Le 25 juillet 1841, Mary Rogers, qui porte le patronyme de son père adoptif, vingt-et-un ans, est assassinée à New York dans de bien ténébreuses circonstances:
Jamais le crime ne fut élucidé.
Peu après les faits, Edgar Poe publia en feuilleton une nouvelle, Le Mystère de Marie Roget1. Il y transposait la scène à Paris et francisait les noms des protagonistes:
Son intention avouée, et d'une rare audace, était de résoudre ainsi, non plus le problème fabriqué d'un crime fictif, comme dans la Rue Morgue, mais l'authentique énigme d'un vrai crime.
Sur ses traces, Étienne Barilier, non moins audacieux, essaie à son tour de résoudre cette énigme, parce que ce que dit Edgar Poe de l'affaire ne le convainc pas.
Comme il est difficile d'avoir des certitudes, le livre, basé sur des conjectures, se présente sous la forme d'un roman, dont les sources figurent en fin de volume.
Ce qui est singulier dans cette histoire est que la victime a été conçue hors mariage, dans un milieu puritain, et que l'on fit passer [sa] grand-mère pour [sa] mère...
Sa vraie mère est morte à trente ans, en 1830: Il est possible qu'on l'ait éloignée de sa fille dès la naissance de celle-ci et que cette dernière ait été en mal d'affection.
Trois ans après le décès de son mari, en 1837, Phoebe Rogers quitte Lyme, cité du Connecticut, pour s'installer, avec Mary, à New York, où vit une de ses soeurs.
À l'époque, New York est une ville dangereuse, a fortiori pour la belle jeune fille qu'est devenue Mary qui commence d'y travailler comme cigarière chez Anderson:
Étrange travail pour une jeune fille, et la seule de son sexe derrière le vaste comptoir en U, que de présenter des cigares à des messieurs...
Quoi qu'il en soit, elle ne passe pas inaperçue de la gent masculine si bien que la presse locale fait des portraits d'elle, qui insistent sur sa beauté et son dark smile.
Mary disparaît une première fois le 4 octobre 1838. Les journaux s'en font l'écho. Mais, peu après, elle réapparaît, sans que personne ne sache où elle est allée.
Mary ne revient qu'un temps chez Anderson. Un de ses demi-frères, fortune faite, acquiert une pension de famille où elle travaillera à toutes tâches ménagères.
Les pensionnaires seront les premiers soupçonnés du meurtre de Mary, dont le corps a été découvert par des promeneurs, alors qu'il dérivait sur l'Hudson River.
La scène de crime est découverte un peu plus tard, par hasard, par des jeunes gens. Les vêtements de Mary sont retrouvés dans un fourré situé un mile en amont.
Étienne Barilier fait l'examen critique des thèses retenues, dans l'ordre chronologique, et des présomptions de culpabilité, sans qu'il soit possible de trancher.
In fine, il est convaincu qu'Edgar Poe n'a pas tout dit dans sa nouvelle et qu'ayant fréquenté lui-même la boutique Anderson, il connaissait de visu le meurtrier.
Mais il ne pouvait fournir ni son nom ni son adresse ni même sa taille ou sa couleur de cheveux. Il s'en voulait surtout de ne pas avoir prévenu Mary du danger...
Francis Richard
1 - C'est la première des Nouvelles grotesques et sérieuses, que traduisit Charles Baudelaire.
Qui a tué Mary Rogers ?, Étienne Barilier, 186 pages, Bernard Campiche Editeur
Livres précédemment chroniqués:
Le piano chinois (2011) Éditions Zoé
Ruiz doit mourir (2014) Buchet-Chastel
Les cheveux de Lucrèce (2015) Buchet-Chastel
Dans Karthoum assiégée (2019) Phébus
Noor (2023) Phébus
Muses (2024) Bernard Campiche Editeur