Un recueil découvert récemment dans ma librairie habituelle. Le nom de Maya Angelou (1928-2014) m’était connu mais je n’avais encore lu aucun de ses livres. Elle est une figure importante de la culture afro-américaine, célébrée, entre autres, par Toni Morrison ou Barack Obama.
Ces poèmes abordent toutes sortes de thèmes : des instants précis de la vie urbaine contemporaine, des malentendus amoureux ou des querelles de couple, des difficultés financières, le souvenir des origines liées à l’esclavage,… Tous ces thèmes sont reliés par une tonalité à la fois douloureuse et tonique ! Ce sont des poèmes pleins de vigueur, dans leur vérité franche.
Un poème m’a particulièrement plu : Le restau diététique, où Maya Angelou proclame sa passion pour le steak et les cigarettes (plutôt que pour les légumes ou l’air pur) – un texte qui ne plaira pas à tout le monde… mais qui m’a bien amusée !
Cette lecture s’inscrit dans le cadre du défi « Un classique par mois » organisé par Etienne Ruhaud du blog Page Paysage, où il s’agit de lire chaque mois un auteur classique que l’on n’a encore jamais lu.
Note pratique sur le livre
Editeur : Seghers.
Date de parution initiale : 1983 – de cette traduction chez Seghers : 2025
Traduit de l’anglais (États-Unis) et postfacé par Santiago Artozqui
Nombre de pages : 88
Présentation de l’éditeur
Lorsqu’elle fait paraître, en 1983, ce quatrième recueil, originalement intitulé Shaker, Why Don’t You Sing?, Maya Angelou a signé des nouvelles, des pièces, des chansons, des scénarios, des documentaires… Elle a déjà publié les quatre premiers volets de son autobiographie.
Pourtant, ce recueil ne joue pas les accords d’une success-story. En 1981, Maya Angelou et son mari, Paul du Feu, ont divorcé. Elle est retournée vivre seule dans le sud des États-Unis, où elle a accepté la chaire d’études américaines à l’université Wake Forest, en Caroline du Nord. Elle a ainsi renoué avec les fantômes d’un passé esclavagiste, ségrégationniste, et observe la cruauté à laquelle les siens demeurent confrontés.
» À cinquante-cinq ans, Maya Angelou doute, alors elle se tourne vers le blues. L’amour déçu ou l’espoir de jours meilleurs sont des thèmes récurrents dans l’univers du blues. Elle sait qu’à travers cette contre-culture elle pourra transcender son histoire personnelle et en faire une expérience dans laquelle ses lecteurs se reconnaîtront. «
Extrait de la postface
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(Page 31)
Conception impeccable
J’ai rencontré une poétesse
qui puisait son inspiration
dans les oiseaux bigarrés et les mots murmurés,
un amant pris d’hésitation.
Une feuille en tombant pouvait la bouleverser.
Une rose fanée, mourante,
la poussait à écrire, de jour comme de nuit,
une prose très gratifiante.
Elle trouvait un sens caché
à tout pantalon alentour,
puis courait se cloîtrer chez elle
pour écrire des histoires d’amour.
*
(Page 65)
Affaires de famille
Tu déverses, depuis les arches
Des fenêtres
Surplombant les pierres taillées de tes
Cathédrales, des mers de cheveux blonds.
Tandis que moi, traînée par des tresses poussiéreuses,
J’ai laissé des sillons sur le
Sable des plages africaines.
Des princes et des roturiers
Ont grimpé sur des vagues pour atteindre
Tes boudoirs voûtés,
Tandis que le soleil, capricieusement,
Tirait un feu argenté des chaînes
Qui attendaient et m’étaient destinées.
Mes cris n’ont jamais atteint
La tour singulière où tu
Reposais, enfantant des maîtres pour
Mes fils, et pour mes
Filles, un essaim de
Harceleurs malsains voués à consumer
leur histoire.
Désormais lasse de vivre sur un piédestal
Par peur de voler
Et du vertige, tu descends
Et marches d’un pas léger sur
Mes siècles d’horreur
et tu prends ma main,
en souriant, tu m’appelles
Sœur.
Sœur, accepte
Qu’il me faille encore un
Moment. Permets qu’un âge
De poussière emplisse
Les ornières restées sur ma
Plage en Afrique.
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