Elle fut injustement déconsidérée, comme interprète, et ceux qui l'adulèrent en tant que star ne lui rendirent pas service puisqu'ils furent incapables de la soutenir.
Elle a été broyée par le système jusqu'à en mourir très jeune : elle n'avait que 36 ans !Norma Jeane est découverte par un photographe pendant la guerre alors qu'elle travaille à l'usine. Devenir mannequin lui permet d'être indépendante financièrement, de divorcer et d'échapper à sa condition d'ouvrière.
La pin-up incarne les enjeux de son temps. Figure patriotique pendant la guerre, elle symbolise davantage le potentiel domestique dans les années 1950. Elle est jeune, blanche et enjouée, érotisée sans être vulgaire et jamais individualisée. Elle est un idéal féminin caractérisé par une forme de naïveté sexuelle. Le visiteur est soumis à de forts contrastes, entre des photographies éclatantes de simplicité et de vitalité et d'autres d'une sophistication extrême. On retrouvera le même décalage entre la Marilyn en jean et la star en robe de mousseline.
Pourtant les studios exploitent d'emblée la figure de pin-up dans les films de Monroe, mais aussi dans toutes ses apparitions publiques. Les critères de la Mmm Girl -slogan promotionnel des studios- sont simultanément repris par la presse puis par ses premiers biographes.
Le but de ce reportage était de témoigner des talents des jeunes actrices en herbe et de l'intérêt de prendre des cours d'art dramatiques : (de gauche à droite, de haut en bas) Lois Maxwell, Suzanne Dalbert, Enrica Soma, Laurette Luez, Jane Nigh, Dolores Gardner, Marilyn Monroe et Cathy Downs (qui est l'ex-mannequin ayant posé pour Vogue).
La séance aurait eu lieu au Beverly Hills Hotel le 9 mai 1949, tel que l'atteste un tampon de date au dos d'une photographie.
On exhibe un soutien-gorge, une veste en hermine blanche, une paire d’escarpins dorés, une robe vaporeuse … qui tous "auraient pu" être portés par la star. On cherche à déconstruire le mythe mais, en nous les montrant, on épingle encore davantage le statut de star qui, cela étant, est un fait historique.
Ce modèle est un "bullet bra", en coton blanc, datant des années 1950, appartenant à la collection du musée des Arts décoratifs de Paris Achat. Ce sous-vêtement n'a pas été porté par Marilyn mais il est particulièrement emblématique de sa silhouette en sweater ajusté.
Et nous n'avons pas davantage cvu celle-ci (à gauche), conçue par William Travilla, sur la star car la scène de Comment épouser un millionnaire (1953) fut coupée.
Cette lecture illustre très bien le maintien de la femme "borderline" soumise aux hommes dans l'image publique de Monroe. A entendre les commentaires d’invités VIP hier j’avais l’impression que c’était ce qui était recherché par les visiteurs qui veulent entretenir l’image d’une femme désaxée … et donc coupable, méritant sans doute son sort. J’ai plusieurs fois "remis les pendules à l’heure" en soulignant que personne ne méritait une fin aussi tragique et aussi prématurée, rappelant son décès à 36 ans. Ah oui tout de même, répondait le (vieil) homme songeur, effectivement c’est très jeune.
Marilyn pensait ses rôles et les préparait consciencieusement. Son style de jeu a fait l'objet de lectures variées. Sa langueur offerte à tous les regards renvoie à une expression très démonstrative mais dès que son personnage se et en mouvement, c'est avec des gestes précis, assurés et rapides, suggérant une fébrilité ou une capacité de réflexion face aux situations. Et bien qu'accusée alors d'être borderline, ses quatre derniers films (Certains l'aiment chaud, Le Milliardaire, Les Désaxés et Something's Got to Give) font aussi état de la maturité et de la détermination de la comédienne.
Pour certains, l'actrice incarne la femme fatale à la perfection : celle qui fait une chose tout en feignant d'en faire une autre, qui donne l'impression d'une duplicité et d'un monde intérieur plus complexe que l'apparence ne le laisse supposer ; ou une variante moins intrinsèquement maléfique, qui refuse de se soumettre aux contraintes de la société. Pour d'autres, l'image accolée à la star d'une sexualité sans complications pour les hommes perturbe sa crédibilité d'actrice, incarnant la criminelle menaçante du film noir.
Et pourtant, érotisée sans jamais être vulgaire, dès ses premiers films, mais aussi dans toutes ses apparitions publiques, elle cristallisa les contradictions des années 50, à la fois puritaines et obsédées par la sexualité, par sa supposée spontanéité, provenant de son image de pin-up.L'exposition est intéressante aussi pour comprendre la vision (masculine) de la femme américaine de l'époque. On entend Jane Fonda s'exprimer à propos des normes de la beauté dansSois belle et tais-toi (1981), dirigée par Delphine Seyri.
Une chose est sûre : je n’aurais pas voulu vivre à cette époque, et encore moins endosser un tel destin.
Une rétrospective intégrale est programmée (du 8 avril au 12 juillet). Tous les films de Marilyn Monroe seront projetés (32 longs métrages), permettant de mesurer l’évolution de son jeu, des petits rôles aux chefs-d’œuvre de Wilder ou Cukor. de nombreuses animations et évènements sont également prévus, à suivre sur le site de la cinémathèque.