C'est Bettina de Cosnac, secrétaire générale de l’AJP, qui avait organisé le planning dont l'objectif était de découvrir l’important travail de rénovation du plus ancien ermitage franciscain de France. S'il existe encore aujourd'hui c'est en partie grâce au soutien bienfaiteur des propriétaires du château de Chastellux, depuis 800 ans, ce qui explique que mon premier article soit dédié à ce monument.
Le château est ouvert au public pendant les trois mois d'été. Ce ne sont pas les recettes des visites qui permettent son entretien (mais le dispositif est précieux car il conditionne désormais une exonération des droits de succession qui lorsque Philippe de Chastellux en hérita furent prohibitifs). C'est le patrimoine forestier de plus de 1000 hectares, implanté dans le massif de la Pierre qui vire, qui en est la principale ressource avec ses chênes, ses pins Douglas, ses charmes (qui donnent un excellent bois pour le feu).
Le Comte reste admiratif de l'action de son grand-père qui a mis au point des lois et une gestion durable de la forêt que le ministère a ensuite copié. Toujours est-il que cela ne suffit pas pour poursuivre les restaurations indispensables. Par chance, et nous comprendrons pourquoi dans la salle des portraits, une forte amitié américaine a permis de récolter des fonds pour rénover la toiture du château. Cette source reste fondamentale et le Comte s'apprête à partir pour les USA prochainement dans le cadre d'une nouvelle levée de fonds à l'occasion des célébrations du 250 ème anniversaire de l'indépendance américaine.
De retour à l'intérieur, nous admirons la bibliothèque, (…) nous poursuivons par la salle des portraits (…) la chambre (…) la salle du billard français (et du clavecin sur lequel Frédéric Chopin joua, mais lorsque l'instrument se trouvait à Paris) en passant sous le portrait d'Émilie du Châtelet, une de ses ancêtres, et que je connais parce que c'est une des femmes dites "remarquables" de Châtenay-Malabry et dont j'ai parlé l'année dernière dans cet article.
Elle a eu une longue liaison avec Voltaire, qui l'a encouragée à poursuivre ses recherches scientifiques. Son œuvre majeure est la traduction en français des Philosophiae naturalis principia mathematica de Newton, dans l'édition de 1726 dite de Pemberton.
On reconnait sur un autre tableau Claire de Durfort, duchesse de Duras, 1777-1828 qui fut amoureuse de Chateaubriand, autre grande figure chatenaisienne. Les sentiments ne furent probablement pas réciproques et elle vécut longtemps dans le château d'Ussé, dont Perrault prit modèle pour sa Belle au bois dormant.
En ressortant dans la cour, Philippe de Chastellux évoque l'anecdote à l'origine de sa vocation pour le cinéma, pendant le tournage de Mon Oncle Benjamin en 1969, le film d'Édouard Molinaro, lorsque Jacques Brel doit embrasser les fesses de son ennemi, le marquis de Cambyse (Bernard Blier). L'action s'est déroulée sous ses yeux, près de la fontaine.
Il quitte le cinéma en 1995, lorsque son oncle, devenu aveugle, fait de lui son héritier et lui demande de faire survivre Chastellux -alors dans un état quasi castastrophique- et de le conserver dans la famille. A charge ensuite de le transmettre à son neveu, ce qui sera prochainement effectif.
Le temps nous a manqué pour arpenter le parc de 20 hectares, dessiné par le Nôtre, le célèbre concepteur des jardins des châteaux de Versailles. Plusieurs parcours y sont jalonnés de questions-réponses sur la nature. Les arbres qui le composent sont pour la plupart centenaires. On pourrait y voir des ginkgos-biloba, des tulipiers de Virginie, une azalée de plus de 300 ans, des pivoines au printemps et des bignones et été.
Château de Chastellux, 89630 Chastellux-sur-Cure (…)