On entend souvent : “Arrêtez de critiquer la Chine, la France fait pareil avec ses primes à l’achat de voitures électriques.” Séduisant comme argument. Faux comme raisonnement.
Toute l’Europe · touteleurope.eu Subventions chinoises : la Commission européenne ouvre une enquête sur des fabricants d’éoliennes La Commission européenne a ouvert une enquête antisubventions sur les fabricants d’éoliennes bénéficiant d’aides d’État chinoises, dans le cadre du nouveau règlement européen sur les subventions étrangères. Touteleurope.eu
Lire l’article
Intox
Les chiffres qui remettent les pendules à l’heure
Commençons par les faits bruts. Entre 2016 et 2022, la Chine a versé 57 milliards de dollars de subventions directes à ses constructeurs de véhicules électriques. Sur la même période, plus de 80 % des entreprises implantées en Chine ont reçu des financements publics qui n’auraient jamais été autorisés en Europe. La Cour de Justice de l’UE a reconnu en 2024 que les subventions transfrontalières chinoises représentent environ 1 000 milliards de dollars au total.
En face, la France a consacré 1,5 milliard d’euros en 2024 à l’ensemble de ses aides à l’achat de véhicules propres (bonus écologique + prime à la conversion). Soit 60 fois moins que les seules subventions chinoises sur le secteur automobile — et ce n’est même pas la même nature d’aide.
La vraie différence : qui touche l’argent ?
C’est là que l’argument “tout le monde subventionne” s’effondre. En France, l’aide va au consommateur : jusqu’à 4 000 € de bonus écologique pour acheter une voiture électrique, plus une prime à la conversion (supprimée fin 2024) pour casser l’ancienne. L’État encourage la demande. Il ne donne pas un centime directement à Renault ou Stellantis pour produire moins cher.
En Chine, c’est l’inverse : l’État subventionne directement les entreprises en amont — financement de la R&D, prêts bonifiés aux constructeurs, accès à l’énergie à prix cassé, terres industrielles bradées. BYD, SAIC, Geely… tous ont bénéficié de ce soutien massif qui leur permet de vendre leurs voitures en Europe à un prix inférieur à leur coût réel de production. C’est la définition du dumping.
L’OCDE confirme l’écart : le taux de subvention de l’acier chinois est dix fois supérieur à celui des économies de l’OCDE. Dix fois.
Et l’Europe dans tout ça ?
L’Union européenne a des règles strictes sur les aides d’État — justement pour éviter que les pays membres se livrent une guerre de subventions entre eux. Les aides sont encadrées, notifiées, plafonnées. Ce n’est pas l’anarchie industrielle. L’Europe a aussi réagi à la concurrence déloyale chinoise : depuis le 29 octobre 2024, des surtaxes allant de 17 % (BYD) à 35,3 % (SAIC) s’appliquent aux véhicules électriques importés de Chine, en plus des 10 % de taxe habituelle.
La France, de son côté, a durci en 2024 les critères d’éligibilité au bonus écologique en introduisant un score environnemental qui prend en compte le lieu de fabrication — ce qui a de facto exclu la plupart des voitures assemblées en Chine des aides publiques françaises.
Conclusion
Oui, la France et l’Europe aident la transition vers le véhicule électrique. Mais comparer des primes à l’achat pour les ménages avec des subventions industrielles massives aux producteurs, c’est comparer un arrosoir et un barrage hydraulique. L’argument “tout le monde fait pareil” est une fausse symétrie qui sert à dédouaner une concurrence structurellement déloyale.
Sources
- Commission européenne — Véhicules électriques produits en Chine : subventions déloyales (juin 2024)
- L’Argus — La Chine subventionne par milliards ses constructeurs, BYD en tête
- Touteleurope.eu — L’UE impose jusqu’à 35 % de surtaxes sur les VE chinois (oct. 2024)
- Economie.gouv.fr — Règlement européen surtaxant les véhicules électriques importés de Chine
- DGE — Bonus écologique 2024 : décret fixant les montants
- L’Argus — Score environnemental : comment la France a durci les critères face aux Chinois