Wanderlust Ice & Ink – Édito : Vivre en tant qu’aérialiste professionnelle sur glace et patineuse de couple

Publié le 12 février 2026 par Podcastjournal @Podcast_Journal
Je suis patineuse artistique professionnelle et aérialiste sur glace, et je me produis dans des spectacles de glace à travers le monde. Aujourd’hui, ces deux disciplines définissent mon travail, la manière dont ma vie professionnelle est structurée, ainsi que la continuité qui existe que je sois sur scène ou entre deux contrats. La performance n’est qu’un moment visible parmi d’autres dans une profession qui dépasse largement les spectacles, les plannings et les apparitions publiques.

Pendant longtemps, j’ai raconté le chemin qui m’a menée jusqu’ici. Les choix, les transitions et les étapes qui ont façonné ce parcours étaient nécessaires pour comprendre d’où je viens. Mais arrive un moment où raconter la route ne suffit plus. Ce qui compte désormais, c’est de définir ce que cette vie est devenue dans la pratique, ici et maintenant. Cette profession ne peut pas se réduire à ce qui est montré. Être patineuse professionnelle de couple et aérialiste sur glace implique d’entretenir une relation continue avec l’entraînement, la préparation, l’intelligence du corps et la discipline artistique. Le travail existe même lorsqu’il n’y a rien de prévu, rien de visible, et aucun spectacle programmé. C’est cette continuité qui définit la réalité du métier.

Cet article pose le cadre de cette réalité. Il esquisse ce qu’englobe ma vie professionnelle aujourd’hui, comment le travail s’organise au-delà des performances, et ce qui demeure constant quel que soit le contexte. Les sections qui suivent explorent d’abord ce à quoi ressemble ma vie professionnelle dans le présent, puis la part invisible du métier qui la soutient, et enfin la logique qui explique pourquoi cette vie est construite, intentionnelle, et non le fruit du hasard. Sur scène comme en dehors, voici le périmètre dans lequel s’inscrit mon travail. Aujourd’hui, ma vie professionnelle s’organise autour de la continuité plutôt que des seuls moments de performance. Être patineuse professionnelle de couple et aérialiste sur glace ne se définit pas par la fréquence à laquelle je monte sur scène, mais par la manière intentionnelle dont je prépare mon corps et mon travail afin d’être prête à performer à tout moment. Que je sois en représentation, en préparation pour un futur contrat, ou entre deux engagements, le travail ne s’arrête jamais réellement. L’entraînement, la préparation et l’entretien physique ne sont pas des phases optionnelles du métier. Ils sont le métier. Il n’existe pas de véritable période “off”. Être entre deux contrats ne signifie pas s’éloigner de la profession, mais plutôt déplacer le centre de gravité du travail. L’entraînement devient moins visible, plus intérieur, et souvent plus technique. La progression se préserve par la constance plutôt que par l’intensité. On peut perdre sa précision très rapidement. La retrouver demande beaucoup plus de temps. Ainsi, ce qui peut apparaître de l’extérieur comme une pause ou un vide entre deux contrats est en réalité une phase de construction pleinement intentionnelle. Chaque période loin de la scène a un objectif clair.

Lorsque je me concentre sur mon travail aérien entre deux contrats, il ne s’agit pas simplement de “rester en forme”, mais de créer, affiner et préparer des numéros aériens destinés à être présentés à différentes compagnies. Ces actes sont conçus comme des pièces complètes, avec des thématiques spécifiques, des choix musicaux précis et une identité technique propre. Au fil du temps, ce processus m’a permis de développer un catalogue grandissant de créations aériennes, offrant plusieurs directions artistiques plutôt qu’un seul format.

Parallèlement, le patinage en couple demeure un pilier central de mon travail. Lorsque mon partenaire, basé aux États-Unis, vient s’entraîner en France entre deux contrats, ces périodes sont utilisées de manière très délibérée. Nous ne nous entraînons pas simplement pour “rester chauds”, mais pour préparer ce qui vient ensuite. Cela inclut le travail sur des programmes et numéros destinés à de futurs navires, le perfectionnement des éléments techniques et le retour aux fondamentaux du patinage pur. Ces sessions servent à nettoyer les détails, améliorer la fluidité, ajuster le timing et renforcer la qualité globale de notre patinage en duo.

