Je suis donc revenue chez Vendémiaire. Le contexte était différent, preuve que les lieux sont modulables.
Etant sans doute plus attentive j'ai remarqué cette fois la mention "Brasserie française" revendiquée sur le rideau et sur chaque assiette. Et pourtant, je viens de vérifier avec les photos que j'avais prises en novembre 2024, elles n'ont pas été changées.
Je gouterai plus tard une tuile de sa conception qui témoigne du mouvement que l'établissement a entrepris.
Plus discret, mais tout aussi important, la playlist qui est diffusée est désormais uniquement composée de chansons françaises (ou du moins francophones car on entend Céline Dion) et c'est fort agréable. Tout à l'heure j'entendrai Stephan Eicher affirmer sa volonté de déjeuner en paix … histoire d'oublier que les nouvelles sont mauvaises.
J'opte pour le Spritz Pampelle qui, avec un Crémant alsacien et une eau pétillante, est une version 100% française du cocktail si connu, presque galvaudé, et qui ici deviendrait quasi gourmand, accompagné d'une vraie tranche de pamplemousse, avec un peu moins d'amertume que dans la version italienne originale.
Pampelle est distillé à Cognac, à partir d'une variété corse de pamplemousse Star Ruby certifié bio, choisie pour l’intensité de sa couleur et sa saveur. Après macération des fruits, une partie est distillée dans des alambics en cuivre, afin de renforcer les arômes naturels d’agrumes. À ceux-ci sont ajoutés des écorces d’autres agrumes comme le cédrat français (mais aussi du yuzu du Japon et du bigarade d’Haïti) puis de l’écorce de quinine, des bitters de racine de gentiane, et l'eau-de-vie.
Je remarque qu'une formule s'est glissée depuis cette semaine dans la carte, sous le nom évocateur de "Brèves de comptoir", née de la volonté d'innover du chef Jeffrey Quetin.
Pensée pour celles et ceux qui souhaitent manger rapidement sans renoncer au plaisir, cette proposition à 25€ comprend un plat, un verre de vin (ou une autre boisson) et un café, autour des grands classiques bistrotiers français : croque-monsieur, soupe à l’oignon ou encore tartare-frites... Une cuisine sincère, accessible, à savourer sur le très beau marbre blanc du comptoir.
Le bar est un espace qui se déploie largement et qui peut, avec une offre spécifique, aura une forme d'indépendance. Celle-ci va se renforcer Avec l'ajout de deux rideaux et d'un panneau de bois qui créeront un espace potentiellement privatisable, pour un évènement ou un after-work.
Le pain est "signé" Jean-Luc Poujauran, taillé dans la grande largeur du pain, jambon et Comté sont fournis par Chatin. Il est sans béchamel, travaillé avec un beurre foisonné mi beurre demi-sel mi beurre doux, bien marqué, avec une croute colorée finie au four, gourmand et généreux, et un tour de moulin à poivre au dernier instant.
Cette cuvée Manon est le résultat d'un assemblage de 8 cépages, Grenache Blanche, Grenache Gris, Clairette Blanche, Macabeu, Carignan Blanc, Roussanne, Vermentino et Malvoisie qui sont élevés en barrique après une récolte manuelle, un éraflage partiel en fonction du millésime et du cépage, et surtout une macération longue. Le résultat est harmonieux, avec une aromatique gourmande et solaire mais qui reste fraîche et qui se prolonge sur une pointe minérale.
Celui qui recherche davantage d'originalité se tournera vers les Gnocchis poire et bleu d'Auvergne, râpée de noix, dont la sauce onctueuse est un régal. Il faut savoir qu'une attention particulière est apportée aux plats végétariens et aux légumes que le patron aime tant faire découvrir.
Quant à la Saint-Jacques, inscrite à la carte puisqu'elle est de saison, elle est rôtie à la perfection puis placée sur une tombée d'épinards, siphon Cointreau et agrumes, pommes de terre paillasson.
Ajoutez plusieurs plaisirs d’exception comme le foie gras maison ou une sélection de plats embellis de truffes, de caviar ou de safran, servis avec raffinement et élégance.
Gabriel est de retour avec un rouge pour s'accorder avec le Boeuf bourguignon, gratin dauphinois, classique mais sublime quand il est fait dans les règles de l'art comme l'exige le patron et qui sera intemporel jusqu'aux beaux jours. De quoi séduire tous les clients qu'ils aient des attentes conventionnelles … ou pas.
La carte se renouvellera régulièrement, et pour cause quand on a la volonté de travailler des produits de saison. Mais toujours avec le plus possible de produits mettant en valeur les commerçants du quartier, jusqu'au bouquet de fleurs qui embellit le bar.
La clientèle du quartier est la bienvenue. Qu'il s'agisse des politiques qui apprécient un espace spacieux, permettant des conversations privées, que les familles dont les enfants sont les bienvenus, avec un petit menu Marie-Louise/Napo. Sans oublier les entreprises parce que la privatisation sur mesure n'est jamais un problème.
En conclusion, avec son cadre élégant, sa cuisine de terroir, authentique et raffinée, et son équipe très motivée, Vendémiaire est une valeur sûre, au coeur de la Rive Gauche, à deux pas des Invalides, au coeur du quartier d’enfance du Gros Caillou de son fondateur.
Il est maintenant entouré d'une équipe très soudée et volontaire, convaincue par l'intérêt de mettre en avant le patrimoine culturel français haut de gamme, avec des produits sourcés dans toute la France auprès de producteurs et artisans talentueux et authentiques.
Le restaurant se bat, à son niveau pour les filières françaises en souhaitant que la clientèle soit sur la même longueur d'onde. C'est presque une forme de révolution que de se positionner ainsi, en fidélité avec le nom du restaurant, hérité du premier mois figurant au calendrier républicain.
Vendémiaire, 54 Boulevard de la Tour-Maubourg, 75007 Paris - 01 47 05 89 86