Il vous reste encore deux mercredis à 20 h 50 au théâtre Essaion pour vivre le phénomène et après il faudra prendre le train pour le festival d’Avignon où ils seront tous les jours à l’Arrache-coeur à 18 h 30.
Ce spectacle, éligible aux Trophées de la Comédie musicale dans 6 catégories dont mise en scène, livret, scénographie et collectif, mérite amplement de figurer parmi les nominés.
Je ne connaissais pas ce style musical né dans les échoppes de barbier de Chicago au début du XX° siècle où les clients, essentiellement des hommes, en attendant de se faire tailler la barbe ou les cheveux, entonnaient des chansons a capella, avec des harmonisations très sophistiquées. Ce style très particulier d'harmonie à quatre voix fut baptisé Barbershop. J'ignorais que Marie-Cécile Robin-Heraud, soprano, et Xavier Vilsek, basse et bruiteur hors pair avaient créé le Barber Shop Quartet, renouvelant le genre avec autant de malice que de virtuosité et en français s'il-vous-plait.
On est dans le registre de l’humour, du loufoque mais avec une telle maitrise du chant, de l’accompagnement et des bruitages que l’ensemble est une réussite totale. Le public est littéralement "enchanté", heureux de reconnaître de grands classiques comme le Boléro de Ravel qui dans le passé avait déjà été repris par Pierre Dac et Francis Blanche dans leur Parti d'en rire, tout comme leur inévitable Honneur aux Barbus, le petit bal perdu de Bourvil, mais aussi Sex Bomb de Tom Jones (pastiché en Ex-bomb), Mexico de Luis Mariano, une fabulette d’Anne Sylvestre, une évocation de Mozart, Fais comme l’oiseau de Michel Fugain, We Are the World de USA for Africa, le dîner de Bénabar, Hier encore de Charles Aznavour, sans oublier Zou bisou bisou, écrite par Bill Shepherd et Alan Tew pour la musique et les paroles en anglais, et Michel Rivgauche pour les paroles de la version en français en 1960 qui vous trottera longtemps dans la tête.
Il y a aussi de jolies images. On a tous remarqué comment une chanteuse d'opéra s'époumone en laissant les consonnes au vestiaire, et Marie-Cécile Robin-Heraud en fait habilement la démonstration.
Sophie Forte a fait un travail très malin car elle donne du peps au Barber Shop Quartet en rafraîchissant leur coupe de cheveux par une mise en scène calibrée pile poil en puisant dans la malle aux souvenirs. Avec Marie-Cécile Robin-Heraud délicieusement ronchon, Xavier Vilsek champion en bruitages de tous poils, Clémence Paquier fausse ingénue, Damien Dufour bon camarade (en alternance avec Guillaume Nocture).
On espère que la troupe nous aura pardonné les applaudissements fracassants avec lesquels nous avons interrompu par trois fois une chansons en cours.