Pendant longtemps, j’ai boudé le printemps. Je n’y voyais qu’une météo instable qui souffle le chaud et le froid, un ciel gonflé de giboulées soudaines, des floraisons anachroniques sur les branches encore dénudées. Puis, un jour, rendue à mon temps libre et à mes activités méditatives, je me suis assise face à mon jardin, j’ai mieux regardé et découvert toute la subtilité de cette saison de transition.
L’abandon du cocon protecteur de l’hiver
J’ai perçu enfin la magie transformatrice de cette longue saison intermédiaire, passage entre deux extrêmes, entre rigueur et splendeur, dénuement et abondance. Apanage des climats tempérés, elle fait le bonheur des peintres et des poètes. De ceux qui ouvrent l’œil et l’oreille pour percevoir le langage muet du vivant et de l’univers en mouvement. La philosophe Chantal Thomas évoque ce temps circulaire des saisons, qui n’est pas du côté de l’usure mais du retour : « Comme si c’était, à chaque fois, un événement auquel on assiste pour la première fois. »
Et j’ai saisi ce que la vie cherchait à me dire dans cette mise au monde du printemps. Comment sous l’apparente léthargie de la terre montait l’invisible énergie du monde, cette promesse qui nous fait avancer sans relâche. Elle me parlait de la graine enfouie, laissée inerte, qui n’avait pas renoncé et attendait patiemment son heure. Elle me racontait l’émergence dans nos vies de la renaissance et du neuf qui ne peut surgir qu’au prix d’une transformation, lente souvent, douloureuse parfois, prometteuse toujours.
Elisabeth Marshall
Source : La Vie