Un jour avec mon père (My Fathers’Shadow) d’Akinola Davies Jr.

Publié le 19 mars 2026 par Africultures @africultures

En sortie France le 25 mars 2026, My Fathers’Shadow du Nigérian basé à Londres Akinola Davis Jr., connu pour ses courts métrages, avait obtenu une mention spéciale de la Caméra d'or qui récompense les premiers longs métrages au festival de Cannes 2025 où il avait marqué la section officielle Un certain regard. Un film d’atmosphère, d’une grande beauté plastique et sonore. Critique.

Un film nigérian en sélection officielle à Cannes, c'était un événement. D'autant plus important que le film est assez fascinant et d'une grande beauté. Il est donc heureux de pouvoir le voir en salles. Coécrit et coproduit avec son frère, ce premier film d’Akinola Davies Jr. est d’inspiration autobiographique. Le récit débute et se termine par une adresse du réalisateur à son père : « Cher père, je te verrai dans mes rêves ». Le film est effectivement traité du point de vue de l’enfant qu’était le réalisateur lorsqu’il a perdu son père, et filmé à sa hauteur. Cela entraîne un récit fragmenté en images impressives où des détails comme les insectes et animaux sont aussi importants que les visages et les gestes. C’est justement l’originalité de cette poésie onirique qui ouvre à l'émotion, d’autant qu’Akinola Davis Jr., qui est aussi DJ et animateur de radio, impulse un rythme musical à tout le film.

Folarin ne voit jamais ses fils, deux pré-adolescents, car il travaille loin à Lagos pour nourrir la famille. En l’absence de la mère, il emmène Olaremi et Akinola dans la grande ville où il doit récupérer un paiement. C’est l’occasion d’une sortie mais ce n’est pas exactement le bon moment puisque la grande Histoire rattrape cette petite histoire familiale : l'annulation par les militaires des élections de 1993 qui avaient laissé espérer la démocratie instaure une ambiance de guerre civile. Des images d’archives rendent compte de l’importance de l’événement autant que des plans sur le positionnement des militaires. Ce sera donc à la fois la joie de l’expédition et l’épreuve de l’inquiétude, l'annonce du coup d’Etat provoquant des émeutes.

L’intime et le politique s’entremêlent sans didactisme aucun : tout est dans le regard étonné des enfants et la présence d’un père à la fois tendre et grave, dans sa conscience du drame qui se joue et menace le trio. L’excellent acteur britannique Ṣọpẹ Dìrísù est à cet égard remarquable mais c’est dans le traitement de la mémoire que se joue la pertinence du film. Lagos est vue comme un espace vivant, immense, à la fois menaçant et fascinant. Elle est comme une troublante caisse de résonance à ce que ressent Akinola. Quant au souvenir du père, il est profondément mélancolique, à la faveur d’un piano aérien. Les couleurs sont atténuées, sans atteindre à la richesse des textures, la lumière est douce sans chercher des effets de style. Le tout est légèrement spectral, comme les plans sur la forêt au départ dont on s’attend à voir surgir quelque chose. Les impressions, les gestes et les silences parlent davantage que la trame du récit, si bien que le film est une véritable expérience sensorielle, renforcée par la bande originale de Duval Timothy et CJ Mirra qui évite l’afrobeat attendu pour se rapprocher du post-rock. Ce beau filme respire ainsi dans une sourde étrangeté. Sans doute celle que développe sans le dire la mémoire.

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