Après avoir longuement balayé avec l'indolence d'une mouche endormie, le décor sans intérêt de l'établissement, son attention fut attirée par l'arrivée d'un nouveau client. C'était un homme âgé, de petite taille, portant un haut-de-forme défraîchi et un col cassé.
L'établissement est un café d'une petite place de La cité violette1. Le premier personnage est un jeune homme, Yannis Maroukis, le second, Mélétis Malvis, un vieil avocat, très disert.
Le vieil avocat engage la conversation avec le jeune homme. Plutôt que d'une conversation il s'agit en fait d'un monologue au cours duquel l'homme au col cassé fait part de ses opinions.
Ils sortent de l'établissement ensemble. La maison de Malvis est à deux pas, sise dans une ruelle minuscule de Plaka, un quartier d'Athènes proche de l'Acropole. Maroukis habite tout près.
Deux autres personnages font alors apparition dans le récit: Orestis, 22 ans, et Sophia, 19 ans. Ce sont les enfants de Malvis. Le fils méprise le père, la fille, au contraire, s'en occupe.
La mère, Olga, a abandonné ses enfants, il y a quelque dix-sept ans. Ils ont alors été élevés par une vieille tante, une vieille fille qui, devoirs accomplis, rendit son tablier, s'allongea et mourut.
Olga Velméris était la fille du premier client important de Malvis, l'avait séduit. Ils avaient vécu six années ensemble. Enfin, il avait vécu près d'elle, non pas avec elle, belle mais vulgaire.
Après les départs de sa mère, puis de sa vieille tante, Sophia avait hérité de la charge de la maison et recevait, en hiver, le jeudi soir, les invités de son père: une véritable consécration.
Un de ces invités du jeudi, son beau-frère, demande à Malvis de bien vouloir engager comme assistant le fils d'un de ses bons amis, qui vient de rendre l'âme: Yannis Maroukis, 30 ans.
Le monde de La cité violette est tout de même petit. Car, non seulement Malvis connaît Maroukis, mais celui-ci a repéré Sophia qu'il a croisée dans la rue, puis lors d'une Epitaphios2.
Le cabinet, avec les efforts de Maroukis et l'ardeur ressuscitée de Malvis, réussit quelque peu à se relever. Tout semble aller pour le mieux. Mais, la tragédie n'est-elle pas née en Grèce?
Le mot de tragédie est peut-être un peu fort, mais le fait est qu'il y aura dans cette histoire de famille des trahisons, des souffrances, jusqu'au dénouement, qui permettra de les dépasser.
Francis Richard
1 - C'est-à-dire Athènes, La cité couronnée de violettes
2 - Procession du Vendredi Saint.
La cité violette, Angélos Terzakis (1907-1979), 272 pages, Zoé (publié initialement en 1937, traduit du grec par Alain et Nicolas Pallier)