir au chaud. on lui doit aussi la pêche Melba que l'on peut déguster glacée à la saison chaude.
Le décor a été rapporté d'une autre ville. Il n'est pas d'époque (il est XIX°) mais il est authentique. Le tableau que l'on voit sur ces photos est Cléopâtre à la perle, d'après Carlo Maratta, et date du XVIII° siècle.
Ce peintre italien est né à Camerano dans les Marches le 15 mai 1625 et mort à Rome le 15 décembre 1713. Son style est plus retenu et composé que ceux de Pietro da Cortona et d'Annibale Carracci, et davantage allié aux traditions d'Andrea Sacchi, de Francesco Albani et de Guido Reni. Il fut le vrai fondateur de l'Académie romaine qui imposa un classicisme à la culture du XVII° siècle. Il travailla avec Francesco Cozza et Domenico Maria Canuti à la décoration du Palais Altieri. Son atelier romain fut extrêmement prolifique et il eut de nombreux élèves et assistants.
L'histoire de ce tableau est amusante. Pline l'ancien raconte que Cléopâtre a parié avec Marc-Antoine qu'elle pouvait organiser le banquet le plus couteux de tous les temps, ce qu'elle gagna en faisant dissoudre une perle dans le vinaigre chaud. Elle inspira l'admiration des jeunes filles qui, au XVII°, cherchaient à être représentées en Cléopâtre triomphante. Tous ces tableaux sont proches à ceci près qu' évidemment les visages sont différents.
Arrivés dans une chambre, le guide enchaine les révélations. Le lit n'était pas là pour y dormir mais pour y recevoir. On s'y tenait au fond et les invités étaient assis tout autour sur différents types de tabouret. Les lits de réception étaient rehaussés avec 4 matelas de manière à mieux dominer les personnes reçues. En fait on dormait dans la pièce qu'on appelle "cabinet" sous un ciel de lit, dont la présence était justifié par la crainte que précisément le ciel ne vous tombe sur la tête. Autre détail un peu scabreux : jusqu'en 1682 la noblesse utilisait la chaise percée et montrait ainsi qu'elle méprisait les invités.
Nous nous trouvons dans un endroit public donc très décoré afin "d'épater la galerie", comme on disait au XVI°, ce qui reste vrai encore aujourd'hui.
Les tapisseries de la Manufacture royale d'Aubusson sont des éléments de faste, témoignant qu'on est dans l'air du temps. Le motifs ont déjà été choisis par un roi ou une reine, ou comme c'est le cas ici en reprenant des thèmes à la mode, en l'occurrence le roman de Jean des Marais que l'on peut admirer dans la Chambre de Tournon.
La présence des portraits est très importante dans un château parce qu'ils témoignent de la lignée et permettent aux enfants de se (bien) marier.
Elle était née le 16 aout 1674 sous une étoile royale, avec pour parrain le cardinal de Retz et pour marraine la princesse d’Harcourt. Son enfance est immortalisée par les éloges de sa grand-mère, qui louera souvent l’esprit fin de sa petite-fille.
Son enfance est marquée par l’éloignement et l’éducation religieuse au couvent de Saint-Benoît d’Aubenas, où Pauline séjourne loin de sa mère, avant de revenir au centre de la famille. Elle n'a que 14 ans mais il est envisagé de la faire entrer dans les ordres, à l’instar de sa sœur aînée, Marie-Blanche. Madame de Sévigné s'y opposera de toutes ses forces, comme en témoignent ses correspondances, jusqu'à ce que sa fille Françoise-Marguerite décide finalement de garder Pauline auprès d’elle.
Héritière du domaine, elle veillera sur le château durant plusieurs décennies. Mais, accablée par les dettes et ne pouvant faire face aux créanciers, elle sera contrainte de le vendre en 1732.
Elle est mariée à 18 ans avec un noble breton, Henri de Sévigné, dépensier et infidèle qui mourra en duel pour sauver l'honneur d'une de ses maîtresses. Elle a deux enfants, Charles et Françoise-Marguerite, qui est dit-on une des plus belles jeunes filles du royaume, à tel point que Louis XIV aurait aimé en faire sa maitresse.
On la décrit comme quelqu'un de très froide, gaffeuse (ce qui n'est pas un atout à la cour). A 22 ans, elle épouse François, âgé de 37 ans et déjà deux fois veuf, très laid, mais de santé robuste (il mourra à 82 ans), fidèle au roi qu'il représente dans la région. L'homme est hélas excessivement dépensier et leur fille, Pauline, sera couverte de dettes à la mort de son père. Bien que sa mère ne voulait pas que ses lettres soient rendues publiques Pauline en publiera pour gagner un peu d'argent (mais elle a détruit les siennes et a supprimé ce qui pouvait choquer dans les écrits de sa mère). Même édulcorées les lettres sont un succès car on aime les cancans.
Le lit est à ciel d'ange, parce qu'il n'est pas suspendu, mais porté par des supports. Il est destiné à créer une mise en scène élégante du couchage sans recourir aux structures lourdes des lits à baldaquin ou à la romaine. La pièce est ornée d'une tapisserie flamande.