Impressions de jardin

Publié le 06 février 2026 par Adtraviata

Pour 2026, je me suis dit que j’allais sortir de la PAL des titres comprenant le mot « jardin », j’en ai quelques-uns. J’ai commencé par ces Impressions de jardin de Luc Baba, un recueil de fragments en prose poétique.

Voici la présentation du livre et de l’auteur sur le site de la Maison de la Poésie d’Amay :

« Dans ce long poème, un jardin et une vie amoureuse évoluent en miroir, au gré de tous les cycles, d’heure en heure, de saison en saison. On entend les insectes chuchoter, la sève couler et le rire d’une femme. On sent les pollens qui nous « poivrent les yeux », la rosée du matin et le parfum d’une robe d’été. On observe un escargot « se tourner vers le cosmos », le muguet coincé entre la brûlure du soleil et le dernier givre et les pages d’un livre qui se tournent. Luc Baba dessine un voyage poétique où la lumière et les ombres se confondent.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, brassant romans, poésie, théâtre, nouvelles et biographies, Luc Baba est également chanteur et comédien. Liégeois d’origine, il poursuit aujourd’hui à Annecy son chemin scénique et littéraire. »

Je me sens parfaitement incapable de donner un avis sur de la poésie, aussi je vous propose simplement quelques extraits, quelques pages, comme un tableau impressionniste.

« On voit bien que des enfants, un jour, ont mangé des groseilles à même la branche. Ils ont ri, inventé des bruits de bouche qui détachaient le sur de leur palais.

C’était leur premier jour d’audace, ils ont piétiné les dalles en damier, sandales, piqûres d’aoûtats, rouge essuyé sur le short. Ils ont appris que le sucre nous vient en aide parfois, puis ils ont lu vite fait quelques pages sous l’arbre. »

« Nous invitons peu la musique au jardin, elle y chercherait ses petits, et puis elle est la chambre de l’intime, et le jardin ouvre toujours un peu trop ses palissades aux oreilles pauvres qui l’effleurent.

Les oiseaux le savent mais ils gardent tous les secrets. »

« Aujourd’hui sera le dernier jour avant demain, c’est quelque chose.

J’accepte de connaître bientôt le pas boisé des prochaines vieillesses. Pourvu qu’elles aient une bonté d’oiseau, que les saisons s’assoient contre ma joue, que les lundis survivent aux chandeleurs. »

« La terre boit ce qui passe. Elle absorbe la mort, feuilles et peau, l’aile tombée, les averses, une soupe de dioxine et de chlore versée par le brouillard.

Les enchantements ont le sommeil fragile, quelque chose déforme l’avenir.

Dans le frémissement des mirages, des humains boivent déjà le désastre à la source. »

« Quand on lui tourne le dos, le jardin ouvre ses boutons, défait sa chevelure d’orties, s’offre un saule dans l’herbe, il cite des baies aigrelettes, le chat devient une proie maigre. Le désordre est la respiration du monde. Il s’en souvient.

Ravi, je m’assois comme une courge au milieu d’un petit carré clos, et je veille. »

Luc BABA, Impressions de jardin, Abrapalabra, 2025