Ce « Whodunit » particulièrement intelligent et drôle commence par une scène aussi intrigante qu’improbable, où Diana Cowper, sexagénaire londonienne, se rend le matin même dans une entreprise de pompes funèbres pour organiser ses propres obsèques. Quelques heures plus tard, elle est retrouvée assassinée chez elle. Coïncidence sinistre ou prémonition ?
Pour résoudre ce mystère, la police fait appel à Daniel Hawthorne, ancien flic au flair redoutable, mais aux manières détestables. Ce dernier fait à son tour appel à Anthony Horowitz… oui, l’auteur de ce roman… et lui demande de suivre l’enquête afin d’en faire le sujet d’un livre. L’écrivain, débordé mais intrigué, finit par accepter. Le duo improbable se lance alors sur les traces d’une affaire où mensonges, fausses pistes et secrets familiaux se télescopent.
En se mettant en scène comme écrivain, personnage, narrateur, parfois benêt, parfois perspicace, souvent dépassé, Horowitz pousse la mise en abyme jusqu’à un niveau jubilatoire. Le lecteur devient complice de ce jeu de dupes où l’auteur partage ses doutes, ses frustrations… et même ses rencontres avec Spielberg et Peter Jackson. Du coup, l’effet miroir fonctionne à merveille : d’un côté le lecteur lit un roman qui raconte comment s’écrit ce même roman et de l’autre, l’auteur en profite pour nous adresser sans cesse un clin d’œil, parfois ironique, parfois moqueur, comme s’il commentait en direct nos propres réactions.
L’un des points forts du roman est indéniablement son humour british, distillé avec élégance et grand brio, permettant au roman de rester léger malgré des morts violentes. En distillant des piques ironiques, des réflexions sur la vie littéraire et des portraits savoureux de personnages secondaires croqués à la loupe, Anthony Horowitz démontre à quel point il excelle dans l’humour discret. Un humour qui donne du relief au récit et installe cette charmante distance propre aux polars anglais où l’on sourit souvent… même au bord du crime. Et comme Hawthorne incarne, lui, une sorte de Sherlock Holmes moderne, odieux, froid, hyper‑observateur… un genre de génie qu’on adore détester, le contraste avec Horowitz, plus sensible et plus bavard, saute aux yeux et permet de créer un duo savoureux qui rappelle les tandems iconiques du genre.
Difficile, en refermant « M comme meurtre ? », de ne pas penser au récent « Roman policier » de Philibert Humm, autre exercice réjouissant de « Whodunit » où l’auteur s’invite malicieusement dans sa propre narration. Les deux romans partagent un même plaisir du jeu littéraire, cette façon d’entraîner le lecteur dans les coulisses du récit en l’interpellant, en le narguant parfois, comme pour vérifier s’il suit vraiment. Ce qui, chez Humm, prenait la forme d’un humour plus burlesque, volontiers déjanté, devient chez Horowitz un raffinement plus maîtrisé, un humour british, discret mais incisif, qui pique là où il faut et fait sourire au détour d’une déduction ratée ou d’un détail absurde. Là où Humm installait un joyeux désordre dans l’enquête, Horowitz adopte une malice plus subtile en construisant un puzzle élégant, précis, presque classique dans sa forme, mais sans jamais renoncer à sa complicité avec le lecteur. Finalement, les deux œuvres se font écho par leur volonté commune de réinventer le roman policier en y injectant une dose d’autodérision, de décalage et de conscience narrative… même si « M comme meurtre ? » s’avère finalement bien plus abouti.
« M comme meurtre ? » s’avère donc bien plus qu’un simple polar, c’est un jeu littéraire brillant, un hommage au roman à énigme et une invitation à partager les coulisses d’un écrivain qui brouille avec malice toutes les frontières. Entre humour british, mystère savamment construit et interaction permanente avec le lecteur, Horowitz signe un roman aussi intelligent que réjouissant, qui ravira les amateurs de « Whodunit », de comédies policières fines et de puzzles narratifs.
Entre fiction et réalité, « M comme meurtre ? » s’avère finalement un polar qui vous regarde lire… un jeu de miroirs qui vous tient en haleine tout en reflétant votre sourire !
M comme meurtre ?, Anthony Horowitz, Sonatine, 352 p., 23,00 €
Elles/ils en parlent également : Kitty, Sharon, CultureVSNews