Le patinage en couple exige une attention constante au timing, à la qualité des carres, à la mécanique des portés et à la précision du mouvement partagé. La confiance n’est pas acquise une fois pour toutes. Elle se maintient par la répétition, par le raffinement des entrées et sorties, par l’ajustement des prises, du placement du poids et du temps de réaction. Même en dehors des contrats, les éléments de couple doivent être régulièrement retravaillés pour garder le corps réactif et le partenariat techniquement affûté. Entre deux engagements, ce travail devient un espace de progression plutôt que de simple maintien, un moment pour corriger ce qui doit l’être et consolider les bases avant le retour sur scène.

Le travail aérien sur glace suit une logique différente. L’entraînement ne consiste pas à répéter indéfiniment des figures, mais à préparer le corps à soutenir le travail inversé de manière sûre et efficace. La force de préhension, la stabilité des épaules, l’engagement du centre du corps et le contrôle des descentes sont au cœur de chaque séance. Une grande partie du travail se fait en amont de l’acte lui-même, à travers le renforcement, l’endurance et l’affinement des transitions afin que les mouvements restent fluides et sécurisés au-dessus de la glace. De petits détails techniques – placement des mains, angles d’entrée, timing des lâchers – sont constamment ajustés pour réduire le risque et améliorer le contrôle.

Au cours de l’année écoulée, cette recherche a pris une direction très spécifique avec le développement de performances en cerceau aérien LED sur glace. Le cerceau LED reste extrêmement rare dans un contexte glacé. Très peu d’artistes travaillent actuellement avec cet agrès sur glace, et encore moins ont développé des numéros complets autour de lui. C’est un domaine que je construis activement, tant sur le plan technique qu’artistique, en adaptant le vocabulaire aérien, les effets visuels et les exigences de sécurité aux contraintes de la glace. Les périodes entre contrats sont essentielles à ce processus. Elles sont le temps de l’expérimentation, celui où les idées sont testées, affinées et préparées pour être présentées professionnellement.

Trouver l’équilibre entre ces disciplines exige des choix stratégiques. Certaines phases privilégient la force et le conditionnement aérien, tandis que d’autres se concentrent sur la qualité du patinage, la glisse et le travail de partenaire. La récupération, la mobilité et la prévention des blessures sont traitées comme des composantes actives de l’entraînement, et non comme des aspects secondaires. L’objectif n’est pas de pousser sans limite, mais de maintenir un niveau de préparation permettant aux deux disciplines de coexister sans compromettre la sécurité ni la longévité de ma carrière.

Ce qui définit ma vie professionnelle aujourd’hui n’est pas une routine faite pour être montrée, mais une relation disciplinée et continue au travail, largement invisible aux yeux du public. Chaque phase a un sens. Chaque pause a une direction. Les moments sur scène sont brefs. Ce qui les rend possibles, c’est un processus ininterrompu de préparation, de recherche et de raffinement. C’est là la réalité de mon métier tel qu’il existe aujourd’hui, entre glace et air, sur scène et au-delà. Lorsque qu’une journée d’entraînement est entièrement dédiée au travail aérien, son objectif n’est pas seulement le maintien, mais la construction. Ces journées servent à développer, affiner et préparer des numéros aériens comme des pièces professionnelles complètes, destinées à être présentées à différentes compagnies. L’objectif n’est jamais simplement de répéter du matériel existant, mais de bâtir un répertoire d’actes dotés d’identités, de thématiques et d’exigences techniques distinctes.

Entre deux contrats, ce travail aérien a également une dimension stratégique. Il me permet de constituer un catalogue d’actes plutôt qu’une seule création. Chaque numéro est pensé comme une pièce complète, avec son propre choix musical, son langage visuel et sa structure technique. Cette approche rend possible l’adaptation de mes propositions à différentes productions et contextes artistiques, plutôt que de forcer un format unique à s’adapter à toutes les situations.

Au cours de l’année écoulée, ce travail s’est de plus en plus concentré sur le développement de performances en cerceau aérien LED sur glace. Le cerceau LED reste extrêmement rare dans un environnement glacé. Très peu d’artistes travaillent actuellement avec cet agrès sur glace, et encore moins ont développé des numéros complets autour de lui. L’intégration de la technologie LED ajoute une couche supplémentaire de complexité, nécessitant une réflexion approfondie sur les effets visuels, la perception de l’espace, le timing et la sécurité — autant d’éléments qui doivent être étroitement coordonnés avec le gréeur.

