Le fond de l’air est chaud, en ce 15 août 1769 à Ajaccio. Depuis le front de mer, les vagues se font entendre mais les cris d’un nouveau-né couvrent bientôt le ressac. Les pleurs déterminés et opiniâtres du nourrisson proviennent d’’une grande bâtisse d’apparence modeste sur laquelle on peut lire les armes d’une famille de petite noblesse italo-corse. Un deuxième fils vient de voir le jour chez les Bonaparte. La casa Buonaparte Letizia Ramolino, sa mère et Charles Marie son père le prénomment « Napoleone », en mémoire d’un oncle maternel mort à Corte en 1767. Treize enfants viendront agrandir la famille, neuf (Lucien, Élisa, Louis, Pauline, Caroline, et Jérôme) seulement survivront et seront des compagnons de jeux et de bagarres pour Joseph, l’aîné (1768) et Napoléon.
Napoléon est un enfant intrépide et turbulent. Vif et très actif, il se chamaille souvent avec son frère aîné, mais Letizia mène d’une main de fer la « Casa Buonaparte » lors des absences fréquentes de son mari. Elle ne laisse rien passer et réprimande souvent. Très à cheval sur la propreté, elle impose une toilette hebdomadaire rigoureuse à tous ses enfants peu importe le temps qu’il fait.
Dans les écoles d’Ajaccio que Napoléon fréquente avant ses 9 ans, l’enseignement est donné principalement en corse. Il y apprend à lire et à compter et brille en calcul, matière dans laquelle il est très doué.
Charles Marie Bonaparte, avocat au Conseil supérieur de l’île, ne possède pour seule richesse qu’un lopin de vignes et quelques champs. Il a beaucoup de mal à assurer l’éducation de ses enfants et cherche désespérément à obtenir des bourses d’études pour Joseph et Napoléon. Enfin, en 1778, il embarque à destination de la France avec ses deux fils aînés âgés de 9 et 10 ans. Il obtiendra du roi une bourse pour faire entrer Napoléon dans une école miliaire. Joseph, quant à lui, entre au séminaire. Le 15 mai 1779, Napoléon rentre à l’École royale militaire de Brienne-le-Château en Champagne. Il revêt l’uniforme et intègre la classe de septième de cet établissement accueillant les enfants de la petite noblesse de France. Il y restera 5 ans.
On lui enseigne le latin, la littérature classique, l’histoire antique et l’histoire de France. Les conditions de vie et le règlement y sont très durs. Napoléon se sent étranger parmi des élèves qui se moquent de lui. Surnommé « Paille au nez » parce que son accent corse lui fait prononcer son prénom « Napalioné », il passe beaucoup de son temps isolé à étudier et à rêver. C’est un élève très travailleur qui lit énormément et excelle en mathématiques, et en histoire-géographie. Une de ses activités favorites est d’organiser des jeux militaires. A la tête de ces batailles enfantines, il révèle déjà de bonnes aptitudes à commander.
Certains de ses professeurs ont une haute opinion de Napoléon et lui prédisent un avenir prometteur. L’un dira « Corse de nation et de caractère, il ira loin si les circonstances le permettent. » Son professeur de lettres, Louis Domairon, aurait annoncé « C’est du granit chauffé au volcan ».
En 1784, après 5 années d’études studieuses à Brienne, Napoléon, âgé de 15 ans, réussit l’examen de l’École militaire de Paris et y entre comme cadet gentilhomme. Il souhaite devenir très vite officier pour subvenir aux besoins de sa famille car son père, qu’il n’a revu qu’une fois depuis son arrivée en France, est très malade. Napoléon n’est pas très doué au tir au fusil, mais il manie très bien l’épée et devient un excellent escrimeur. Après un an d’entraînement intensif, il est reçu en 1785 comme lieutenant d’artillerie et rejoint un régiment. Napoléon est ambitieux, il va s’investir dans sa carrière militaire et gravir les échelons très vite. Mais sa chère Corse lui manque. Il s’inquiète pour le sort de sa terre natale et y reviendra plusieurs fois pendant ses permissions.
Quelle est l’adresse de Napoléon ?
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