La poète Aline Recoura m’a aimablement envoyé son dernier livre « Maintenant que je dessine », qui vient juste de paraître aux éditions Sous le sceau du Tabellion (mai 2026).
Le livre est illustré par neuf dessins en couleurs, créés par la poète elle-même.
Ce livre aux thèmes variés, aux humeurs diverses, reflète les préoccupations, les réflexions, les émotions, les interrogations de la poète dans les multiples situations de nos vies quotidiennes, actuelles. Un moment amusant partagé avec un chauffeur de bus, une conversation animée avec une collègue au sujet du dessin, le regard porté sur une photo d’enfance, la constatation qu’elle n’a pas le permis de conduire (et ce qui s’en suit), un moment où elle prend plaisir à se maquiller, etc. Une proximité s’instaure entre nous, lecteurs, et la poète qui nous fait entrer en douceur dans son monde. La fragilité et la faiblesse sont aussi des thèmes qui m’ont semblé sous-tendre plusieurs de ces poèmes. Chagrins amoureux, violences de l’homme, souvenirs des « hommes de [s]a famille », sensations de jalousie, parfois, alternent avec des sentiments de solitude, une idée sereine et heureuse de la vieillesse. Surtout, les moments de création (dessin, écriture) semblent des sources perpétuelles de plénitude et de joie : Aline Recoura parle admirablement de ces instants d’apaisement où « tout se tait ». « L’art perdrait de sa valeur/ quand il prend une forme de médicament » dit-elle. Et, à propos du fait de créer : « seule activité où je peux être libre ».
Un recueil qui émeut par sa sincérité et par ce lien presque amical, naturel, confiant, que la poète sait établir avec son lecteur ou sa lectrice, au fil des pages.
Cette lecture s’inscrit dans Le Printemps des Artistes, par la place importante du dessin, des couleurs, de l’écriture et de la créativité en général, parmi ses thèmes, ses illustrations et même, parfois, sa typographie.
Biographie d’Aline Recoura
Aline Recoura est née à Saint-Germain-en-Laye en 1975. Elle est professeure des écoles en banlieue parisienne. Grande lectrice, son cœur balance entre Robert Walser, Alice Rivaz, Charles-Ferdinand Ramuz, André Dhôtel et Edith Bruck, autant d’univers où sont explorées les nuances du monde dans un langage singulier.
Simplicité, douceur, attention accrue à ce qui l’entoure, son écriture traduit l’originalité d’un regard. Le désir de liberté et la sincérité de ses mots font jaillir une poésie du détail : une cerise, une radio, un ballon, un battement de paupières…
Elle trouve la joie dans l’acte même de créer et sait nous la faire partager : « Quand je dessine tout se tait/ j’avance dans l’inexplicable/ apaisée. »
Sous la forme de fragments, de scènes, de confidences, chaque page est une fenêtre ouverte sur l’intime. Neuf de ses dessins-mots ponctuent le présent recueil.
(Source : Editeur)
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Choix de deux poèmes
(Page 24)
Je me demande bien qui a inventé cette phrase
Prends soin de toi
sms messenger relation virtuelle du XXIe siècle
la phrase métaverse de l’avenir
l’idée du soin se perd dans l’ordinaire
Prendre soin de soi
je ne vois pas l’affectueux dans l’injonction
prendre soin de soi
Est-ce que ça veut dire
débrouille-toi
Abandon je ressens
prenons soin l’un de l’autre
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(Page 88)
Je commence la vie de vieille dame
belle et libre que j’imaginais à 20 ans
devant les amphis
devant la machine à café
attendant un potage à la tomate
en allant à la BU
en regardant les groupes cools de Lettres Modernes
je l’imaginais quand j’étais fatiguée et anxieuse
(trois boulots : ouvreuse, animatrice, vendeuse)
j’enviais celles qui n’avaient qu’à étudier
à la bibliothèque Sainte-Geneviève
Anxieuse de l’avenir
des relations sociales
de la vie
je me disais vivement
que je sois vieille
à lire
et que tout soit passé
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