Une grande partie de ce travail commence bien avant que je ne mette un pied sur la glace. Pendant la période du Covid, je me suis entraînée intensivement hors glace avec des coachs de cirque, apprenant les techniques aériennes dans un environnement contrôlé avant de les transposer sur la glace. Cette base hors glace demeure essentielle aujourd’hui. De nombreux éléments doivent d’abord être testés, compris et maîtrisés dans un cadre aérien traditionnel avant de pouvoir être adaptés en toute sécurité au-dessus de la glace. Je ne peux pas expérimenter librement sur la glace si le mouvement n’a pas déjà été exploré et sécurisé en amont. La glace est l’endroit où l’acte prend sa forme finale, mais la véritable recherche technique commence souvent ailleurs.

Une fois sur la glace, les journées d’entraînement aérien sont structurées autour de la préparation avant la performance. Le conditionnement physique, l’endurance de la prise, la stabilité des épaules et l’engagement du centre du corps constituent la base de chaque séance. Ce travail préparatoire est indispensable pour garantir que les positions inversées, les transitions dynamiques et les descentes contrôlées puissent être exécutées de manière sûre et constante. Sans cette fondation, la répétition devient contre-productive.

Ces journées aériennes commencent souvent très tôt le matin, lorsque la patinoire est encore calme et froide. Travailler dans ces conditions demande une grande préparation physique et mentale, mais c’est aussi un privilège rare : avoir accès à la glace pour un entraînement aérien. Pouvoir pratiquer les disciplines aériennes directement sur glace est extrêmement inhabituel dans le monde professionnel. La plupart des aérialistes n’ont jamais cette possibilité, et beaucoup de performers sur glace ne disposent pas d’un cadre technique sécurisé permettant un travail aérien au-dessus du rink. Avoir un accès régulier à la glace ainsi qu’un support technique adapté n’est donc pas quelque chose que je tiens pour acquis, c’est une condition fondamentale de l’existence même de mon travail.

Avant même de commencer le moindre travail aérien sur glace, une part importante de mon entraînement se déroule hors du rink. Je passe de longues heures à échauffer et préparer mon corps au sol, travaillant sur la mobilité, l’activation et l’alignement afin d’aborder la glace de manière sûre et efficace. Cette préparation hors glace n’est pas facultative : elle est une étape fondamentale de mon processus. De nombreux éléments nécessitent un conditionnement et une répétition approfondis loin de la glace avant de pouvoir être transposés au-dessus. En réalité, une grande partie de mon travail aérien se fait hors glace, car seul un corps pleinement préparé, éveillé et engagé peut ensuite performer avec contrôle et clarté sur la glace.

Une fois mon échauffement et mon travail hors glace terminés, je peux transférer sur la glace tout ce que j’ai prévu d’intégrer dans mon numéro. Cependant, l’entraînement aérien sur glace ne se fait jamais seule. Chaque séance nécessite la présence d’un gréeur qualifié, dont le rôle est essentiel tant pour la sécurité que pour la performance. Le gréeur ne se contente pas d’installer le matériel : il supervise activement le timing, la tension, le placement et la stabilité tout au long de la session. Chaque mouvement dans les airs est lié à ce dialogue technique entre le corps, l’agrès et le système de gréage.

Sans glace et sans gréeur professionnel, le travail aérien sur glace serait tout simplement impossible, pas seulement pour des raisons pratiques, mais surtout pour des raisons de sécurité. La recherche technique occupe une place centrale dans ces sessions. Les transitions sont testées, les entrées et sorties ajustées, et certaines séquences réécrites pour améliorer la fluidité et réduire les risques inutiles. De petits détails, placement des mains, angles d’entrée, timing des lâchers, sont constamment évalués en coordination avec le gréeur. Ces ajustements ne sont pas esthétiques : ils déterminent si un acte peut être exécuté de manière répétée, dans différentes conditions et sur la durée.

Les journées dédiées au travail aérien ne sont absolument pas centrées sur le dépassement des limites pour l’intensité. Je cherche avant tout la précision, l’endurance et la durabilité à long terme. L’objectif est de construire des numéros qui puissent être exécutés de manière constante, sûre et claire, plutôt que de dépendre de moments isolés de prise de risque. C’est là que se joue une grande partie du travail invisible de mon métier : loin de la scène, mais essentiel à tout ce qui finit par y apparaître.

