CHIMIOTHÉRAPIE : Elle configure le microbiote de manière à freiner les métastases

Publié le 04 avril 2026 par Santelog @santelog

La chimiothérapie fait bien plus que cibler la tumeur et détruire les cellules cancéreuses, elle modifie la flore intestinale de manière à freiner les métastases, conclut cette équipe de cancérologues et pharmacologues de l’Université de Lausanne. Un remodelage du microbiote quasi systémique, documenté dans la revue Nature Communications, qui va jusqu’à permettre la reprogrammation la production de cellules immunitaires. 

Ce processus passe notamment par la muiqueuse intestinale : la chimiothérapie endommage fréquemment la muqueuse intestinale, un effet secondaire bien connu. Mais cette lésion ne se limite pas à l’intestin. Elle modifie la disponibilité des nutriments pour les bactéries intestinales, forçant le microbiote à s’adapter. En particulier, la production d’acide indole-3-propionique (IPA), un métabolite microbien dérivé du tryptophane est accrue.

Un axe métastatique intestin-moelle osseuse-foie jusqu’alors sous-estimé

Au lieu d’agir localement, l’IPA fonctionne comme un messager systémique. Il migre de l’intestin vers la moelle osseuse, où

  •  il reprogramme la production de cellules immunitaires ;
  • l’élévation des taux d’IPA reprogramme la myélopoïèse, réduisant la production de monocytes immunosuppresseurs qui favorisent l’échappement immunitaire et la croissance métastatique.

L’un des auteurs principaux, Ludivine Bersier, commente ces observations : « Nous avons été surpris de constater comment un effet secondaire souvent considéré comme un dommage collatéral de la chimiothérapie peut déclencher une réponse systémique aussi structurée. En remodelant le microbiote intestinal, la chimiothérapie déclenche une cascade d’événements qui reprogramme l’immunité et rend l’organisme moins vulnérable aux métastases »:

  • cette reconfiguration immunitaire renforce l’activité des lymphocytes T et remodèle les interactions immunitaires au sein des niches métastatiques, notamment dans le foie, induisant

un état réfractaire aux métastases ;

  • cette observation réalisée d’abord sur des modèles précliniques est retrouvée également chez les patients ;
  • enfin, leur pertinence clinique est étayée par des données cliniques obtenues chez des patients atteints d’un cancer colorectal : chez ces patients, l’augmentation des taux d’IPA circulants après chimiothérapie est associée à une diminution du nombre de monocytes, caractéristique d’une meilleure survie.

En conclusion, ces travaux démontrent que les effets de la chimiothérapie s’étendent bien au-delà de la tumeur elle-même. En mettant en évidence un axe fonctionnel reliant l’intestin, la moelle osseuse et les sites métastatiques, nous soulignons des mécanismes systémiques qui pourraient être exploités pour limiter durablement la progression métastatique.

En d’autres termes, la chimiothérapie peut induire une forme de « mémoire » biologique,

via des métabolites dérivés du microbiote intestinal, qui inhibent durablement la croissance métastatique.

Source: Nature Communications 22 Jan, 2026 DOI : 10.1038/s41467-025-67169-7 Chemotherapy-driven intestinal dysbiosis and indole-3-propionic acid rewire myelopoiesis to promote a metastasis-refractory state

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