Avoir de l'intuition est une chose ; l'utiliser efficacement en est une autre. Alors, comment bien utiliser cette ressource ? Les spécialistes affirment que tout part d’une grande « base de données » — ce que l'on pourrait également qualifier de forme « d’apport » ou d'« input ». En réalité, l'intuition est aussi bonne que la qualité des données sur lesquelles elle repose.
Les champions d'échecs possèdent une intuition « parfaite » du jeu, car ils ont mémorisé des milliers de configurations possibles. À l'inverse, un novice ne dispose que d'une intuition « limitée » ou « erronée », sa base de données étant encore vierge. Nous devons aller au-delà de la simple expérience de l'instant présent pour, au contraire, tirer des enseignements de chaque moment vécu. Ne nous contentons pas d'agir ; analysons.
Notre cerveau a la capacité de s'approprier les expériences d'autrui pour les intégrer à sa propre bibliothèque intuitive. De plus, avant de prendre une décision, projetez-nous six mois plus tard et imaginons que le projet a échoué. Interrogez alors votre instinct : « Qu'est-ce qui a mal tourné ? » Cet exercice contraint notre intuition à traquer les signaux d'alarme subtils que nous aurions tendance à ignorer.
L'étape suivante consiste à travailler sur le « récepteur » afin d'en accroître la sensibilité. Les scientifiques désignent par le terme d'« intéroception » cette capacité — ou, plutôt, ce talent — à percevoir ses propres signaux internes. Les personnes dotées d'une conscience intéroceptive aiguë — c'est-à-dire capables de ressentir avec précision les battements de leur cœur ou cette sensation de « papillons dans le ventre » — prennent toujours de meilleures décisions intuitives.
Il est possible de développer cette aptitude en pratiquant des exercices de « balayage corporel » (body scan) : il s'agit de s'accorder une pause d'introspection de deux minutes lors de moments exempts de stress. Quelles sensations éprouvons-nous au niveau de la poitrine ? de l'estomac ? de la mâchoire ? Il existe également l'exercice de la « décision éclair » : confronté à un choix anodin (comme le choix d'un restaurant), on s'accorde très exactement trois secondes pour trancher. On observe alors la sensation physique suscitée par ce choix « instantané ».
Cette sensation est-elle « lourde » ou « légère » ? Avec le temps, nous apprendrons ainsi à reconnaître la « signature » physique d'une bonne intuition. Il nous reste à calibrer la « boucle de rétroaction » ; or, au sein de celle-ci, le pire ennemi de l'intuition est le biais de rétrospection — ce sentiment de s'être « toujours douté de la chose » qui s'avère souvent être un mensonge.
Pour progresser, nous devons nous mettre à l'épreuve en tenant un « journal de l'intuition » : nous y consignons nos pressentiments dès qu'ils surviennent, en y incluant les sensations physiques ressenties. Par exemple : « J'ai rencontré le nouveau prestataire aujourd'hui. J'avais l'estomac noué, bien que son CV soit irréprochable. Je vais l'engager, mais je surveillerai le budget de très près. »
Par la suite, il nous faudra évaluer les résultats en relisant ce journal tous les trois mois. Notre instinct avait-il vu juste, ou ne s'agissait-il que d'anxiété ? Ce processus permet à notre cerveau de s'« affiner », afin de distinguer la véritable intuition du simple bruit émotionnel. Demain, nous verrons comment assurer le suivi de nos diverses intuitions et comment les mesurer…