Tah l'epoque

Publié le 06 février 2026 par Lorraine De Chezlo

d'Olivier Lovrenski

Traduit par Marina Heide

Roman - 315 pages

Editions Actes Sud - février 2026

Ils ont entre 15 et 18 ans, ils vivent en Norvège dans la capitale Oslo, tous plus ou moins issus de minorités, ils s'appellent Ivor d'origine croate, Marco le soudanais, Arjan le Pakistanais, Jonas etc Au fil des jours ils sont ensemble, soudés, comme des frères mais à la dérive, car leur quotidien se passe peu dans leur parcours scolaire mais surtout, nuit comme jour, dans les embrouilles, la violence, et surtout la drogue. Les drogues, toute la panoplie, d'alcools forts en cocaïne, de ghb en kétamine... Malgré les inquiétudes formulées par les figures féminines, les amoureuses qui s'inquiètent, les mères qui désespèrent, rien n'y fait, ils glissent tous, ou peut-être pas, inexorablement, sur la pente qui mène à la mort ou à la prison. 

Ce livre qui est déjà traduit du norvégien en treize langues, fait assez vite l'effet d'une bombe dès son ouverture. Des chapitres très courts s'enchaînent, sans majuscule, sans forcément toute la ponctuation, mais jamais sans un souffle, une rage, une sorte de désespoir vital qui tape du poing à chaque ligne. L'auteur a dix-neuf ans seulement, c'est impressionnant, mais ce qu'il l'est encore plus, c'est le travail fabuleux et époustouflant de la traductrice Marina Heide : rien n'est moins vivant que cette langue d'argot moderne, métissé, qu'elle manie avec un naturel qui force mon admiration. 

Extrait :

"et j’ai dit à marco que la weed, c’était pas

bien pour lui parce que déjà que le mec a

trois neurones quand il est sobre, quand il

est défoncé, il en a plus que deux, et il m’a

répondu que l’hiver, c’était pas bien pour moi

parce que déjà que j’étais blanc comme un cul

avant, maintenant, j’ai l’air d’un fantôme"

Et puis, parfois, dans quelques interstices de cette langue écorchée, on aperçoit une lueur poétique, on palpe l'amitié tendre et sincère qui unit ces hommes violents et mal en point. Leur fragilité également et l'ombre du suicide, la tenaille des regrets. Un premier roman comme une rédemption ? Il a été l'exception confirmant la règle ?

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