Pour l'instant, j'attendais Lara et elle apparut, se détacha d'un des groupes, et se dirigea précipitamment vers moi, peut-être était-elle un peu gênée, elle devait sûrement se rendre compte de tout le mal que se donnaient les autres filles pour faire semblant de ne rien voir et de ne rien savoir, pour afficher une insouciance d'autant plus exagérée qu'elles se rapprochaient du portail. Lara avait l'air un peu embarrassé, mais il y avait autre chose dans son attitude, dans cette manière qu'elle avait de prendre congé du groupe des autres filles et d'accourir, toute seule, à ma rencontre: une curieuse retenue, une pudeur féminine. C'était je pense le prix de l'amour, ce fardeau, cette chose sérieuse, une sorte de résignation qui n'excluait pas le risque d'être blessé, outragé, de souffrir. Elle me devançait de loin à cet égard, elle s'était, elle, entièrement donnée tandis que moi, je me retenais comme s'il s'agissait de me garder pour quelque chose de plus grand, de plus beau, de me préserver pour plus tard.
Paul Nizon, l'année de l'amour.
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