Au-delà de ce cadre technique, mon travail repose aussi sur un partenariat humain et artistique profond avec mon mari Tanguy, lui-même patineur artistique professionnel. Il comprend les codes du patinage, le langage de la performance et le timing précis requis à la fois sur la glace et dans les airs. Parce qu’il me connaît intimement en tant qu’athlète et artiste, il peut anticiper mes besoins, lire mes mouvements et réagir en temps réel à ce qui se passe au-dessus de la glace. Cette compréhension partagée crée un niveau de confiance et de précision indispensable.

Sans la combinaison d’un gréeur expérimenté et d’une personne maîtrisant à la fois les dimensions techniques et artistiques du patinage et du spectacle, je ne pourrais tout simplement pas faire le travail que je fais aujourd’hui. L’importance de cette collaboration est un sujet que j’explorerai plus en profondeur dans de futurs articles.
  Il y a des journées où mon travail n’est pas séparé entre l’aérien et le patinage, mais où ces deux pratiques s’entrelacent en une seule ligne continue de mouvement. Ces journées hybrides sont souvent les plus exigeantes, mais aussi les plus révélatrices de ce que signifie réellement être à la fois patineuse de couple et aérialiste sur glace. Elles ne sont ni improvisées ni chaotiques. Elles sont délibérément structurées comme une trajectoire cohérente dans laquelle chaque discipline nourrit et renforce l’autre.

Lorsque mon partenaire de patinage vient s’entraîner en France entre deux contrats, ces périodes prennent une dimension stratégique. Nous ne nous retrouvons pas simplement pour “rester en forme”. Nous travaillons avec un objectif clair : préparer la prochaine saison, le prochain navire, le prochain spectacle. Après ma séance aérienne du matin, l’entraînement de couple ne commence pas directement sur la glace. Nous passons d’abord environ une heure à travailler ensemble hors glace. Cette étape est essentielle et presque entièrement invisible pour le public. Nous répétons les portés au sol, affinons les prises, testons les placements des mains et des bras, et revisitons les positions clés. Nous travaillons également la chorégraphie, non pas pour l’exécuter pleinement, mais pour clarifier les intentions, les transitions et les nuances de mouvement avant de les transposer sur la glace.

Ces moments hors glace sont aussi un espace de réflexion et de création. Nous imaginons de nouvelles idées de portés, cherchons des variations, renforçons les éléments que nous maîtrisons déjà et testons des possibilités avant de les amener sur la glace. C’est une phase à la fois technique et créative, où nous construisons la qualité du partenariat sans les contraintes immédiates de la glisse.

Ce n’est qu’ensuite que nous entrons sur la glace. Là, nos séances s’articulent autour de trois priorités : la technique pure, la qualité de la glisse et la précision du partenariat. Nous travaillons intensément les bases du patinage, la profondeur des carres, la fluidité des trajectoires et la clarté du mouvement. Ce travail peut paraître subtil vu de l’extérieur, mais il constitue le socle de tout le reste.

Sur la glace, nous commençons généralement par des portés que nous connaissons déjà bien, afin de retrouver des sensations fiables et un timing commun. À partir de là, nous expérimentons aussi de nouveaux portés, en repoussant nos limites avec précaution tout en restant dans un cadre sécurisé. Chaque prise, chaque entrée et chaque sortie est examinée, ajustée et consolidée. La confiance n’est jamais acquise une fois pour toutes. Elle se maintient par une répétition consciente. Nous analysons la posture, l’alignement, le timing et la réactivité, car une fraction de seconde peut faire la différence entre un élément propre et un élément fragile. Ces détails passent souvent inaperçus pour le public, mais ils sont au cœur de notre métier.

Lors d’une journée hybride, le patinage de couple ne remplace pas le travail aérien : il dialogue avec lui. Après le temps passé sur la glace, je retourne fréquemment vers un travail aérien plus ciblé. Parfois j’affine des transitions en cerceau ou en sangles aériennes, parfois j’explore une nouvelle qualité de suspension, parfois je cherche une respiration différente dans un mouvement déjà connu. Le corps garde en mémoire le travail du patinage, et l’aérien me permet d’explorer d’autres qualités de contrôle, de poids et de conscience spatiale.

Ces journées exigent aussi une gestion fine de l’énergie. L’objectif n’est pas de tout faire en même temps, mais de répartir l’effort intelligemment entre force, endurance et précision. La récupération, la mobilité et la prévention des blessures sont traitées comme des composantes actives de l’entraînement, et non comme des étapes secondaires. Il ne s’agit pas d’accumuler des heures, mais d’améliorer la qualité de chacune d’elles.

