Dans le cadre du Printemps des artistes, je vous présente une mélodie composée vers 1941-42 par le musicien français Henri Dutilleux (1916-2013) sur un poème d’Anna de Noailles (1876-1933) intitulé Regards sur l’infini, extrait de son recueil tardif (1927) L’Honneur de souffrir.
Cette mélodie m’a intéressée pour la rencontre entre un poème de facture assez classique, proche de l’esthétique du 19e siècle, et une musique d’un esprit plutôt moderne, bien caractéristique du 20e siècle, composée seulement 14 ans après la publication du poème.
C’est aussi la rencontre entre les vers d’une écrivaine en fin de vie – il ne lui restait que six ans à vivre quand elle l’a écrit – des vers sur le thème de la mort, avec la musique d’un jeune compositeur de vingt-six ans, à qui il restait de longues années ici-bas – plus d’une cinquantaine.
Par contre, le contexte historique diffère singulièrement : Anna de Noailles, grande mondaine de la haute noblesse, écrivait ces vers pendant les Années Folles, tandis que Henri Dutilleux, musicien déjà reconnu et honoré, membre de la Résistance, écrivait cette musique durant la deuxième guerre mondiale, l’occupation.
Regards sur l’infini
Lorsque la mort succédant à l’ennui
M’accordera sa secourable nuit
Douce au souhait que j’eus de cesser d’être,
Je veux qu’en paix l’on ouvre la fenêtre
Sur ce morceau de ciel où mon regard
A tant prié l’injurieux hasard
De m’épargner dans les joies ou les peines
Dont j’ai connu la suffocante haleine.
… Qu’à mes côtés se reposent mes mains,
Calmes ainsi que les sages étoiles,
Et sur mon front que l’on abaisse un voile,
Pour l’honneur dû aux visages humains…
Anna de Noailles
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