« Ecriture : mémoires d’un métier » de Stephen King

Par Etcetera

Stephen King, l’écrivain bien connu de best-sellers d’horreur, n’est pas exactement le style d’auteur que vous êtes habitués à trouver sur ce blog, je le reconnais ! Et, pour tout vous dire, je n’aurais jamais envisagé de lire ce bouquin s’il ne nous avait été suggéré par un participant de notre Cercle de lecture. C’est d’ailleurs l’un des grands intérêts d’un tel cercle, de nous faire découvrir des auteurs vers lesquels nous ne serions pas allés spontanément. Elargir ses horizons est bien appréciable !
Ici, l’intérêt était renforcé par le sujet même du livre : l’écriture. Connaître les opinions de Stephen King sur la littérature, voir quelles sont les « ficelles du métier » qu’il souhaite nous révéler, connaître son parcours d’écrivain depuis sa prime jeunesse… Tout cela est assez intéressant, a priori !

Note pratique sur le livre

Editeur : Le livre de poche
Année de parution : 2000
Traduit de l’anglais (américain) par William Olivier Desmond
Nombre de pages : 347

Extrait de la Quatrième de Couverture

Quand Stephen King se décide à écrire sur son métier et sur sa vie, un brutal accident de la route met en péril l’un et l’autre. Durant sa convalescence, le romancier découvre les liens toujours plus forts entre l’écriture et la vie. Résultat : Ce livre hors norme et génial, tout à la fois essai sur la création littéraire et récit autobiographique. Mais plus encore révélation de cette alchimie qu’est l’inspiration.

Mon Avis

Ce livre est constitué de quatre parties bien distinctes. La première, d’environ 130 pages, nous raconte le parcours biographique de l’auteur. Les nombreuses mésaventures de son enfance. Ses débuts, très jeune, dans l’écriture, les nombreuses lettres de refus qu’il a reçues de la part de revues et d’éditeurs, sa passion pour le cinéma d’horreur et de science fiction, ses premiers boulots très précaires en tant qu’ouvrier, ses années d’études littéraires à l’Université – pendant lesquelles il a rencontré sa femme Tabby (Tabitha). On comprend dans cette première partie que S.K. a connu un parcours très difficile avant de décrocher le succès : il a dû travailler dur, s’accrocher, et surtout ne pas se décourager grâce au soutien indéfectible de son épouse. Un message très américain, digne d’un candidat à la Maison Blanche, me semble-t-il… Cette première partie m’a paru assez grossière, jusque dans son humour et dans son écriture très orale – on a l’impression que l’écrivain a créé son livre par dictaphone interposé et qu’un employé quelconque a été chargé de le retranscrire.
Les deux parties suivantes, par contre, intitulées « Boîte à outils » et « Ecriture », nous menant jusque vers la page 300, m’ont beaucoup plus captivée, car S.K. révèle avec une certaine perspicacité et une finesse notable ses « secrets d’écriture ». Cela semble parfaitement sincère de sa part, il les révèle avec honnêteté. Par exemple, il nous apprend que, lorsqu’il a fini le premier jet d’un roman, il laisse reposer ce manuscrit environ six semaines avant de le reprendre et de le retravailler – six semaines étant la bonne durée pour revoir d’un œil neuf son travail. Ou alors – autre exemple – il nous apprend que la deuxième version d’un manuscrit doit être, dans l’idéal, dix pourcents plus courte que la première version, de façon à rendre le rythme plus vif, plus agréable pour le lecteur, par la suppression des mots superflus. C’est donc toute une série de conseils très pratiques, et parfois précisément chiffrés, que l’écrivain nous donne. Ces conseils visent à faire gagner les textes en efficacité – davantage qu’en beauté, semble-t-il (bien que les deux ne s’excluent pas, en théorie) – et s’adressent essentiellement aux romanciers.
J’ai été stupéfaite de voir que Stephen King ne cite exclusivement que des écrivains américains, (sauf James Joyce, pour s’en moquer un peu) : pour lui, visiblement, le reste du monde n’existe simplement pas ou ne possède pas de littérature – c’est tout de même une lacune énorme, qu’on a peine à imaginer de ce côté-ci de l’Atlantique ! Il a sans doute lu tous les écrivains américains, des plus importants aux plus secondaires mais… croit-il vraiment que ça suffise ?
La quatrième partie du livre redevient autobiographique : il parle de l’accident de voiture qui l’a frappé en 1999, tandis qu’il écrivait ce livre. C’est là que j’ai abandonné la lecture, devenue pénible. J’ai eu l’impression que les meilleures pages étaient derrière moi et qu’il ne servirait à rien de continuer. Que ça ne m’apporterait rien de plus…
Au final, ce livre m’a intéressée surtout pour son aspect « trucs et astuces » de l’écriture, dans la troisième partie surtout, en tant que guide pratique du métier d’écrivain. Pour le reste, et d’un point de vue littéraire, je n’y ai pas pris de plaisir.
Mais on peut penser qu’un fanatique de littérature américaine, très efficace et percutante, serait ravi.

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Un extrait page 172-173

Il faut beaucoup lire et, ce faisant, sans arrêt réviser et redéfinir votre propre travail. J’ai du mal à croire que les gens qui lisent très peu (voire pas du tout, dans certains cas) puissent prétendre écrire et s’attendre à ce qu’on apprécie leurs textes ; c’est pourtant ce qui arrive. Si j’avais reçu cinq cents pour chaque personne m’ayant confié qu’elle voulait devenir écrivain(e), ajoutant qu’elle n’avait pas le temps de lire, je pourrais me payer une table dans un bon restaurant. N’y allons pas par quatre chemins : si vous n’avez pas le temps de lire, vous n’avez pas celui d’écrire, ni les instruments pour le faire. C’est aussi simple que ça.
La lecture est au centre de l’activité créatrice d’un écrivain. J’emporte un livre avec moi partout où je vais et trouve toutes sortes d’occasion pour me plonger dedans. L’astuce consiste à apprendre à lire à petites gorgées comme à grandes rasades. Les salles d’attente sont faites pour les livres – cela va de soi ! Mais également les halls de théâtre avant le spectacle, les interminables files d’attente aux caisses des magasins et, le lieu préféré de chacun, le petit coin. On peut même lire en conduisant, grâce à la révolution des audio-livres. (…)

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