Au début des années quatre-vingt, un jour de la fin du mois de juin, une fille très pauvre et encore très jeune et sauvage fut convoquée dans une ville de Suisse alémanique pour un entretien d'embauche.
Cette jeune fille, indépendante, s'appelle Teresa. Elle a dix-huit ans. Elle vient d'une région italienne frontalière avec la Suisse. Par l'entremise d'un architecte qui emploie son père comme maçon, elle est reçue par une famille de Zurich à la recherche d'une fille au pair.
La famille est composée de Maria, archéologue, de Bruno, médecin, et de deux enfants en bas âge, Giovanni et Pietro. Ils habitent L'appartement de marbre, auquel on accède par un ascenseur, dont un étroit escalier suit le pourtour. Le cabinet de Bruno est au même étage.
Si Teresa est embauchée, elle occupera la chambre d'Esther, la première enfant de Maria, laquelle est partie pour l'Allemagne, où elle suit des études, et ne revient pas souvent. Les garçons ne veulent pas la laisser repartir. Un mois et demi plus tard, elle revient à Zurich:
Ce qui frappa le plus Teresa durant ces premiers jours dans la famille Marchesini, ce n'était pas tant le comportement des personnes en elles-mêmes que ce mélange de luxe, d'élégance et de négligence dont elle comprit par la suite qu'il était très répandu parmi les collègues et les amis des parents.
À ce moment-là Teresa aurait dû croiser Esther, mais elle est repartie. Elle n'est pas chez les voisins de l'étage en-dessous, Christof et Gertrud Meili, sans enfants, qui se font toujours un plaisir d'accueillir ceux de Maria, lesquels aiment aller chez eux, peut-être trop.
Maria et Bruno Marchesini sont très occupés. Teresa a beaucoup à faire. Ainsi aide-t-elle en cuisine à la Krippe italienne où Giovanni et Pietro sont scolarisés. Le soir elle leur donne le bain, leur fait à dîner, parfois les met au lit. Elle a du mal à suivre ses cours d'allemand.
Esther a le même âge que Teresa. Maria lui parle d'elle pour qu'elle ne soit pas surprise quand elle la rencontrera. Car elle n'a pas eu la chance de grandir comme Giovanni et Pietro avec un papa et une maman. Le lecteur en apprendra plus en lisant les carnets de Maria...
Car le récit se compose d'extraits des carnets de Maria (remplis sur une longue période, de 1976 à 2015, dans lesquels elle s'adresse à son premier homme puis au second), de chapitres purement narratifs, et, plus tard, de témoignages de Giovanni, de Pietro et de Teresa.
Le trouble qu'éprouve le lecteur tout au long du récit ne sera pas complètement dissipé quand quelques coins du voile qui recouvre les relations entre les différents protagonistes seront levés. Esther, devenue proche de Teresa, apparaissant comme la clé de cette histoire...
Francis Richard
L'appartement de marbre, Anna Ruchat, 208 pages, Zoé (traduit de l'italien par Véronique Volpato)