L’été du mauvais œil (Il fiore delle illusioni)
Auteur : Giuseppe Catozzella
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
Éditions : Buchet Chastel (12 mars 2026)
ISBN : 978-2283041369
290 pages
Quatrième de couverture
Francesco grandit dans la banlieue de Milan, fils d’immigrés du Sud et habité par le rêve de devenir écrivain. Dix mois par an, il se sent en marge d’un pays en marge, jusqu’à ce que l’été le ramène en Basilicate, chez ses grands-parents et son cousin Luciano, attaché à la terre et hostile à toute idée d’exil. Là, Francesco découvre la liberté, la sensualité et la vérité des origines. Mais au Nord l’attendent la violence, un double meurtre de mafia, l’amour, et un professeur-poète qui change son regard sur le monde. Entre ces deux univers, il devra apprendre à concilier le rêve et la fidélité, l’enracinement et le départ.
Mon avis
Ce livre débute en Italie, dans les années 80. Les parents de Francesco ont quitté le Sud car le père a trouvé un travail à Milan. Il monte en grade mais malgré sa réussite, pour les voisins, il est toujours le paysan, celui dont on se méfie, qu’on jalouse pour son ascension rapide ou dont on se moque. Le fils, Francesco, va en classe mais il subit le même sort que son papa. Alors, il est heureux lorsque l’été arrive et que la destination des vacances le ramène à Monte Aspro, chez ses grands-parents et tout le reste de la famille.
Là-bas, la vie lui semble plus authentique, plus « vraie », plus simple. Il retrouve Luciano, un cousin un peu plus âgé qui travaille à la ferme. Ils aiment se promener ensemble, arpenter les forêts. Tous les deux, ils « respirent l’espace ». Luciano est attaché à ce lopin de terre, c’est sa vie et il n’envisage rien d’autre. Quand il est dans ce milieu rustique, Francesco n’est pas sur le qui-vive, il est en phase, épanoui et libre.
« C’était une union avec la terre : lui et moi unis à la terre, qui était la seule vérité. Soudain je retrouvai la joie de respirer à pleins poumons, de me voir en marche vers un but. »
Lorsque la rentrée approche, il repart pour le Nord où le quotidien est totalement différent. Il y côtoie la violence, le rejet. Un de ses professeurs découvre son goût pour les lettres, la poésie. C’est l’occasion pour lui de s’ouvrir au monde de l’écriture. Mais pourquoi cela semble-t-il affoler son paternel ? Ce dernier aurait-il renoncer à certains rêves ?
Ce récit, empli de délicatesse, de nostalgie, nous plonge dans l’intimité des pensées et des ressentis de Francesco puisque c’est lui qui raconte. On le sent tiraillé entre ses racines rurales et ce que peut lui offrir la grande ville. À Milan, l’argent est plus facile, tout est à portée de main mais les relations un peu plus superficielles et mal équilibrées. À Monte Aspro, les liens familiaux sont forts, liés au passé commun fait de traditions (une personne porte le mauvais œil, une autre soigne avec des herbes et des incantations…) qui sont parfois lourdes à porter….Il se sent bien loin de la cité milanaise car il dit qu’il n’est alors en guerre avec personne. Comme si, en ville, il devait, sans cesse, prouver sa légitimité.
À travers l’histoire de ces deux garçons, nous suivons l’évolution d’un pays, de ses habitants qui n’avancent pas au même rythme en fonction de l’endroit où se situe leur domicile. Les atmosphères sont particulièrement bien décrites (merci à la traductrice). Elles font appel à tous nos sens pour présenter les lieux où se déroule chaque situation évoquée. De nombreux thèmes sont abordés. Est-ce qu’il est difficile de dialoguer lorsque vos journées sont diamétralement opposées ? Les liens d’amour et d’amitié peuvent-ils traverser le temps et l’espace ? Qu’en est-il de l’avenir de chacun ? Que choisit-on, que subit-on ? Que reste-t-il de nos illusions, de nos rêves ? Jusqu’où est-on maître de son destin ? La règle n’est-elle pas de toujours croire en soi, en la vie, en ce qu’elle peut offrir de meilleur ? De s’accrocher et de continuer à avancer malgré les obstacles et les coups durs ?
Pudique et profond, ce roman m’a beaucoup plu. Je l’ai trouvé intéressant, émouvant et porteur de sens.