Quatrième de couverture :
Binche, Mardi gras, quatre heures du matin. Un Gille quitte son domicile, accompagné de son tamboureur. Les sabots claquent en mesure sur le pavé, au rythme des premiers roulements de tambour. Et puis, la scène se fige… On retrouvera vite deux corps sans vie. La main d’une victime est crispée sur un masque de cire. Celui de l’assassin ? Au même moment, dans le centre de Binche, Stanislas Barberian découvre, fasciné, les coulisses d’un des plus beaux carnavals au monde. Mais pour le bouquiniste carolo-parisien, ce qui devait être une fête risque de se transformer en course mortelle…
Je connais déjà le héros de Francis Groff depuis ma lecture de Morts sur la Sambre. Stanislas Barberian est d’origine belge, de lapermet, leurs chapeaux région de Charleroi, il vit à Paris où il est bouquiniste mais ses recherches pour acheter et vendre des livres anciens le ramènent souvent en Belgique. Et pour cette troisième aventure (je n’ai pas encore lu la deuxième), le voilà à point nommé en ce Mardi gras dans la bonne ville de Binche, dont le Carnaval a été reconnu au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Stanislas est venu acheter des livres chez le président d’une société de gilles, les Inégalables (je vous mets ici le lien vers le site du Carnaval pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un folklore remarquable) et voilà notre bouquiniste invité avec son amie Martine à participer aux festivités en suivant la société de gilles tout au long du Mardi gras. Il faut savoir que les gilles se lèvent très tôt, vers trois heures du matin, pour s’habiller, se faire bourrer le costume de paille et aller « ramasser » les membres de leur société chez eux, accompagnés chacun de leur tamboureur. Le tout s’accompagne de dégustation de champagne, d’huîtres, de remise de médailles aux plus anciens par les autorités communales avant de proprement danser dans les rues de la cité médiévale en faisant claquer leurs sabots sur les pavés, en lançant des oranges sur les visiteurs (très nombreux) et en portant l’après-midi, si le temps le permet, leurs chapeaux décorés de superbes plumes d’autruche.
En réalité, c’est au matin de ce Mardi gras que tout commence, chez Cédric Lebarnier, membre des Inégalables, et nous assistons à son habillage et à son départ avec son tamboureur, un inconnu car le sien a eu un accident de dernière minute et s’est fait remplacer par un homme (dont on apprendra plus tard qu’il s’appelle Gianni Cortese) venu d’une société de gilles louviéroise (La Louvière, une ville assez proche de Binche). Les deux hommes, en retard, se mettent en route et prennent un raccourci pour rejoindre leurs « collègues » mais leur périple sera rapidement et brutalement stoppé par un homme masqué qui frappe mortellement Lebarnier à coups de barre de fer. Le tamboureur réussit à lui arracher son masque et se fait assassiner à son tour. B (« il aurait voulu qu’on continue la fête con, l’annonce de la mort du gilles ne va pas faire arrêter les festivités (« il aurait voulu qu’on continue la fête normalement », c’est la bonne excuse) et la police, déjà bien occupée à encadrer les cortèges, est bien ennuyée de devoir mener ce jour-là une enquête pour meurtre.
Heureusement, si l’on peut dire, Stanislas et son grand intérêt pour les affaires criminelles auxquelles il se trouve mêlé sans le vouloir sont là ! Le bouquiniste, toujours amateur de bonne chère et de vins fins, est invité à rester à Binche pour mieux découvrir la ville et son passé lié à Marie de Hongrie (la soeur de Charles-Quint himself) et, toujours curieux, a l’idée d’observer les alentours de la scène de crime où il trouve des mégots de cigarillos bien particuliers. Il transmet ses trouvailles au commissaire Moineau, chargé de l’enquête, qui n’est pas avare de détails sur les victimes. C’est ainsi que l’on apprend que Gianni Cortese a été jadis mêlé aux magouilles de Coco Buonasera, un entrepreneur en construction et qu’il a aidé ce mafieux à liquider certains « opposants », sans doute en les liquéfiant dans l’acide ou en les enterrant dans du béton (ça s’est déjà vu dans la vraie vie belge), ce qui lui a valu plusieurs années à l’ombre avant de se reconvertir tout à fait honnêtement en serveur de pizzas. Stanislas fouine et cherche à connaître les liens entre Lebarnier et Cortese, ce qui lui vaut un avertissement physique bien marqué, et je vais m’arrêter là pour ne pas divulgâcher.
A part le petit bémol où, je l’ai dit plus haut, je trouve le commissaire bien bavard (mais s’il ne l’était pas, Stanislas n’aurait aucune piste et il n’y aurait pas de roman), j’ai trouvé cette enquête très réaliste, bien ancrée dans le folklore et le patrimoine binchois. Francis Groff s’est manifestement bien documenté sur ces thèmes et nous livre une histoire bien ficelée, dont la violence mafieuse fait frémir. Mais il ne manque pas d’humour et une fin de soirée un peu trop arrosée par Stanislas nous donne droit à une scène pas piquée des vers chez son hôtesse binchoise. Allez, mon cher Stan, la prochaine fois, je reviens un peu en arrière avec toi en te suivant à Namur avec Félicien Rops.
« Stanislas était fasciné. En écoutant ses interlocuteurs, il découvrait les a-côtés d’une tradition séculaire qui cimentait littéralement les Binchois à leur carnaval. Un attachement profond, sincère, indéfectible qui les touchait tous, pauvres ou nantis, jeunes ou vieux. Une sorte d’amour partagé au nom de la célèbre phrase : « il n’y a qu’un Binche au monde » et que l’Unesco avait apprécié à sa juste valeur en versant les festivités au « patrimoine mondial immatériel de l’humanité » en 2003. »
Francis GROFF, Orange sanguine, Editions Weyrich, Collection Noir Corbeau, 2020
Une nouvelle participation au challenge Un hiver Polar d’Alexandra Je lis je blogue, et je coche la case du bingo « Détective amateur ».
Et aussi une participation aux Gravillons de l’hiver de Sybilline La petite liste (200 pages tout pile)