Une autre dimension importante de ces journées hybrides est que nous sommes parfois informés à l’avance des programmes que nous interpréterons sur le prochain navire. Lorsque c’est le cas, notre travail entre contrats devient encore plus intentionnel. À bord, nous présentons ou auditionnons souvent un numéro pour un futur engagement. S’il est validé, il devient la matière que nous continuerons à affiner hors contrat. Dans ce contexte, le temps entre deux navires n’est pas simplement une période de maintien : c’est une phase dédiée au polissage du programme afin qu’il soit le plus proche possible du niveau de scène avant même notre retour à bord. Nous nettoyons les transitions, renforçons les portés, travaillons la musicalité et veillons à ce que la pièce soit techniquement solide et artistiquement cohérente. Ainsi, lorsque nous arrivons pour le contrat suivant, la base est déjà en place plutôt que précipitamment construite à la dernière minute.

Une journée hybride n’est donc pas qu’un mélange d’activités. C’est une véritable synthèse de mon métier. C’est le moment où le patinage et l’aérien cessent d’être des disciplines séparées pour devenir une manière unifiée de travailler, de penser et de se mouvoir entre air et glace, sur scène et au-delà.

Travailler à la croisée de ces deux disciplines est exigeant, mais aussi profondément formateur. Aérien et patinage semblent tirer le corps dans des directions opposées, mais en réalité ils se nourrissent constamment l’un l’autre. La souplesse, la mobilité et la conscience corporelle développées dans l’entraînement de cirque soutiennent directement mon travail en patinage de couple, notamment dans les portés, les lignes et les transitions acrobatiques. En retour, la force, le contrôle et la précision acquis par le patinage renforcent ma pratique aérienne. Cette hybridité n’est donc pas une contradiction : elle est une source de profondeur athlétique qui consolide les deux disciplines.

Ce qui est véritablement difficile n’est pas la diversité du travail en soi, mais la rapidité avec laquelle je dois passer mentalement et physiquement d’une pratique à l’autre. Changer de focus entre aérien et patinage, tout en permettant au corps de récupérer dans un laps de temps très court, exige discipline, conscience de soi et rythme maîtrisé. Pourtant, cette réalité n’est pas unique à mon parcours. Elle reflète étroitement les conditions vécues par de nombreux danseurs professionnels, artistes de cirque et performers pluridisciplinaires, en particulier pendant les saisons de spectacle. En ce sens, mes journées hybrides entre contrats ressemblent beaucoup à l’intensité et au rythme de la vie à bord, où polyvalence, adaptabilité et endurance sont constamment requises. Ma vie professionnelle aujourd’hui ne se définit pas par des performances isolées, mais par une relation continue au travail qui existe que je sois sur scène ou en entraînement loin des projecteurs. Ce qui peut paraître effortless sur scène repose en réalité sur de nombreuses heures de préparation, de répétition et d’ajustement qui se déroulent principalement hors du regard du public.

Entre glace et air, entre travail solo et partenariat, ma pratique quotidienne est façonnée autant par la discipline que par la créativité. Ce que je suis capable de faire aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard ni d’une opportunité soudaine. Cela vient d’années d’entraînement, de choix et de persévérance, construits progressivement à travers réussites et difficultés. Ce processus a façonné non seulement ma technique, mais aussi ma manière d’habiter mon corps, d’envisager mon travail et de comprendre mon métier.

À partir de ce moment présent, je souhaite explorer plus en profondeur ces dimensions dans les articles qui suivront. Ils ne se concentreront pas sur les moments forts, mais sur les fondations de mon travail — les couches techniques, physiques et artistiques qui rendent la performance possible.

Ce que des années de travail ont permis de soutenir n’est pas seulement une carrière, mais une manière de se mouvoir et de penser entre air et glace, sur scène et au-delà. 🎙️ Wanderlust Ice & Ink By @sarahaerial.ice Sarah | Professional Figure Skater & Lifestyle... En savoir plus sur cet auteur La canicule s'abat de nouveau sur nous. Les températures grimpent, les records tombent, et l'été devient, plus que jamais, une épreuve. Mais au-delà de la gêne et des alertes sanitaires, ce que révèle cette chaleur suffocante, c'est une troublante... LES BRÈVES