Le spectacle commence à Londres en 1830 avec le rappel de l'évènement ayant amené la municipalité à concevoir le premier réseau de tout-à-l'égout au monde pour endiguer la propagation d'une nouvelle maladie, le choléra, laquelle avait fait 30 000 morts en trente ans.
Faudra-t-il voir dans ce prologue un message d'espoir signifiant qu'à tout malheur quelque chose est bon ?
Le spectacle pose de nombreuses questions sans donner de réponse. Paul-Eloi Forget et Samuel Valensi revendiquent un théâtre politique mais pas politisé, ce qui fait une énorme différence.Mais voici Emile qui, après un long temps passé à l’attendre derrière les barreaux, a obtenu sa peine aménagée. Dès demain, il passera ses journées à "faire le ménage" l’usine et ses nuits en centre de détention, de quoi rêver d’une sortie rapide pour bonne conduite. Il suffit que le patron signe son contrat d'engagement. Sauf que l’usine où il s’apprête à travailler délocalise.Par chance, … pour nous car sinon il n'y aurait pas eu de spectacle, une série de quiproquos vont s'enclencher. Le pauvre Émile va pour se tirer du mauvais pas, devenir le meilleur des syndicalistes, prétendre sauver l’usine, ses collègues et, peut-être, au passage, le pays tout entier.Made in France est un spectacle qui raconte le combat d’hommes et de femmes prêts à tout pour sauver l’industrie française... enfin... à tout, sauf à faire quelque chose. N'oublions pas que nous sommes dans le registre de la comédie même si les références à des situations dramatiques sont évidentes, à commencer par des fictions théâtrales (Les Frères Lehman et 7 minutes de Stefano Massini, 1336 de Philippe Durand ou encore La Formule du Bonheur de Rainer Sievert), cinématographiques (Ressources Humaines de Laurent Cantet, Un Autre Monde de Stéphane Brizé), sérielles (Baron Noir, House of Cards, Borgen ou encore Parlement) et littéraires (tout particulièrement l’œuvre de John Steinbeck, en toute évidence puisque les deux co-auteurs se sont rencontrés à la création de Des Souris et des Hommes).Pour ce qui est du ton, ils reconnaissent des inspirations dans le cinéma déjanté des frères Coen, les traitements punk et grinçants d’Albert Dupontel ou de Ruben Östlund, la grande comédie des petits riens si chère à Jacques Tati ... et on pensera aussi à un film qui vient d'être porté à l'écran, le thriller social de La Guerre des prix d'Anthony Déchaux même s'il est trop récent pour les avoir influencés.Mais la réalité est si noire que chacun aura en tête ses propres sources, depuis Alstom, Arcelor-Mittal … ou sa propre entreprise. La note d'intention des créateurs est un modèle de discours parallèle et j'imagine très bien quel pourrait être elle ton de leur discours en cas d'obtention du Molière du Meilleur spectacle théâtre privé, de la Meilleure mise en scène et/ou du Meilleur auteur, voire des trois.Ainsi ils précisent que comédiennes et comédiens incarnent chacun plusieurs personnages afin d’en limiter le nombre. Ils ont reçu pour consigne de jouer ce qui est absurde avec sérieux et ce qui est sérieux avec absurdité. Notre monde étant souvent kafkaïen c'était bien la moindre des choses. Le texte est de ce fait hyper dialectique tout en reprenant des formules connues comme trahir c'est la base en politique.