Du 4 avril au 24 août 2025 s’était tenue l’exposition Matisse et Marguerite au musée d’art moderne de la ville de Paris, parallèlement à l’expo Gabriele Münter, dont j’avais parlé en novembre dernier.
Je l’ai visitée deux ou trois jours avant sa fermeture, sans qu’il y ait trop de monde, en cette période estivale assez déserte.
Marguerite Matisse (1894-1982) était la fille d’Henri Matisse (1869-1954), née d’une première union du peintre, qui eut deux autres enfants, des fils, d’un second mariage. Matisse fit de très nombreux portraits de Marguerite, durant toute sa vie, mais plus particulièrement dans sa jeunesse. La fillette ayant subi une trachéotomie en 1900, à l’âge de six ans, conséquence d’une diphtérie, elle portrait un ruban noir autour du cou pour cacher sa cicatrice et c’est à ce détail bien reconnaissable qu’on identifie aisément ses portraits jusqu’en 1920, date d’une opération qui la délivra de ce problème.
L’idée de départ de l’exposition m’a semblé extrêmement originale et fructueuse. Il s’agissait en effet de mettre en lumière les différents visages de Marguerite à travers les évolutions stylistiques de son père et, ce faisant, révéler cette relation père-fille si touchante et, en même temps, les multiples facettes de l’art de Matisse au cours du temps.
Bien que Matisse ne soit pas, en général, mon peintre préféré, cet aspect affectif et émotionnel des œuvres m’a énormément plu, surtout pour la période de l’enfance de Marguerite.
J’étais étonnée, aussi, de la grande diversité de styles présentés : jusqu’à cette exposition j’avais une vision du style de Matisse assez univoque et homogène, je me suis rendu compte de mon erreur !
Une des salles, vers le milieu de l’exposition, titrée « Marguerite au travail » présentait quelques toiles peintes par la jeune femme elle-même, dans les années 1915-30, époque où elle exposa plusieurs fois dans des galeries et reçut des critiques élogieuses. Mais elle délaissa finalement la peinture pour se lancer dans la mode.
La dernière salle exposait, à côté des portraits au crayon ou au fusain, dessinés par Henri Matisse, les documents d’archives témoignant du passé de résistante de Marguerite, pendant la deuxième guerre mondiale, et la fille du peintre prenait là une dimension non seulement attachante mais admirable.
Une exposition très bien conçue, réussie, belle, intéressante, émouvante – donc réunissant toutes les qualités qu’on peut souhaiter !
Présentation de l’exposition par le musée
De tous les visages peints par Henri Matisse, il en est un qui se distingue par une émotion particulière : celui de sa fille, Marguerite. L’artiste fit d’elle plus d’une centaine de portraits, depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Marguerite Matisse fut son modèle le plus fidèle, le seul à avoir habité son œuvre au cours de plusieurs décennies.
Le peintre trouva en sa fille un modèle empathique et intrépide, prêt à l’accompagner dans ses expérimentations les plus audacieuses. Davantage que toute autre, elle permit au peintre de lâcher prise et de s’aventurer en territoires inconnus. «Ce tableau veut m’emmener ailleurs», lui dit-il un jour alors qu’elle posait pour lui, «t’y sens-tu prête ?». De cette profonde complicité naîtront des toiles parmi les plus belles et les plus radicales de Matisse, mais aussi de nombreux dessins dont certains sont exposés pour la première fois en France.
Réunis, ces portraits témoignent de la force du lien qui unissait le père et sa fille. Matisse s’y devine en parent attentionné et délicat, empli d’affection pour son enfant à la santé fragile, puis d’admiration pour celle qui, à cinquante ans, s’engagea dans la Résistance au péril de sa vie. Ils permettent d’évoquer le destin méconnu de cette figure essentielle de l’entourage du peintre, et de découvrir, sous l’angle le plus personnel et intime, l’œuvre de l’un des plus grands artistes du XXe siècle.
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